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Il est difficile d’annoncer la mort d’un journal, surtout si sa disparition survient au moment où il atteignait la maturité. Depuis 17 ans, la Wissbei faisait office de petit journal inofficiel de la grande institution « Eglise catholique du Luxembourg ». Le journal constituait à lui seul une sorte de plateforme de discussion et d’information, critique certes, mais rarement polémique. On y trouvait des dossiers sociaux et pastoraux, des informations et l’inéluctable « Kirchemaus » qui se permettait en toute innocence de nous conter l’une où l’autre petite « histoire de clocher ».

Né sous le signe de l’« après-synode » diocésain, la « Wissbei » était tout d’abord un outil de communication entre le Conseil pastoral et les communautés, c-à-d les paroisses et les mouvements. Outre ce rôle de transmission d’informations et de réflexions entre les conseils et la base, elle est vite devenue un organe d’échange entre les différents acteurs de la pastorale au Luxembourg. Ses dossiers et ses articles se caractérisaient par leur ouverture à l’esprit et aux défis du temps, n’hésitant jamais à poser les questions d’une manière ouverte et sincère, même sur des sujets considérés comme sensibles à l’intérieur de l’Eglise catholique. Durant toutes ces années, elle fut tout autant aimée par les uns que dédaignée par les autres. S’il faut garder en mémoire une image de ce journal, c’est bien son ouverture, son esprit critique et son optimisme à l’égard des projets de l’Eglise. Elle symbolisait à elle seule le souffle d’une Eglise dynamique et en mouvement. Manifestement, sa disparition laissera un vide au niveau des moyens de communication à l’intérieur de l’Eglise catholique, vide qu’aucun des autres organes actuels ne pourra combler.

Pourquoi mourir alors ? Assurément, sa disparition n’est à mettre au compte ni du désintérêt de ses lecteurs, ni d’une catastrophe financière. La maladie qui a rongé ce petit

journal a été de trouver des rédacteurs qui seraient prêts à reprendre la relève. Une équipe de bénévoles a su faire vivre cette expérience pendant plus de quinze ans, en assurant sa parution régulière. Si la décision de remettre le journal à une nouvelle équipe est compréhensible et basée sur l’idée qu’il faut penser à temps à une relève, il s’est avéré qu’aucun autre groupe de personnes n’a eu le courage de reprendre l’aventure et d’assumer le défi que cela représentait. En toute logique, le Conseil Pastoral et le Conseil des Catholiques auraient dû reprendre le flambeau en mettant en place une nouvelle équipe rédactionnelle. Les deux Conseils ont décliné l’offre en arguant du manque de ressources internes pour assumer une tel engagement.

Derrière cette triste disparition (la Wissbei n’est pas le seul journal catholique qui a arrêté récemment sa parution !), se profilent clairement aussi de nouvelles réalités de l’Eglise catholique du Luxembourg, qu’il faudra un jour tenter de décrypter. La période post-synodale a permis qu’émergent un grand nombre de projets portés par des bénévoles et des professionnels de l’Eglise, qui avaient comme point commun un idéal de démocratisation de ses structures. Les moyens pédagogiques mis en œuvre prenaient leur assise dans la formation et le débat. Revues et journaux étaient considérés et utilisés comme un vecteur important dans la mise en œuvre de cette stratégie. Ces projets ont su vivre grâce à l’engagement tenace d’un grand nombre de personnes engagées au sein de l’Eglise et portées par l’espoir d’une Eglise nouvelle, largement inspiré par « Vatican II ». Mais ces initiatives ont vieilli avec leurs protagonistes sans qu’un renouvellement de générations ait su insuffler une nouvelle enthousiasme.

Tout particulièrement, l’Eglise n’est pas parvenue à assurer son assise dans les milieux intellectuels, condition sine qua non pour maintenir en vie des projets de cette envergure. Le parallélisme avec le déclin des mouvements catholiques et des intellectuels/formateurs du « voir-juger-agir » est frappant. Nous vivons une époque où l’Eglise catholique luxembourgeoise se re-concentre sur une communauté célébrante, qui délaisse largement l’ambition d’être un acteur aussi au niveau de la réflexion politique et sociale. Cette évolution sera difficilement réversible, et l’esprit du temps, conjugué au vieillissement des fidèles, n’aidera sûrement pas à installer une nouvelle culture du « voir-juger-agir » au sein des communautés. De ce point de vue, la mort de la Wissbei représente le symptôme d’une maladie bien plus grave qui ronge les assemblées et les communautés.

Retrouver une culture du partage ne peut passer que par une approche valorisant la discussion et la réflexion. Vivre l’Evangile constitue un engagement qui nécessite de discerner, de se positionner par rapport à notre réalité d’aujourd’hui, et de s’engager. De même, une Eglise locale ne pourra pas faire l’économie d’une réflexion approfondie sur ses vecteurs de communication, que ce soit sous la forme de journaux, de revues ou de nouveaux médias électroniques. La disparition de la Wissbei permettra peut-être, à partir du vide qu’elle laisse, de provoquer le sursaut qui donnera à certains le courage de la faire revivre, sous de nouvelles formes, à l’avenir. C’est du moins l’espoir qui doit nous animer.

Paul Estgen

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