Pour un nouveau dictionnaire du luxembourgeois moderne
Lexicographia revisited
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Le 11 novembre 1996, le journaliste Paul Cerf lançait un pavé dans la mare en publiant un long article dans le Tageblatt dans lequel il accusait la section linguistique de l’Institut grand-ducal de "patronner un ouvrage antisémite, anticlérical, xénophobe et obscène". Il s’en prenait plus précisément à l’article JUDD du Luxemburger Wörterbuch de 1950/1954 qui étale sur 5 colonnes tous les préjugés racistes et antisémites introduits dans la langue luxembourgeoise durant des siècles et qu’on venait allégrement de reprendre, sans changer ne serait-ce qu’un iota, dans la réimpression (1995) du Luxemburger Wörterbuch.
Voir à titre d’exemple l’article principal JUDD dans l’encadré DOC 1, p. 28s.
A notre avis des dictons du genre Eent zwee dräi, ët as e J. kapott, huel(t) e mat de Been a schleef(t) e fort (LW II, 249b) ne sont plus publiables après Aus-
schwitz et l’article n’aurait jamais dû être repris tel quel.
On aurait pu prendre exemple sur des dictionnaires modernes d’autres langues ou plus simplement sur l’excellent Dictionnaire français-Luxembourgeois de M. Rinnen.
Le DUDEN, Deutsches Universalwörterbuch A-Z 3., neu bearbeitete Auflage 1996, édition électronique se limite à l’essentiel:
Ju|de, der; -n, -n [mhd. jude, jüde, ahd. jud(e)o <lat. Iudaeus <griech. Ioudaios <hebr. yehüdī]: Angehöriger eines semitischen Volkes, einer religions- u. volksmäßig zusammengehörenden, über die ganze Erde verstreuten Gemeinschaft: europäische, russische -n; (c) Dudenverlag.
Même sobriété dans le dictionnaire français-luxembourgeois de M. Rinnen (Luxembourg 1988) 564a:
juif JUDD m. (pl. Judden); juive Jiddin f.; jiddesch – J. errant: éwige Judd.
La retenue, avec une nuance sans conteste méliorative, et sans référence à la notion de race, caractérise également l’article du Collins Cobuild English Language Dictionary, London/Glasgow 1987$^{1}$, 1992, 781a:
Jew…, Jews: A Jew is a person who believes in and practises the religion of Judaism. Jews are considered to be the descendants of the ancient Hebrew people. Many Jews now live in Israel. EG. He was a journalist, a brilliant intellectual, and a Jew… American Jews.
Un article très complet situant le mot dans son contexte historique se trouve dans le Grand Robert, Paris 1991 (version électronique): voir DOC 5.
Rappelons qu’une affaire comparable avait éclaté en France en 1995 au sujet d’un article du Dictionnaire des synonymes et contraires. L’auteur de l’ouvrage, Henri Bertaud du Chazaud, avait donné entre autres comme synonyme d‘avare juif, youpin, youtre (84b). Devant les protestations de la communauté
JUIF
- N.
[a] Descendant d’Abraham (>Hébreu, israélite), appartenant au peuple sémite monothéiste qui vivait en Palestine et dont la dispersion ou diaspora commença vers cette époque pour s’achever au second siècle. –
Le Juif errant, personnage que la légende suppose condamné à errer jusqu’à la fin du monde, pour avoir injurié le Christ portant sa croix (titre d’un roman de E. Sue).
[b] Personne appartenant à la descendance de ce peuple, répandu dans le monde entier notamment en Europe centrale et occidentale, sur le pourtour de la Méditerranée, puis en Amérique du Nord, demeuré généralement fidèle à la religion et attaché aux traditions judaïques. >Israélite. Sous l’Ancien Régime, le prêt à intérêt, interdit aux chrétiens, était pratiqué par les juifs. Un juif allemand, un juif polonais, un juif new-yorkais. Hostilité à l’égard des juifs. >Antisémitisme. Persécutions subies par les Juifs (→ Autodafé, …)
… Massacre de Juifs, des Juifs. >Pogrom; holocauste.
Les Juifs ont obtenu le partage de la Palestine et la création de l’État moderne d’Israël en 1947. >Israélien, sionisme, sioniste. Juifs orientaux (>Séfarade), occidentaux (>Ashkénaze). … Juifs et non Juifs (>Goy) d’une communauté.
-
(Attesté XVIIe). Vx (langue class.; à cause de l’exercice de la profession d’usurier, autorisée pour les juifs). Usurier. Fig. et péj. Personne âpre au gain.
-
Loc. (1931). Le petit juif, endroit sensible du coude.
-
Adj. (1611). Relatif à la communauté des Juifs anciens ou actuels. Le peuple juif. – Syn.: le peuple élu* (→ Endroit, cit. 3). Religion juive. >Israélite; judaïsme. La torah* (ou thora, tôrâ), loi juive. Les livres sacrés juifs (la Bible, le Pentateuque; – …Viande abattue selon les rites juifs. >Kasher. Coutumes, institutions juives. >Circoncision, lévirat, phylactère, sabbat. Temple juif. >Sanctuaire, synagogue; tabernacle … Prêtres, docteurs juifs. >Lévite, rabbi, rabbin, sacrificateur, sanhédrin, scribe. Prosélyte juif. … Sectes juives modernes : juifs orthodoxes; juifs progressistes (réformés, libéraux). … Quartier juif. >Ghetto, juiverie, mellah. Langue des communautés juives d’Europe de l’Est. >Yiddish. Raconter des histoires juives. L’humour juif de Woody Allen.
Qui concerne les juifs. La Question juive, oeuvre de Sartre.
Qui est propre aux juifs, à une communauté juive. La cuisine juive. – N. f. (en loc. adj.). à la juive. La carpe à la juive.
REM. Tant comme nom que comme adjectif, le mot a revêtu selon les époques des connotations diverses, souvent liées à l’hostilité de la majorité chrétienne (thème du juif usurier, aux XVIIe et XVIIIe s.) puis au racisme antisémite à partir de la deuxième moitié du XIXe s. De là les emplois insultants (en appellatif, notamment), les synonymes injurieux (→ Youtre, youpin…), les emplois figurés plus ou moins diffamatoires (→ ci-dessus, la cit. 5 et les emplois adj. au sens de «avare» [en attribut]). Il en va de même pour les dérivés (juivaille, n. f., v. 1810, in D.D.L.) et composés (→ Judéo-). à certaines époques, on a conseillé d’éviter le mot juif au bénéfice d’un terme plus neutre (→ Israélite); mais, comme pour nègre, longtemps évité au profit de noir, le mot a été repris et revendiqué (la conscience juive, le renouveau juif, etc.). …
juive et notamment celles de Jean Kahn, président du Consistoire central israélite de France – "On ne peut maintenir dans un dictionnaire des termes qui, il y a cinquante ans, ont eu un effet meurtrier." – le dictionnaire fut retiré de la vente, les éditions LE ROBERT, filiale de NATHAN, subissant ainsi une perte sèche de 1 million de francs français, soit environ six millions de francs luxembourgeois. Sur cette affaire, cf. Le Monde 7 XI 95, p. 2 ; 12-13 XI 95, p. 20.
Robert Burchfield a écrit un article fort intéressant sur le vocabulaire ethnique dans les dictionnaires: "The Turn of the Screw. Ethnic Vocabulary and Dictionaries", The Listener 13 IV 1978, 454-56; reprinted in R. Burchfield, Unlocking the English Language, London 1989, (paperback) New York 1992, 109-115. Il a une position légèrement différente de la nôtre. En effet il propose d’une part de traiter les mots sensibles avec beaucoup d’attention en ajoutant si possible une description détaillée du terme, d’autre part de décrire aussi complètement et objectivement possible le lexique d’une langue à un moment donné:
Dictionary editors are now at last aware that they must give maximum attention to sensitive words, like Palestinian, Moluccan, and so on. Politically sensitive words like Palestine and Kashmir can be entered only as geographical and not as political entries, unless there is adequate space to describe the claims and counter-claims and there are facilities for the frequent updating of the entries. In the end, in their function as ‚marshallers of words‘, ‚lexicographers must set them all down as objectively as possible to form a permanent record of the language of our time, the useful and the neutral, those that are decorous and well-formed, beside those that are controversial, tasteless or worse. And to this list I would add those that are explosive and dangerous, as well. [Burchfield (1992), 115]
Les matériaux au sujet de l’affaire du Dictionnaire des synonymes et contraires ont été collectés grâce à une demande distribuée sur INTERNET par la liste de discussion LINGUIST linguist@tamvm1.tamu.edu, site W3: http://linguistlist.org/.
Les personnes suivantes m’ont répondu et communiqué des documents:
- Philippe Alcouffe PALCOUF@hachette-livre.fr : extrait du Dictionnaire des synonymes et contraires;
- Jean-Claude Boulanger (Université
Laval, Faculté des Lettres, Département de langues et linguistique, Québec, Canada Jean-Claude.Boulanger@lli.ulaval.ca: extraits du Monde relatifs à l’affaire du Dictionnaire des synonymes et contraires
3. Raphael Salkie (University of Brighton, The Language Centre <R. M. Salkie@bton.ac.uk>: l’article de Burchfield.
Quelles qu’eussent été les motivations des responsables de la réimpression³, le scandale que provoqua la sortie de l’ouvrage montra crûment que le Luxemburger Wörterbuch, le dictionnaire du dialecte luxembourgeois⁴, avait fait son temps et que le public attendait en fait un dictionnaire de la langue luxembourgeoise.
II) L’évolution du luxembourgeois et les besoins dictionnaires
- Le luxembourgeois, une langue en devenir
Le luxembourgeois est une petite langue qui monte, monte, monte⁵…
Sur le terme de langue appliqué au luxembourgeois, cf. par exemple la classification établie par Kloss (1978) 23-30; 105-116 qui définit le luxembourgeois comme une Ausbausprache, une "langue en devenir".
Relevons ici uniquement quelques points essentiels:
La loi du 24 février 1984 sur le régime des langues a fait du luxembourgeois non seulement la langue nationale mais aussi, à côté du français et de l’allemand, une des langues administratives du pays⁶. (Mémorial A N° 1-115/1984, Luxembourg 1984, 196-197). Cette loi linguistique a reconnu et en même temps accéléré des évolutions au niveau du luxembourgeois parlé et écrit.
Au niveau de la langue parlée, le luxembourgeois est désormais sans conteste la langue dominante dans tous les domaines: In oral communication however the picture is very different⁷. In contrast to the Luxembourg of the nineteenth and
early twentieth centuries, where there where still domains with mandatory use of French or standard German (e.g. the House of Deputies, Church, public speeches, school, courts), there are now no domains from which Lëtzebuergesch is any longer barred, regardless of the social status of the speakers. Today there is no domain in which Luxembourgers meeting among themselves will not speak Lëtzebuergesch, and only Lëtzebuergesch, whether this be the Council of State, a meeting of an administrative board, or a conversation in a public bar. [Newton (1996) 135-136]
Ceci explique l’importance économique du luxembourgeois: sur le marché du travail on communique oralement en luxembourgeois et celles et ceux qui veulent trouver un emploi ont tout intérêt à maîtriser le luxembourgeois parlé.
Nous avons fait une petite étude statistique sur les exigences linguistiques formulées dans les offres d’emploi parues dans un numéro du Luxemburger Wort⁸. Les résultats sont tout à fait éloquents en ce qui concerne le luxembourgeois.
Sur les 81 annonces retenues, 44, soit 54,32% exigeaient une compétence trilingue. Dans l’ensemble "compétence trilingue" 21 annonces, soit 48%, exigeaient selon un ordre changeant, des compétences en luxembourgeois, français et allemand.
in: Le Monde
En ce qui concerne l’ordre de citation des différentes langues sur l’ensemble du corpus, soit 81 items, le luxembourgeois est cité 27 fois en 1ʳᵉ position, le français 25 fois, l’allemand 14 fois, l’anglais 14 fois et une langue scandinave 1 fois⁹.
Cette importance économique explique que de plus en plus de gens sont amenés à apprendre la langue luxembourgeoise dans la cadre de la formation continue et qu’il y a eu au cours de ces dernières années un véritablement développement de l’enseignement du luxembourgeois-langue étrangère aux adultes¹⁰.
L’enseignement du luxembourgeois-langue étrangère aux enfants s’est développé au niveau de l’enseignement préscolaire: "Les activités de langage répondent à un des soucis majeurs de l’éducation préscolaire: amener tous les enfants à comprendre et à parler la langue luxembourgeoise et les sensibiliser à l’écrit." (Eis Spillschoul, 20)
La presse parlée luxembourgophone – RTL 92,5, Den neie Radio, Hei elei, kuck elei remplacé par RTL TELE LET-
DOC 6
DIDERICH, T., "Wo ‚Kéiseker‘ und ‚Ijhel‘ sich gute Nacht sagen müssen. Ein Beitrag zur inhaltlichen Diskussion über das neu zu gestaltende Wörterbuch des Lëtzebuergeschen", d’Letzeburger Land 13 (2 IV 93) 10-11.
HOFFMANN, F., "Eine revidierte Rechtschreibung und ein neues Wörterbuch des Luxemburgischen, Einige prinzipielle Ueberlegungen", Die Warte 46. Jhg. (7 I 1993) Nr. 1/1647.
HOFFMANN, F., "Wie könnte ein wirklich ’neues‘ Wörterbuch des Lëtzebuergeschen aussehen?", Versuch eines Gesamtkonzeptes, Die Warte 46. Jhg. (14 I 1993) Nr. 2/1648.
REISDOERFER, J., "Een neie lëtzebuergeschen Dixionär", Prolegomena zu einem Wörterbuch der luxemburgischen Sprache, Die Warte 47. Jhg. (27 I 94 & 3 II 94) Nr. 4/1686 & 5/1687.
REISDOERFER, J., & WEBER, N., "Lëtzebuergesch – eine Sprache im Aufbau. Rechtschreibung, Lexikographie und elektronische Dokumentation", Volkskultur an Rhein und Maas 13. Jhg. (1994-1) 15-30.
REISDOERFER, J., "Projets dictionnaires: Dictionnaire pratique du luxembourgeois & trésor de la langue luxembourgeoise: Les nouveaux dictionnaires du luxembourgeois", Bulletin linguistique et ethnologique de l’Institut Grand-Ducal, Section de Linguistique, de Folklore et de Toponymie 26 (1995) 36-46.
SCHANEN, F., "Les enjeux linguistiques d’un nouveau dictionnaire du luxembourgeois", d’Letzeburger Land 38 (23 IX 1994) Dossier 3/94, 1-8.
ZEBUERG – est bien développée et jouit d’une forte audience.
Le terme de presse parlée induit en erreur puisque la plupart des émissions produites à la radio ou à la télévision avant d’être du langage parlé, sont d’abord des textes écrits.
La situation est moins claire au niveau du luxembourgeois écrit. En tout cas, le développement est sans conteste moins prononcé qu’en luxembourgeois parlé.
Au sujet du luxembourgeois écrit Guy Berg (1993) 80, fait les remarques suivantes:
In vielen Domänen konkurrierendes Medium schriftsprachlicher Kommunikation. Keine erkennbare domänenspezifische Dominanz. Geringe Verwendung in mehreren Domänen.
Reste que là également l’usage du luxembourgeois s’est répandu avec l’apparition du roman luxembourgeois moderne – Manderscheid, Rewenig¹¹ -, l’utilisation, timide certes, du luxembourgeois dans la correspondance avec des administrations – en général, c’est l’administré qui s’adresse en luxembourgeois à un fonctionnaire – ou le développement de langues techniques ou de
spécialités par l’intermédiaire des comptes rendus de la Chambre des Députés reproduisant les interventions des députés dans la langue originale qui est souvent le luxembourgeois¹².
Le développement du luxembourgeois dans le domaine parlé et, dans une moindre mesure, dans le domaine écrit implique qu’il y a désormais toute une série d’utilisateurs professionnels – journalistes de la presse parlée, fonctionnaires, hommes politiques préparant leurs discours, écrivains – scolaires – instituteurs, apprenants adultes de la langue luxembourgeoise – qui ont un besoin urgent de manuels et de dictionnaires susceptibles de les aider dans leur travail avec et sur la langue luxembourgeoise:
Die Schaffung eines solchen Arbeitsinstrumentes¹³ ist seit langem überfällig. Zwar haben einige Idealisten kompakte Wörterbücher zusammengestellt, die im Normalfall gute Dienste leisten. Doch für alle, die von Berufs wegen mit dem Luxemburgischen zu tun haben, genügen Wörterbücher im Taschenformat nicht. Im Kommunikationsbereich gibt es immer mehr Leute, deren täglich Brot die Muttersprache ist: Werbetexter Schriftsteller, Radiomoderatoren und Journalisten bei Zeitungen, Radio und Fernsehen. Sie brauchen ein Referenzwerk à la Du-
den oder Petit Robert, das sie in Zweifelsfällen zu Rate ziehen können. [Scheltgen (1993) 3]
2) Le DPLM
Quel type de dictionnaire pourrait répondre à cette demande?
La mise en place de la Commission du Dictionnaire et de l’Orthographe a sans conteste stimulé les linguistes à chercher une réponse à cette question comme le montre la bibliographie DOC 6.
Personnellement nous pensons qu’un Dictionnaire Pratique du Luxembourgeois Moderne, DPLM, une sorte de Petit-Robert du luxembourgeois, pourrait constituer une réponse adéquate à ce défi¹⁴.
Ce dictionnaire serait "un dictionnaire en 1 volume, décrivant au moyen des techniques et concepts de la lexicographie moderne la langue luxembourgeoise du XXe siècle et s’adressant au grand public pour lequel il devrait constituer une aide à la lecture et la production – orale & écrite – d’énoncés en langue luxembourgeoise¹⁵".
L’application des techniques et concepts de la lexicographie moderne devrait, entre autres, permettre une description exhaustive des lexèmes, à savoir:
- une description phonétique;
- l’analyse sémantique précise en allemand;
des indications diastatiques (langues de specialite…) et diamedales (les registres de langue); - l’ajout de collocations$^{16}$;
des phrases exemples; - une description grammaticale;
- une traduction française et eventuèlement italienne et portugaise;
- l’indication des synonyms et des antonymes;
- une etymologie sommaire.
Le DPLM sera alimenté par trois sources, à savoir:
- Le Luxemburger Wörterbuch;
- Le Dictionnaire Français-Luxembourgeois de H. Rinnen (1988);
- Une base de données informatisée.
M. J. Christophory (1994) 145 souligne l’importance et la qualité du travail de M. H. Rinnen:
"This dictionary is a considerably extended version of the small French-Luxembourgish dictionary published in 1979 by Henri Rinnen and Will Reuland. It gives many examples of idiomatic
phrases and also indicates a lot of useful technical terms from the domains of geography and geology with special reference to Luxembourg’s flora and fauna. So far the best compendium of present-day Luxembourgish."
Pour ce qui est de la base de données du luxembourgeois moderne, le professeur Schanen (1994) 1c-2a relève qu‘ "Il n’est guère concevable d’élaborer un dictionnaire de cet ordre sans que soit constituée une banque de données de la langue et des études luxembourgeoises. Le problème n’est pas mince. Il nécessite le dépouillement non seulement de textes écrits, mais aussi et surtout de longs corpus oraux issus des différentes couches de la population, différenciées au moins selon le sexe et les âges, et suivant des critères socio-culturels et régio-
naux. Il y a là un immense travail préliminaire ou parallèle à faire, pour lequel certaines réalisations de "Corpus" faites à l’étranger (France, Allemagne, Canada…) pourraient fournir des modèles."¹⁷
Un exemple type d’un article du DPLM pourrait donc se présenter ainsi¹⁸: voir DOC 7.
Pour réaliser un tel travail il faudra du temps – 10 ans au moins – et de l’argent. Il faudra aussi des équipes rédactionnelles, – une équipe de rédacteurs, une équipe de recherche universitaire, une équipe de lexicographes professionnels – Brockhaus, les Dictionnaires Le Robert – organisant la publication – sous forme traditionnelle d’un livre mais aussi sous forme électronique (CD-rom, W3) – et la distribution. L’ensemble pourrait être su-
pervisé par une commission instituée par l’Etat.
III) La lexicographie au Luxembourg: Utopia revisited ?
Quel est l’état de l’activité lexicographique au Luxembourg ?
La Commission du Dictionnaire & de l’Orthographe a cessé de facto ses activités¹⁹.
Après la débâcle de réédition du Luxemburger Wörterbuch, le gouvernement avait, semble-t-il, réagi sur deux plans en envisageant d’un côté de constituer une nouvelle commission du dictionnaire et de l’autre d’introduire la recherche scientifique sur la langue luxembourgeoise dans le cursus du Centre Universitaire de Luxembourg.
EIDEL, adj. : [aɪdəl] leer
1° ohne den üblichen Inhalt:
Ganz virsiichteg stellt d’Gina en eidelt Béierglas uewen op déi wackeleg Konstruktioun. [Rewenig, Grouss Kavalkad, 8.]
Coll.: 1. d’Fläsch as eidel: die Flasche ist leer.
2. hien as mat eidelen Hann erem kornm: er kam mit leeren Händen zurück.
3. ech hun en eidele Mo: ich bin hungrig.
4. en eidele Beidel : ein leerer Geldbeutel.
D’Zaite sin ewell nach mei schlecht wei jee, dem Papa Stat sai Beidel as eidel. [EIS SPROCH XIX. Jg. (1981-13) 8b.]
Gr.: eidel maachen: eng Fläsch, e Glas, Täschen, e Sack eidel maachen: eine Flasche, ein Glas, Taschen, einen Sack leeren.
2° ohne einen Menschen, ohne ein Lebewesen:
Coll.: eng eidel Strooss: eine leere Straße en eidele Buss: ein leerer Bus
Bussen, déi all Stonn eidel oder voll duerch d’ganz Land fueren, dovu gët nët geschwat. [LWort, 150. Jg. (8-9. II. 97-33) 21]
en eidelt Haus: ein leeres Haus
ech hun ëmmer nach d’geräischer vu schrëtt am ouer, déi an engem eidelen, groussegen haus eng trap erofginn. [Manderscheid, Schako Klak, 36]
3° ohne Sinn und Inhalt:
Ech maache keng eidel Verspriechen a keng Drohungen, déi nët ze vertriede sin. [LWort, 146. Jg. (27. III. 93-72) 8]
Ant.: voll.
Fr.: vide; Ital.: vuoto; Port.: vazio.
Etymol.: Im Deutschen entwickelte sich Mhd. i:tel "leer" über "gehaltlos", "nichtig" zu "eingebildet", "selbstgefällig". Die alte Bedeutung "leer" ist hauptsächlich im Luxemburgischen und in den rheinischen Mundarten erhalten. Duden Herkunftswörterbuch 150b – 151a; Kluge-Mitzka, 161b; Grimm 3, col. 383 – col. 384.
DOC 7
La nouvelle commission du dictionnaire ne s’est pas encore manifestée.
On nous avait demandé de rédiger un projet en vue de la création d’un enseignement de 3e cycle en linguistique luxembourgeoise au Centre Universitaire.
Nous avons remis un mémoire intitulé Projet pour un 3e cycle en langues et littératures du Grand-Duché de Luxembourg au Conseil d’Administration du Centre Universitaire. Le projet s’articule autour de deux thèmes: la scientificité et l’ouverture vers nos voisins – coopération interuniversitaire – et vers les nombreuses communautés linguistiques – italianophone, lusophone, francophone – vivant au Luxembourg. L’enseignement scientifique des langues et littératures luxembourgeoises – avec un accent particulier mis sur langue luxembourgeoise – serait organisé dans le cadre d’un Institut de linguistique luxembourgeoise qui porterait le nom d’INSTITUT ROBERT-BRUCH en l’honneur de l’un des fondateurs de la recherche scientifique sur le luxembourgeois.
Les responsables du Centre Universitaire sont intéressés par le projet, le ministère de la Culture, qui avait reçu une copie du projet, n’a pas encore réagi.
Tout cela augure mal du développement d’une véritable activité lexicographique au Luxembourg et, le millésime 95 de notre dictionnaire s’étant semble-t-il – scandale et déclarations fracassantes aidant – bien vendu, il est à craindre que les vaillants lexicographes de la Section
Linguistique de L’Institut grand-ducal ne remettent en marche leur photocopieuse poussive pour lancer sur le marché la nième réédition du Luxemburger Wörterbuch.
Joseph Reisdoerfer
¹"La Section linguistique de l’Institut grand-ducal patronne un ouvrage antisémite, anticlérical, xénophobe et obscène", Tageblatt 84 Jhg. (7 XI 96-Nr. 256) 10.
² LW II, 249b-251b; V 116; article JUDD et les mots composés avec le lexème JUDD.
³Les responsables de l’Institut Grand-Ducal, Section de Linguistique, de Folklore & de Toponymie ont explicité leur position dans l’article "Haro sur la Section de Linguistique" paru entre autres dans le Letzebuerger Journal 49 Jhg. (19 XI 96-Nr. 219) 6.
⁴Sur la nature du Luxemburger Wörterbuch de 1950, cf. Reisdoerfer (1994).
⁵Le fait est bien établi maintenant et décrit avec minutie dans les ouvrages de Guy Berg (1993) 18-85 ou de Gerald Newton (1996) 123-141 par exemple.
⁶Sur la loi du 24 février 1984, cf. Reisdoerfer (1994). (from written communication)
⁷Il s’agit de l’édition du 25 I 97 N° 21, 150. Jhg. L’étude a été présentée à l’occasion du Congrès Billinguismes et Développement Économique organisé par l’Institut des Langues et Cultures Régionales de Lorraine au Conseil Régional de Lorraine le 7 février 1997.
⁸Des considérations identiques se trouvent chez Berg (1993) 56-61.
⁹A ce sujet, cf. par exemple la brochure Offiziell Diplomer fir Lëtzebuergesch, Luxembourg 1996, élaborée par le Centre de Langues Luxembourg, 80 hvd. G. Patton, L-2316 Luxembourg.
¹⁰Berg (1993) 64.
¹¹Berg (1993) 70.
¹²(ein Wörterbuch).
¹³Pour la présentation du DPLM, nous nous fondons sur Reisdoerfer (1995).
¹⁴Reisdoerfer (1995).
¹⁵Collocation: "Ce terme, employé surtout par les linguistes anglais, dénote l’association habituelle d’une unité lexicale avec d’autres unités: un arbre mort, un arbre nain, un arbre exotique, etc." Mounin, (1993) 71.
¹⁶Sur le problème d’une banque de données, cf. REISDOERFER (1994), REISDOERFER & WEBER (1994) 25a-b, 28a et surtout WEBER, N., "Lëtzebuerger Dictionnaire" – Textcorpus und Computereinsatz," Sprache und Datenverarbeitung 1-2 (1993) 87-101.
¹⁷Cet article est une refonte de l’article eidel que nous avons publié en 1994.
¹⁸Cf. Reisdoerfer (1995).
BIBLIOGRAPHIE
Berg 1993: Berg, G., "Mir wëlle bleiwe, wat mir sin", Soziolinguistische und sprachtypologische Betrachtungen zur luxemburgischen Mehrsprachigkeit, Tübingen 1993.
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Christophory 1994: Christophory, J., A Short History of Literature in Luxembourg, Luxembourg 1994.
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LW: Luxemburger Wörterbuch, 5 Bde, Luxembourg 1950-1977.
Mounin 1993: Mounin, G., Dictionnaire de la linguistique, Paris 1974¹, ibid. 1993.
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Schanen 1994: Schanen, F., "Les enjeux linguistiques d’un nouveau dictionnaire du luxembourgeois", d’Letzeburger Land 38 (23 IX 1994) Dossier 3/94, 1-8.
Scheltgen 1993: Scheltgen, C., "Wer sagt, was richtig ist", Télécran 18 (1 V – 7 V 1993) 3.
Universalwörterbuch 1996: DUDEN Deutsches Universalwörterbuch A-Z, Mannheim 1996 (version électronique).
Weber 1993: Weber, N., "Lëtzebuerger Dictionnaire" – Textcorpus und Computereinsatz," Sprache und Datenverarbeitung 1-2 (1993) 87-101.
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