Elections européennes

La parole aux candidats non-luxembourgeois

Dieser Inhalt wurde anhand eines gescannten Dokuments mithilfe von optischer Zeichenerkennung (OCR) und künstlicher Intelligenz (KI) digitalisiert. Er kann Fehler oder Ungenauigkeiten enthalten.

Le 17 avril 1994 la revue "ensemble" avait invité les candidats non-luxembourgeois pour les élections européennes à un échange de vues. A part le candidat du POSL qui était empêché à cause du congrès électoral de son parti, ils sont tous venus. L’interview pour "ensemble" a été faite par Rogers Delgado, Michel Pauly et Serge Kollwelter.

ENSEMBLE: Vous êtes candidats sur une liste pour les élections européennes. Quel devrait être l’élément décisif pour qu’un électeur luxembourgeois ou étranger vous accorde ses voix?

Coby Meester – NL: Il n’y a pas un point particulier, c’est sur tout notre programme, qui fait un ensemble, qu’il faut nous juger.

Claude Hilla – Verts: L’engagement des Verts pour les étrangers est manifeste, les quatre candidats sur la liste des Verts le soulignent.

Manuel Casanova – PCL: Pour moi ce sont les aspects concrets de la vie sociale et l’attention que nous y accordons: sécurité au travail, travail intermédiaire, défense contre le racisme.

[Folco Tomasini nous rejoint]

Adri van Westerop – Verts: Pour moi c’est la dimension européenne qui me paraît décisive. Les

Verts en parlent au niveau européen: c’est à ce niveau que de nombreuses décisions sont prises. Peu de gens savent ce que les députés du Luxembourg font et votent à Strasbourg. Or cela nous concerne.

ENSEMBLE: On peut avoir l’impression que le fait de mettre quatre étrangers sur la liste est une provocation qui cependant pourrait davantage nuire que rapporter des voix.

Pablo Sanchez – Verts: Ce ne peut être une provocation que pour des xénophobes. Il s’agit d’un symbole fort, de donner un signal de véritable intégration.

ENSEMBLE: Dire que quatre candidats serait une provocation m’amène à remarquer qu’il y a même un grand parti qui a eu le courage de ne mettre aucun candidat. Mais Folco, ton parti n’en a mis qu’un seul, pourquoi cette retenue?

Guy R. Stoos, in: Ensemble

Folco Tomasini – CSV: Il y a quand même une ouverture, elle doit continuer.

ENSEMBLE: Tu n’as pas de problèmes à figurer sur une liste où il y a deux députés qui ont refusé de voter pour la levée de l’immunité parlementaire de Monsieur Le Pen, pour qu’il puisse être poursuivi par la justice française pour cause de racisme?

Folco Tomasini – CSV: Je ne peux répondre à la place d’autrui pour une décision prise par ceux-là. A leur place j’aurais voté pour la levée de l’immunité parlementaire de Le Pen. Restent les directives du parti.

ENSEMBLE: Et si le parti t’avait demandé de voter contre?

Folco Tomasini – CSV: C’est un cas de conscience, mais quelque peu théorique …

ENSEMBLE: Laissons là le passé. Nous aurions aimé poser une question à Bernard Cossaignau quant à une contradiction entre les positions qu’il a défendues en tant que président du CLAE (contre les dérogations, pour le droit de vote communal pour tous, y compris les non-communautaires) et les positions qu’il est amené à défendre en tant que candidat du LSAP. Mais revenons à la dimension européenne. S’agit-il de choisir le 12 juin des candidats pour défendre des positions luxembourgeoises ou bien de faire un débat européen?

Folco Tomasini – CSV: Les grands pays ont un poids écrasant, et nous n’avons que 6 représentants pour le Luxembourg …

Pablo Sanchez – Verts: Il faut aller dans le sens d’une Union des citoyens et donner davantage de pouvoir au Parlement Européen.

Manuel Casanova – PCL: Les grands pays mènent la communauté.

Adri van Westerop – Verts: Les intérêts luxembourgeois sont ceux des habitants du Luxembourg.

ENSEMBLE: Les partis actuellement représentés au Parlement Européen se sont regroupés en tant que Luxembourgeois: on les entend beaucoup moins en tant que membres d’une famille politique européenne. Comment vois-tu cet aspect, Folco?

Folco Tomasini – CSV: Cela a l’air d’une colle: je ne suis dans ce bain que depuis 15 jours. On ne peut faire croire que les intérêts de chaque pays prévaudront.

Manuel Casanova – PCL: Comment justifiez vous les dérogations actuelles au CSV?

Folco Tomasini – CSV: Il me vient à l’esprit le cas de Larochette où il y a, paraît-il, davantage d’étrangers que de Luxembourgeois.

Adri van Westerop – Verts: Quel est le problème?

Folco Tomasini – CSV: Vous venez ici au Luxembourg, vous restez quelques années et puis vous repartez au pays d’origine. L’étranger aura voté puis il s’en ira!

Adri van Westerop – Verts: Et pour celui qui réside ici 5 ans et qui repart 2 mois après les élections?

Folco Tomasini – CSV: Je n’ai pas l’intention de polémiquer. S’il y a une majorité d’étrangers, il faut aussi tenir compte des intérêts nationaux: rester ici quelque temps ou pour de bon a des incidences sur la vie de la société.

Adri van Westerop – Verts: Dans un cas comme dans l’autre leurs enfants vont à l’école, leur famille doit se loger.

ENSEMBLE: Là nous sommes engagés dans un débat communal alors qu’actuellement c’est d’élections européennes qu’il est question. Un électeur qui partirait après les élections du 12 juin dans un autre pays de l’Union y sera concerné de la même façon par les décisions du Parlement Européen.

Manuel Casanova – PCL: Ne nous acharnons pas sur Larochette. Luxembourg, Esch, Bettembourg sont des cas à examiner ici.

Pablo Sanchez – Verts: Je crois bien qu’il y a une certaine crainte de la part des Luxembourgeois. J’ai un passeport espagnol, mais je me sens luxembourgeois. Je n’ai pas la nationalité luxembourgeoise parce que Luxembourg ne m’accepte pas tel que je suis et m’oblige à renoncer à ma nationalité. En clair, je plaide pour la double nationalité. La crainte des Luxembourgeois n’est pas justifiée parce que mes intérêts, ceux de ma famille, de mes enfants sont les mêmes que ceux de mes voisins luxembourgeois. Faire de la politique signifie pour moi, défendre les intérêts de ceux qui habitent ma rue, mon village, ma région.

Adri van Westerop – Verts: Venue à Luxembourg il y a 11 ans je me suis insérée assez bien dans la vie sociale de ce pays et en tant que néerlandaise je n’ai pas été dépaysée. Aujourd’hui je suis plus étrangère qu’au début, on me qualifie d“étrangère" sur une

liste luxembourgeoise, dans une commission d’étrangers.

Folco Tomasini – CSV: Vu du Luxembourg, nous sommes tous des Italiens, mais là-bas on fait des différences entre Italiens du Nord et du Sud. Ici on distingue entre les étrangers venus de près et ceux venus du bassin méditerranéen.

Manuel Casanova – PCL: Moi, je suis perçu comme étranger au Luxembourg et comme étranger au Portugal!

Guida Henriques – Verts: Je suis depuis 21 ans au Luxembourg: je sens que la société me montre de plus en plus comme une portugaise. J’ai pensé prendre la nationalité luxembourgeoise. On aurait regardé mon passeport, puis mes cheveux noirs pour me confiner de nouveau dans mes origines, m’adresser la parole en français.

Folco Tomasini – CSV: Né au Luxembourg, je suis toujours italien et cela ne me dérange pas.

Guida Henriques – Verts: C’est l’Europe qui me dit qu’il n’y a pas de nécessité de me faire luxembourgeoise, je suis citoyenne européenne.

ENSEMBLE: Vous voilà donc citoyens européens au Luxembourg. Réfléchissons un instant à ceux qui, aujourd’hui encore, sont exclus de la citoyenneté, je pense aux non communautaires. Vous devez pouvoir vous mettre dans leur peau, puisqu’il y a peu vous n’aviez pas non plus de citoyenneté au Luxembourg. Quelle est la préoccupation de votre parti ou liste pour les non communautaires, notamment quant à leur participation aux prochaines élections communales?

Pablo Sanchez – Verts: Je me sens bien dans ma peau tant au Luxembourg qu’en Espagne. Or c’est ici que je vis et que je travaille. Il me semble normal de pouvoir participer à la vie de la société, à la politique de mon lieu de résidence. Nous les Verts sommes en faveur de la libre circulation des non-communautaires à l’intérieur de l’Union, pour le droit de vote communal après une année de séjour et pour le droit de vote national après deux ans de séjour pour tous, communautaires ou non.

Coby Meester – NL: Il ne faut pas créer des exclusions, de nouvelles catégories d’étrangers.

Guida Henriques – Verts: Dans les CCE on admet comme membres des communautaires et des non-communautaires.

ENSEMBLE: Lors des élections pour les Chambres Professionnelles on n’a pas fait de distinction non plus et tous les non-luxembourgeois y sont admis, ce qui prouve qu’une volonté d’ouverture existe. Quel est l’avis du CSV quant à l’admission des non-communautaires aux droits politiques?

Folco Tomasini – CSV: Là tu me poses une colle. Je ne peux pas répondre à cette question.

ENSEMBLE: Passons au racisme. Il est sans doute moins présent qu’ailleurs. Mais l’Europe connaît un renouveau nationaliste et voit fleurir au Luxembourg

le racisme. Quelle est l’attitude de votre parti pour combattre le racisme au Luxembourg?

Coby Meester – NL: Etendre les droits démocratiques est un bon moyen de lutter contre le racisme.

ENSEMBLE: Comme tu dois nous quitter Folco, j’aimerais te faire partager notre souci que les grands partis …

Folco Tomasini – CSV: … les autres grands partis avaient-ils peur de venir?

ENSEMBLE: Que ton parti et tous les autres vous redonniez de nouveau un sens au terme d’"universel" en parlant de suffrage.

(Nous faisons la photo de famille. Folco Tomasini nous quitte.)

Pablo Sanchez – Verts: La meilleure façon de combattre le racisme c’est donner des droits égaux et d’en finir de cette façon avec les discriminations. Il faut à cet effet donner aux associations qui combattent le racisme le droit de se porter partie civile.

Coby Meester – NL: Nous sommes dans une situation bien particulière, puisque notre liste est très jeune encore et que tout notre programme n’est pas encore établi.

Manuel Casanova – PCL: Il existe des discriminations au niveau du logement, on le vit en allant à la recherche d’un appartement.

Adri van Westerop – Verts: Tous les étrangers ne sont pas traités de la même façon: fonctionnaires et banquiers n’ont pas le même sort que les ouvriers.

ENSEMBLE: La pénurie de logement aide sans doute certaines agences immobilières à être racistes. Qu’est-ce que ça change pour vous que d’être candidats?

Guida Henriques – Verts: En entrant ici ce matin un compatriote m’a demandé comment est-ce que lui, inscrit pour les européennes, allait être informé sur les programmes des différents partis.

Pablo Sanchez – Verts: Mon origine espagnole et la dictature en Espagne m’ont tout naturellement conduit vers l’engagement politique.

Adri van Westerop – Verts: J’avais pas du tout l’idée de me mêler de politique, alors que mon travail (de conseiller écologique) a des dimensions politiques évidentes. En fait, mon engagement dans un parti est une suite logique de mon travail professionnel. Mes contacts au niveau européen m’y ont poussé aussi.

Manuel Casanova – PCL: La campagne est venue un peu trop vite. Un peu plus de préparation eut été la bienvenue.

Coby Meester – NL: Pour moi aussi tout cela s’est fait très vite. Mon expérience dans le domaine social m’y a sans doute préparé, mais j’espère que la Nouvelle Gauche saura allier préoccupations sociales et écologiques.

Claude Hilla – Verts: Je suis présidente de la section des Verts de Mamer, je suis très engagée dans la politique locale, j’ai aidé à mettre sur pied la liste pour les communales, mais je n’ai pu encore m’exprimer. Mariée à un Luxembourgeois, j’aurais pu prendre la nationalité luxembourgeoise depuis longtemps. Je me sens comme une européenne; je n’ai pas ressenti le besoin de changer de passeport.

ENSEMBLE: C’est vrai que l’exemple du projet de déponie de Mamer concerne étrangers et Luxembourgeois de la même façon.

Pablo Sanchez – Verts: Nous sommes ici en tant que candidats non-luxembourgeois. Je voudrais souligner que mon engagement politique ne se limite pas aux étrangers. Nous sommes candidats pour défendre un programme qui concerne tous les électeurs.

Guida Henriques – Verts: Je suis comme une Luxembourgeoise bien intégrée dans la société

luxembourgeoise. Ne pas prendre la nationalité luxembourgeoise signifie aussi ne pas oublier mes compatriotes et leurs préoccupations, comme celles de toutes les minorités.

Rogers Delgado – ASTI: En tant que chilien accueilli au Luxembourg je tiens à vous féliciter pour le courage d’être candidat. Vous avez une grande responsabilité pour lutter pour les droits égaux et contre une discrimination des étrangers selon leurs moyens financiers.

Je suis persuadé que vous saurez intégrer les préoccupations des non-communautaires dans votre combat.

(La matinée s’est terminée dans une très bonne ambiance. A noter qu’à une exception près tous les candidats parlent parfaitement la langue luxembourgeoise.)

Als partizipative Debattenzeitschrift und Diskussionsplattform, treten wir für den freien Zugang zu unseren Veröffentlichungen ein, sind jedoch als Verein ohne Gewinnzweck (ASBL) auf Unterstützung angewiesen.

Sie können uns auf direktem Wege eine kleine Spende über folgenden Code zukommen lassen, für größere Unterstützung, schauen Sie doch gerne in der passenden Rubrik vorbei. Wir freuen uns über Ihre Spende!

Spenden QR Code