Voix pour le climat

Rencontres avec des leaders et délégués de peuples indigènes à la Conférence mondiale sur le climat

Les populations indigènes sont très concernées par le changement climatique. Leur message: s’engager pour un changement du système, et non du climat. Rencontres au pavillon indigène de la COP20 (Conférence mondiale sur le climat) à Lima, au Pérou, en décembre 2014.

Luis Canelos (peuple Kichwa amazonien, Équateur)

Luis Canelos aime marcher pieds nus sur la terre sacrée de son Amazonie natale. Pour l’instant, ses pieds frôlent le béton de Lima. Ce jeune indigène Kichwa amazonien d’Équateur participe activement au programme «Droits, changement climatique et forêts», qui a pour but de contribuer à la reconnaissance et au plein exer-cice des droits des peuples indigènes, afro-équatoriens
et autres communautés qui dépendent des forêts. Luis participe à la COY10, la conférence sur le climat des jeunes. Et si la solution dans la lutte contre le changement climatique passait par la transformation personnelle et le retour aux racines?

«Nous devons lutter contre les causes du changement climatique. Les populations indigènes sont les plus vulnérables, elles ne sont pas préparées pour les changements. Les apamamas (grand-mères) se
demandent pourquoi ce n’est plus comme avant.

Pour prendre des mesures, on doit distinguer trois cas différents: les indigènes qui vivent dans la ville, ceux qui vivent aux alentours et enfin ceux de l’intérieur des terres. Ces derniers ont encore un mode de vie plus traditionnel, les deux premiers sont à la recherche d’une économie stable, ce qui les mène à détruire leurs propres ressources. Ils ont perdu le sens du territoire. Pour sortir de la pauvreté, il faut consommer, et détruire. Le changement devra passer par une prise de conscience et la valorisation des traditions.

Cela pourrait-il se faire par l’éducation? La question est: sommes-nous éduqués pour accéder à nos propres connaissances ou pour que nous allions dans une autre direction? L’enseignement actuel nous prépare au travail, à l’argent.

La solution, c’est se valoriser. Les indigènes ont toujours vécu en harmonie avec la nature, on le fait parce qu’on l’a toujours fait. Nous pouvons vous enseigner cela.

On peut se demander si le tourisme, ou l’écotourisme, qui est pratiqué dans quelques communautés, est vraiment une solution. C’est folkloriser la culture. Il faut avant tout renforcer l’identité, et se connaître soi-même.

L’éducation, la santé, le système de logement traditionnels ont une raison, et cela peut aider les indiens, par exemple l’ayahuasca (plante hallucinogène utilisée par les chamanes amazoniens). Un médecin regarde de haut un chamane qui soigne avec l’ayahuasca, alors que les deux connaissances devraient aider et s’entraider; l’un ne vaut pas plus que l’autre.

Malheureusement, beaucoup de jeunes ne s’intéressent pas vraiment à leur culture, ils sont perdus. C’est une question intérieure, il faut parler avec les apamamas et apayayas (grands-pères), se tourner vers les médecines naturelles. Quand le corps est propre, purifié, libre, on voit mieux. On est conscient de comment ce sera dans 20 ou 50 ans. Malheureusement, il existe beaucoup de division, d’égoïsme et de jalousie entre les populations indigènes, et cela me rend triste.

Alors, est-ce trop tard? D’abord, on doit se demander ce qu’on a perdu avec les cultures indigènes. Que devrait-on revitaliser ou conserver? Que peut-on faire pour ne pas perdre ces choses? Une initiative importante, c’est le «Projet de vie», un plan de 10 ans réalisé par les indigènes en Équateur. Bravo pour les politiciens, s’ils favorisent les «Plans de vie» ou du moins s’ils n’imposent pas leurs plans à la population indigène. Oui, il y a encore de l’espoir.»

Diana Mori (peuple Shipibo, Pérou)

Elle s’appelle Diana, comme la princesse d’Angleterre où son père se trouvait peu avant sa naissance. Diana Mori est leader des indiens Shipibo, de Pucallpa, Pérou. Elle est habillée en costume traditionnel, couronne en perles, jupe aux motifs inspirés de visions chamaniques, bracelets en dents de singe. Et en talons. Ce mélange entre traditions et modernité la définit bien. Mais pas question de sacrifier sa culture — et avec cela, le climat — au nom du soi-disant progrès.

«Dans notre communauté, l’eau est devenue plus chaude, les maladies ont augmenté, notamment le cancer. Il pleut beaucoup plus et il y a plus de vent, on ne sait plus quand c’est l’été et quand c’est l’hiver.

Nous devons nous préparer, tous ensemble. Nous vivons de la nature, il faut la conserver. Nous ne voulons pas perdre notre culture. Si la culture cesse d’exister, la communauté cessera d’exister elle aussi.

Mon message au monde: les pays développés ne devraient pas favoriser les bombes atomiques, mais la vie et les générations futures. Préparons-nous pour être de bonnes personnes!»

Evaristo Nugkuag Ikanan (Aguaruna/Huambisa, Pérou)

Cet homme, c’est un emblème péruvien. Evaristo Nugkuag Ikanan est défenseur des droits de l’Homme et écologiste, représentant des communautés indigènes Aguaruna et Huambisa. En 1980, il devient le premier président des Peuples indigènes d’Amazonie péruvienne (AIDESEP), puis fonde la Coordination des organisations indigènes du bassin amazonien, la COICA, qui s’engage à la sauvegarde de la forêt tropicale et à la protection des territoires des peuples indigènes. Son engagement lui a valu le Prix Nobel alternatif en 1986 et en 1991, le Prix Goldman pour l’environnement.

«J’ai dédié trente ans de ma vie au problème du changement climatique, qui va de mal en pis. L’extraction du bois, de l’or, du pétrole, les mines… polluent et ravagent les territoires indigènes. Les neuf pays membres de la COICA se retrouvent face aux mêmes problèmes. Les changements du climat deviennent pire, l’été devient l’hiver, les saisons fluctuent, les semis et récoltes ne sont plus pareils. Il y a de plus en plus d’inondations énormes, au Pérou, au Brésil, au Venezuela, en Asie… La terre est contaminée. Nous devons tous travailler ensemble. Il y a de l’espoir si les gouvernements nous permettent de participer, à l’aide de plans. C’est possible.»

Idith Jacobo Shariwa (peuple Ashaninka, Amazonie péruvienne)

Idith Jacobo Shariwa est arrivée en retard aux événements de la COP20. Aux côtés d’autres indiens Ashaninkas de Puerto Inca, en Amazonie péruvienne, elle a bloqué une route en protestation contre les entreprises qui saccagent leur territoire. Selon Amazon Watch, depuis 2002, au moins 57 activistes — dont des Ashaninkas — ont été tués au Pérou. Mais Idith n’a pas peur. Elle veut que tout le monde sache.

«Il faut diffuser ce qui se passe. Il y a un changement dans les saisons, nous ne pouvons plus semer et récolter comme jadis. Les fruits ne mûrissent plus comme avant, et, par conséquence, la migration des animaux a changé. Nous nous rendons bien compte quand nous partons à la pêche ou à la chasse. Par exemple, en janvier et février, c’est la saison du singe, mais maintenant les singes sont trop maigres pour les manger, parce que les fruits qu’ils consomment ne sont pas mûrs. Il y a moins d’animaux, et de plus en plus d’animaux cherchent de la nourriture dans nos chacras (champs) en détruisant les récoltes.

Il y a beaucoup de déforestation à cause des invasions d’entreprises (illégales pour la plupart). Ils disent qu’ils reboisent, mais ce n’est pas le cas, ils plantent essentiellement des monocultures de bolaina (guazuma crinita) sur les terres de nos communautés. Nos droits ne sont pas respectés.

Nous sommes en litige avec une des entreprises, mais ça n’avance pas, et nous n’avons plus d’avocat. Depuis le début du procès, ils ont déboisé 80 hectares de plus sur nos terres. L’État doit respecter les communautés indigènes, faire un pacte avec elles pour conserver les forêts. Il faut pénaliser les invasions. Nous, les Ashaninkas, prenons soin de la nature. Nous avons deux gardes de parc, il en faudrait plus.

Nous sommes confiants que si tous les pays travaillent ensemble, il y a de l’espoir. Mais il faut agir vite, depuis les cinq dernières années, beaucoup de personnes n’ont plus de communauté, elles sont déracinées et obligées de partir et de survivre de petits travaux.

Il faut parvenir à l’unité de tous les peuples, blancs, noirs, amazoniens… tous avec un seul poing levé. Nous devons accomplir un objectif: conserver la biodiversité pour garantir l’existence des générations futures.» u

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