«Win win » pour qui ?

183 chargés de mission, beaucoup d’entre eux de jeunes professionnels qualifiés, mais aussi des personnes expérimentées et « empruntées » à d’autres institutions, ont été employés sous un contrat à durée déterminée afin de renforcer les ministères durant la Présidence luxembourgeoise. Il s’agissait déjà de la douzième pour le Grand-Duché, un fait que les responsables politiques n’ont pas manqué de souligner. Or, afin de réaliser les objectifs fixés et réussir cette tâche – malgré l’expérience des Présidences passées – titanesque, des employés supplémentaires renforçant les équipes des ministères ont été nécessaires. Maintenant, à la fin de la Présidence, le contrat des chargés de mission se termine : certains retournent à leur ancien emploi ou en ont déjà sécurisé un nouveau. Par contre, pour la grande majorité, recommence la recherche de travail et la question de l’avenir de ces personnes se pose.
La plupart des chargés de mission (86 %) ont été recrutés dans la carrière A1 (diplôme master ou équivalent) et par le Ministère des Affaires étrangères et
européennes, suivi par le Ministère du Développement durable et des Infrastructures (voir graphiques pour plus de détails). Après avoir travaillé sur des
thématiques variées et des dossiers européens complexes, ils ont pu fortifier leur profil professionnel. En même temps, ils ont profité d’une excellente opportunité pour acquérir de l’expérience pratique, participer à des formations, développer leurs compétences personnelles et surtout élargir leur réseau de contacts. Dès le début du contrat, les jeunes chargés de mission savaient bien que ce dernier allait prendre fin, mais aussi qu’il fallait penser à long-terme. Beaucoup souhaitent continuer à travailler dans la fonction publique et avoir contribué à la réalisation de la Présidence a certainement amélioré leurs chances de recrutement. Il s’agit en effet d’une bonne stratégie, probablement même une très bonne stratégie vu le « networking »
actif et les opportunités d’apprentissage. Ainsi, en  tant que jeunes universitaires motivés, hautement qualifiés, plurilingues et flexibles, ils ont sûrement
apporté de’excellentes contributions– un « win » pour l’État.
De l’autre côté, il faut se demander quel est réellement
le « win » pour les jeunes chargés de mission qui
se retrouvent sans emploi. Le contrat a-t-il – comme
beaucoup d’entre eux l’espéraient – servi de tremplin
professionnel ? Du côté de l’administration publique,
on parle d’une certaine « stratégie » : durant
la Présidence, les départements ministériels étaient
encouragés à n’employer que très peu de personnel
supplémentaire pour pourvoir ensuite « absorber »
les chargés de mission. Mais combien d’entre eux
pourront vraiment entrer dans la fonction publique ?
Tout d’abord, il leur faudra passer l’examen-concours
qui a d’ailleurs était reporté (pour la carrière A1) afin
de permettre aux chargés de mission de participer à
l’épreuve une fois le stress de la Présidence terminé.
506 candidats sont inscrits à l’examen-concours
pour la carrière A1 par rapport à 35 places vacantes
dans les ministères et 73 dans la fonction publique
au total (pour la carrière A1, chiffres du 22 décembre
2015). Or, la comparaison du chiffre des chargés
de mission actuels et de celui des postes officiels à
pourvoir montre que le but visé est illusoire. On
peut imaginer que la concurrence dominera cette
épreuve plus que jamais, d’autant plus qu’aucun
examen-concours pour l’ancienne carrière supérieure
n’était organisé au printemps 2015. De plus, il n’y
a pas que les anciens chargés de mission, il faudra
aussi prendre en compte ceux pour qui n’existait pas
la possibilité de passer le concours en 2015, les nouveaux
diplômés et les personnes souhaitant passer du
privé au public.
Selon la réforme de la fonction publique, dont la
majeure partie est entrée en vigueur le 1er octobre
2015, les candidats ayant réussi la première étape
devront passer un second examen. Reste à préciser
que les ministères qui recrutent seront en charge de
la conception et l’organisation. Or, c’est dans cette
deuxième étape que les anciens chargés de mission,
indépendamment du ministère concerné, profitent
d’un avantage comparatif, car ils disposent des
connaissances et des contacts. Qu’en sera-t-il pour
ceux sans contrat de chargé de mission, auront-ils
une chance pour bientôt entamer le stage qui suit
les examens ? Même si en théorie tous passent les
mêmes épreuves et procédures, les forces ne paraissent
pas équilibrées.
Nous faisons face à une situation inhabituelle où des
chargés de mission employés dans la fonction publique
sont « libérés » simultanément sur le marché
de l’emploi et dont la majorité souhaite continuer
sa carrière professionnelle dans le secteur public.
Était-il vraiment suffisant de limiter le recrutement
durant une période limitée ou aurait-il fallu d’autres
mesures et le cas échéant, quelles mesures auraient
été adéquates ? De toute façon, le futur de beaucoup
de chargés de mission reste incertain et la lutte pour
un emploi, dans un contexte européen – voire global
– de chômage des jeunes recommence. u

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