Annulons la dette des pays en développement !

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Comme d’habitude – est-on tenté de dire – la dette extérieure des pays en développement a progressé en 1998 : elle s’élève désormais à plus de 2 200 milliards de dollars. Des pays comme la Zambie consacrent ainsi dix fois plus au paiement du service de leur dette extérieure qu’au financement de leur système éducatif. L’Ouganda, où un enfant sur cinq meurt avant l’âge de cinq ans et où la moitié des enfants ne vont pas à l’école, connaît une situation analogue. Un constat identique peut être fait dans de nombreux pays en développement.

De fait, si on parle moins aujourd’hui de la dette des pays du Sud que dans les années ’80, c’est qu’elle ne constitue plus une menace pour le système financier des pays du Nord. En revanche, pour les pays les plus pauvres, la question du surendettement et du financement du développement demeure entière.

Incidences pour le Sud

Les arriérés et les intérêts ne cessent de s’accumuler. Aujourd’hui, bien que l’Afrique subsaharienne ait déjà remboursé deux fois le montant de sa dette extérieure, elle se trouve trois fois plus endettée qu’en 1980. En 1996, cette même région a, pour 100.- LUF reçus au titre de l’aide au développement, remboursé 131.- LUF au titre de la dette et des intérêts. Le remboursement de la dette absorbe ainsi des ressources qui pourraient être affectées à des programmes de lutte contre la pauvreté ou à la création d’infrastructures (routes, écoles, hôpitaux,…). Du côté financier, le lourd endettement des pays du Tiers Monde est synonyme d’investissement risqué et donc dissuasif. Les pays du Sud sont ainsi proscrits des marchés financiers internationaux ou condamnés à payer leurs crédits plus cher. Le PNUD estime que dans les années ’80, les taux d’intérêts appliqués aux pays pauvres étaient quatre fois supérieurs à ceux accordés aux pays

riches; ce en raison de leur moindre solvabilité et de la dépréciation escomptée de leur devise nationale. Les effets de la dette sont enfin aggravés par les politiques de stabilisation et d’ajustement structurel qui, en cherchant à améliorer la gestion des finances publiques, conduisent à une limitation des dépenses sociales, à un ralentissement des investissements, à une baisse de compétitivité des entreprises locales et à un accroissement du chômage.

Les pays les plus pauvres restent donc aujourd’hui, malgré les différentes procédures mises en oeuvre pour tenter de réduire la dette, dans une situation critique.

Et au Nord ?

Il serait erronné de croire que les pays du Nord puissent être épargnés par les conséquences néfastes du surendettement international. Au contraire, force est de constater que le problème de la dette des pays pauvres nous touche au plus près. La course aux devises nécessaires au remboursement de la dette entraîne l’exploitation intensive des ressources naturelles, responsable d’une partie de la déforestation, de la dégradation des sols, de la destruction des espèces et des changements climatiques de ces dernières années. La production de drogues peut également, pour certains pays, constituer une source

La course aux devises entraîne l’exploitation intensive des ressources naturelles, responsable d’une partie de la déforestation, de la dégradation des sols, de la destruction des espèces et des changements climatiques de ces dernières années.

Il revient à la société civile de rechercher et de revendiquer des solutions au problème de la dette internationale.

facile de revenus, un hectare de coca rapportant l’équivalent de 9,5 hectares de café. Ainsi, au Pérou, 250 000 personnes vivent de la culture de coca. La situation est similaire dans la plupart des pays d’Amérique latine. On peut alors facilement imaginer les quantités écoulées sur les marchés occidentaux. Par ailleurs, condamnés à réduire au maximum leurs importations pour payer le service de la dette, les pays du Tiers Monde sont peu ouverts aux produits du Nord. Seule la réduction ou l’annulation de la dette permettraient de dynamiser les marchés de ces pays ; ce au grand bénéfice de l’ensemble de l’économie mondiale. Enfin et surtout, fuyant la pauvreté et l’insécurité de leur pays, de plus en plus de personnes viennent frapper aux portes des pays occidentaux. Aujourd’hui, ces mouvements de populations et la pression à l’émigration vers les pays du Nord sont de moins en moins maîtrisables.

En 1996, conscients de l’ampleur de la crise, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont arrêté un plan global de réduction de la dette : l’initiative des pays pauvres très endettés (PPTE), destinée à ramener la dette extérieure des pays pauvres à un niveau dit " viable ". Toutefois, seule une poignée de 41 pays peuvent prétendre à cet allégement trop faible, octroyé après des délais d’attente trop longs. En outre, la définition donnée à la viabilité est trop restrictive et ne tient pas compte des effets de la dette sur la vie des populations. Les niveaux d’endettement restent préoccupants.

Ainsi, aujourd’hui, devant l’échec des politiques et à la veille du Jubilé 2000, il revient à la société civile de rechercher et de revendiquer des solutions au problème de la dette internationale.

La campagne Jubilé 2000 " Faire passer la dette avant la vie "

C’est dans ce contexte que s’inscrit la campagne Jubilé 2000 " Faire passer la vie avant la dette " initiée par la CIDSE (Coopération internationale pour le développement et la solidarité) et Caritas Internationalis. La campagne, menée dans plus de trente pays, est relayée pour le Luxembourg par la Fondation Caritas Luxembourg, l’association Bridderlech Delen, la Commission luxembourgeoise Justice et Paix et le Service biblique diocésain. Les porteurs de la campagne demandent :

  • que la dette des pays les plus pauvres soit annulée d’ici l’an 2000 ;

  • que cette annulation soit subordonnée à un investissement dans le développement humain;

  • que les décisions relatives à l’annulation de la dette soient prises dans la transparence et avec la participation de la société civile, ce tant au sein des organisations financières internationales qu’au sein du Club de Paris et des gouvernements des pays concernés ;

  • que la structure des relations financières internationales soit soumise à long terme à une révision approfondie.

Les 41 pays les plus endettés selon la Banque mondiale

PAYS AYANT UN RATIO DETTE/EXPORTATIONS TRÈS ÉLEVÉ

ÉTATS AYANT DÉJÀ BÉNÉFICIÉ D’UNE RÉDUCTION JUSQU’À 80 % DE LEUR DETTE

ÉTATS DONT LE CAS EST EXAMINE

Ce que vous pouvez faire

Une vaste campagne de signatures vient d’être lancée. La campagne est menée parallèlement dans plus de 30 pays. Son objectif est de recueillir, au moyen de pétitions, des millions de signatures, au Luxembourg et à l’étranger, et de remettre celles-ci aux gouvernements des pays les plus industrialisés réunis à Cologne lors du G7/G8 du 19 juin 1999. Les formulaires de pétition sont à votre disposition auprès de la Fondation Caritas Luxembourg (Tél. : 40 21 31-1). Si vous êtes intéressé(e), signez la pétition et faites la signer autour de vous !

Monia Di Pillo

La rédaction de forum lance un chaud appel à ses lecteurs afin qu’ils soutiennent cette campagne en faveur d’une remise des dettes des pays les plus pauvres du Tiers Monde en signant et en faisant circuler la pétition jointe, le cas échéant en la photocopiant. forum reviendra dans son prochain numéro sur la problématique de l’endettement du Tiers Monde dans un dossier approfondissant la question des causes et des conséquences de l’endettement ainsi que des stratégies et des conditions du désendettement.

Assurez-vous ce numéro en vous abonnant à forum! Virez 1050 F pour 8 numéros par an au CCP 61154-44 de forum, Luxembourg!

Appel

Nous soussignés, lançons un appel aux gouvernements des nations les plus riches pour qu’ils annulent la dette des pays pauvres très endettés pour l’an 2000. Cette annulation doit s’effectuer dans la transparence avec la participation de la société civile.

Les ressources aujourd’hui destinées à rembourser la dette extérieure pourront ainsi être consacrées à des programmes de lutte contre la pauvreté (santé, éducation,…).

Nous demandons également à ces gouvernements de tout mettre en oeuvre pour que cette situation ne se reproduise pas et pour créer au plus vite les conditions nécessaires à un développement durable.

Nous sommes convaincus que le nouveau millénaire doit être l’occasion de redonner l’espoir aux millions de personnes condamnées à la pauvreté par l’endettement insupportable de leur pays. Aujourd’hui, nous avons intérêt à annuler cette dette. C’est une question de choix politique.

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Veuillez s.v.p. retourner cette liste signée pour le 31 mai 1999 au plus tard à l’adresse suivante: Fondation Caritas, 29 rue Michel Welter, B.P. 1721, L-1017 Luxembourg.

Les signatures collectées dans plus de 30 pays seront remises aux gouvernements des pays les plus industrialisés lors de la prochaine réunion du G7/G8 à Cologne, le 19 juin 1999.

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