Réfléchir sur la réception des discours relatifs à la Shoah

Un projet pédagogique

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Un projet pédagogique :

Réfléchir sur la réception des discours relatifs à la Shoah

La pléthore de productions littéraires, cinématographiques ou historiques relatives à la Shoah contraste avec le silence médusé de ceux qui découvrirent la réalité des camps de concentration et d’extermination au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Intégrer une telle "découverte" dans le cadre de la victoire des alliés ne va pas sans poser quelques problèmes de conscience à de nombreux citoyens, hier comme aujourd’hui. Et si le Luxembourg est aujourd’hui moins touché par le retour de la culpabilité, s’il y est facile de parler, de reparler, de la Shoah, c’est sans doute aussi parce que la collaboration y fut nettement moins vive qu’en France, par exemple.

L’an passé, M. Charles Goerens avait déjà pris l’initiative d’organiser un voyage commémoratif à Auschwitz avec des élèves de différents lycées luxembourgeois ; c’était sa façon de célébrer l’année contre le racisme. Alors pourquoi revenir sur ce sujet cette année ? Pourquoi reproposer une formation continue sur la Shoah ? Pourquoi encore et toujours aborder ce thème avec les élèves ?

Tout d’abord et tout simplement parce qu’il existe une véritable demande de la part de nos chères têtes blondes qui veulent connaître ce sinistre pan de notre histoire, le comprendre et savoir pourquoi des génocides se perpétuent aujourd’hui sous l’œil presque indifférent des caméras du journal télévisé.

Parler de la Shoah n’est pas se contenter de dire "c’est monstrueux", même si les mots manquent pour guérir les maux de la mémoire. Le devoir de mémoire, qui suscite un tel engouement aujourd’hui – preuve en est le dernier numéro du très sérieux Magazine Littéraire -, est aussi une réflexion sur la citoyenneté. Si respecter la mémoire des disparus est une donnée morale indéniable, vivre au milieu des souvenirs n’est pas non plus une solution. Compulsion de répétition, travail de deuil impossible à

réaliser, le devoir de mémoire ne doit pas signifier arrêter le temps.

Ensuite, parce que nous sommes à peu près sûrs qu’il n’y a rien à ajouter ni à nos connaissances historiques ni à nos réflexions éthiques sur la Shoah. Et pourtant, qui serait capable de donner d’emblée une définition complète du fascisme, qui ne s’est jamais senti dérouté face à un livre d’Elie Wiesel, pour ne citer que lui. Et que faire de ces images insoutenables, que faire face au sentiment d’impuissance que chacun d’entre nous éprouve face à l’horreur ? Comment trouver un discours efficient, qui ne trahisse rien de la pudeur des survivants, de la monstruosité des bourreaux, du danger de la "majorité silencieuse" telle que la désignait Thoreau. Autant de questions que traitera M. Vincent Engel, professeur à l’Université catholique de Louvain et spécialiste de l’œuvre d’Elie Wiesel. Ecrivain et essayiste, volontiers polémiste, il est l’auteur de Pourquoi parler d’Auschwitz ?, entre autres, et il propose à tous les enseignants intéressés de participer à trois séances de formation continue en octobre et novembre 1998 (pour plus de détails, cf. le programme officiel de la formation continue 1998-99).

A l’issue de cette formation, les enseignants pourront aborder le thème de la Shoah avec leurs élèves. Il ne s’agit pas de travailler en solitaire, seul face à ses élèves, mais d’engager un travail de réflexion et de discussion avec d’autres lycées. Apprendre à écouter les autres, mais aussi à défendre ses propres opinions, que ce soit au travers d’une revue culturelle telle que forum, qui se propose d’être notre intercesseur, ou lors d’un ‚colloque‘ qui réunira élèves, professeurs et spécialistes (dont, peut-être, Elie Wiesel) autour d’une même table pour partager le fruit de leur expérience, c’est aussi une façon de remplir le "devoir de mémoire" et de l’intégrer à la citoyenneté.

Anouck Lagrange

Photo:
les témoins de la
2e génération.
Voyage commémoratif
à Auschwitz,
Luxembourg 1998, S.40

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