L’impact de la banque dans le paysage architectural

Interview avec Lucien Steil

Dieser Inhalt wurde anhand eines gescannten Dokuments mithilfe von optischer Zeichenerkennung (OCR) und künstlicher Intelligenz (KI) digitalisiert. Er kann Fehler oder Ungenauigkeiten enthalten.

Interview avec Lucien Steil

C.C.: Si l’on observe de plus près le paysage architectural de la ville de Luxembourg, on se rend compte qu’une majeure partie des grandes bâtisses sont des banques. L’impact de ces banques a-t-il selon vous contribué aux changements du profil urbanistique et architectural de la ville?

L.S.: Les banques de nos jours sont au fait des monuments et c’est pour cette raison qu’ils marquent la ville. Néanmoins il ne faut pas oublier que la ville de Luxembourg a été marquée dans les années soixante et soixante-dix par la forte construction de résidences, aussi bien à l’intérieur de la ville qu’à l’extérieur. Pendant cette période l’on peut parler d’une architecture dite banalisée. A cette époque les banques en tant que bâtiments autonomes ont essayé de suivre des idées bien précises, cependant ces idées

s’inspirent majoritairement d’autres bâtiments construits à l’étranger. Ces modèles d’inspiration sont souvent très intéressants, cependant les interprétations luxembourgeoises sont beaucoup moins spectaculaires. Ces bâtiments-monuments ont une certaine hauteur, une certaine largeur qui devraient donner à l’ensemble de l’aisance, cependant l’emplacement diminue la qualité architecturale. Ces banques se trouvent coincées entre deux autres bâtiments qui étouffent toute illusion d’une architecture quelque peu attrayante. De plus l’architecte est souvent contraint par les lois urbanistiques. La hauteur est restreinte, des éléments sont rajoutés sur la toiture qui en fait banalisent ce genre d’architecture. Je ne suis pas le défenseur d’un modernisme sauvage, cependant je me demande si les restrictions imposées par la ville n’ont pas nui à la qualité de

l’architecture. On ressent que la vitalité initiale a été freinée. Ceci est dû au fait que ces architectes avaient l’ambition de rompre avec le passé mais que malheureusement ils n’avaient pas eu le courage de suivre leurs idées jusqu’au bout. Ils ont apporté à la ville de nouvelles typologies, surtout au boulevard Royal. Cet apport a changé voire même appauvri l’image de la ville. Le boulevard Royal a perdu de son prestige initial, car ces constructions sont finalement des constructions d’un suburb américain. D’un côté nous avons une rupture esthétique et de l’autre une rupture fonctionnelle. Là où jadis il y avait des habitations (villas, maisons, etc…), on ne retrouve plus que des bureaux. La vieille ville étant protégée, le boulevard Royal fut en fait la première place où de tels bâtiments ont pu se développer.

C.C.: Le deuxième lieu où s’établissent les banques en nombre considérable est le Kirchberg. Comment percevez-vous ce développement?

L.S.: Dans ce quartier précis de la ville nous nous trouvons en face d’une sorte de "musée en plein air". Certaines des architectures construites ici sont d’une qualité tout à fait valable, néanmoins il faut savoir que le Kirchberg tel qu’il est maintenant est un échec que l’on essaie tant bien que mal de restructurer. Les banques comme la Bayrische Landesbank, la Hypobank ou encore la Deutsche Bank ont érigé des bâtiments d’un certain caractère, il est seulement dommage de constater que l’on n’a pas tenu compte ici d’une certaine urbanisation. Le Kirchberg est devenu un business centre et non pas un quartier vivant. L’architecte Leon Krier avait proposé en 1978 de concevoir le Kirchberg comme une ville. Cependant personne n’a tenu compte de cette proposition. Le résultat est que le Kirchberg devient au fur et à mesure une sorte de collage, de bricolage démuni de tout concept.

C.C.: Est-ce que vous pensez qu’en faisant appel à de grandes signatures de l’architecture, les banques affirment vraiment leur image d’entreprise et leur identité?

L.S.: La banque ne se cache plus derrière des façades anonymes. Le temps de l’anonymat est révolu. La banque a toujours essayé d’ériger des architectures très marquantes pour s’identifier. Ce n’est que dans les années soixante et soixante-dix que les banques ont essayé de banaliser leur image, en se cachant dans un cadre neutre. A mon avis il y avait à cette époque une certaine crise d’identité, un certain problème de culpabilité. Pas seulement les banques, mais aussi les autres administrations se cachèrent derrière des coulisses, négligeant leur attrait pour les symboles de puissance. Heureusement aujourd’hui il y a un revirement de situation, la banque s’identifie à nouveau avec une architecture de qualité. Même s’il ne s’agit pas d’une architecture classique, elles deviennent les ambassadeurs d’une culture vivante. Elles deviennent en quelque sorte des mécènes qui s’extériorisent.

C.C.: Il est flagrant de constater que ce sont toujours d’abord les banques qui innovent, puis les autres institutions suivent. Comment expliquez-vous ce phénomène?

L.S.: C’est vrai qu’il est dommage de constater que le domaine public ne s’investit pas autant, il se laisse toujours devancer par les entreprises privées. La conception de l’espace public et de la ville passe au fait par des initiatives privées. Il est intéressant de constater que ces initiatives privées aient un succès aussi grand et obligent les autres banques ou autres institutions à suivre la marche en cours. Cette rivalité contourne la médiocrité imposé par les administrations, car à travers ces commandes d’entreprises

Hypobank, Kirchberg, Richard Meier

privées les architectes se trouvent confrontés à des budgets qui leur permettent de faire une architecture de qualité.

C.C.: A travers l’architecture et la sculpture les banques contribuent-elles en quelque sorte au développement de la culture internationale à Luxembourg?

L.S.: A Luxembourg depuis la deuxième guerre mondiale il n’y a pas eu d’architecture vraiment marquante. Cela ne veut pas dire que notre architecture ait été plus mauvaise que celle d’une autre grande ville, comme par exemple Bruxelles, mais c’est un fait de constater que depuis lors les constructions sont restées d’une qualité médiocre. Je crois que c’est pour cette raison que les banques ont voulu aller de l’avant et se distinguer des autres bâtiments.

Il ne faut pas oublier que Luxembourg souffre d’un grand complexe provincial. Ce n’est pas que nos architectes ne soient pas capables, mais ils se censurent eux-mêmes. Il existe au fait à Luxembourg une

grande autocensure. De plus l’architecte luxembourgeois n’est plus habitué à manipuler une telle architecture monumentale ce qui fait que beaucoup d’entre-eux se cachent derrière une certaine banalité. Mais il ne faut pas oublier que nos règlements ne différencient pas l’habitat du monument à caractère, ce qui ne facilite pas la tâche de l’architecte.

La venue d’une série de grands architectes internationaux crée de nouveaux moments. Grâce peut-être à un certain recul, les architectes étrangers arrivent mieux à saisir l’esprit des lieux et à intégrer leurs oeuvres au patrimoine luxembourgeois. La ville de Luxembourg a toujours vécu de l’apport culturel extérieur. Ainsi, par exemple, la forteresse fut construite par Vauban, le parc de la ville a été conçu par André (le plus grand paysagiste de son époque) et le plan d’urbanisation a été dessiné par Joseph Stübben. Finalement on constate que ce sont les apports venus de l’étranger qui ont marqué la ville et la marqueront sûrement encore longtemps.

Als partizipative Debattenzeitschrift und Diskussionsplattform, treten wir für den freien Zugang zu unseren Veröffentlichungen ein, sind jedoch als Verein ohne Gewinnzweck (ASBL) auf Unterstützung angewiesen.

Sie können uns auf direktem Wege eine kleine Spende über folgenden Code zukommen lassen, für größere Unterstützung, schauen Sie doch gerne in der passenden Rubrik vorbei. Wir freuen uns über Ihre Spende!

Spenden QR Code