Emancipation des femmes : bilan et perspectives

Introduction dans le dossier

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Pourquoi donc encore un dossier sur les femmes ? Tout simplement parce qu’on est loin d’avoir fait le tour de la question et qu’il ne suffit pas d’évoquer la situation des femmes uniquement un 8 mars… Le XXe siècle aura connu un mouvement que l’on peut qualifier de révolutionnaire, celui du féminisme. Révolutionnaire dans la mesure où ce phénomène a pris une ampleur sans précédent, aboutissant à une dénonciation des mécanismes de domination politiques, économiques, sociaux, religieux, culturels et sexuels exercés – sciemment ou pas – par les hommes sur les femmes et dès lors à la reconnaissance d’une discrimination spécifique fondée sur l’appartenance au sexe féminin. Fait historique unique, puisque cette discrimination ne concerne pas seulement une race ou une classe sociale, mais la moitié de l’humanité !

« Le sexe est une des principales causes de désavantage au monde » : ce constat amer, mais finalement peu surprenant, figure dans le Rapport mondial sur le développement humain 2005 du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement). La discrimination des femmes revêt de multiples aspects, parfois extrêmes : violences physiques et sexuelles, prostitution forcée, crimes d’honneur, mutilations génitales, mariages forcés, avortement de fœtus féminins, répudiation ou mise à mort pour cause d’adultère… autant de réalités vécues tous les jours par des femmes qui souffrent et meurent à travers le monde parce qu’elles sont nées femmes.

Si les avancées réalisées sont indiscutables, elles ne sont cependant pas

suffisantes et ne concernent d’ailleurs qu’une minorité de femmes, celles qui ont le privilège de vivre en Occident et d’y jouir de toute une série de droits sans précédent dans l’histoire de l’humanité : droits civils et civiques, contraception, divorce, accès à l’éducation et au marché du travail… À une époque où l’on a tendance à s’endormir sur ces acquis et à considérer le féminisme comme

Les stéréotypes sexuels sont comme un corset qui, dès la naissance, enferme les hommes et les femmes dans des rôles et des besoins bien déterminés.

n’étant plus de mise, il n’est pas inutile de se rappeler que ces droits ne sont pas tombés du ciel. Il a fallu les conquérir au moyen de luttes incessantes et courageuses et bon nombre de femmes – et certains hommes aussi d’ailleurs – les paient encore de nos jours, suivant les pays, par l’exclusion sociale, la persécution, la prison et parfois même de leur propre vie.

L’un des mérites du féminisme, et plus particulièrement des gender studies, c’est d’avoir remis les pendules à l’heure et de différencier entre « sexe » et « genre », le premier désignant le sexe biologique (masculin ou féminin), le deuxième le sexe social en quelque sorte, à savoir les rôles et activités que la société et la culture nous impose en fonction de notre sexe. Les stéréotypes sexuels sont comme un corset qui, dès la naissance,

enferme les hommes et les femmes dans des rôles et des besoins bien déterminés. La remise en cause d’une nature féminine prétendument immuable a aussi permis de mettre en lumière le piège que représentent pour les hommes une masculinité et virilité exacerbées. Si l’éclatement des repères traditionnels a quelque peu déstabilisé nos identités respectives et, de ce fait, la relation entre hommes et femmes, ces dernières se sont cependant rapidement adaptées à des responsabilités et rôles inconnus pour elles jusque-là. Côté hommes, « […] nous ne constatons aucune prise de conscience masculine collective sur le nouveau rapport des sexes. Ils le nient, le subissent ou régressent silencieusement », ainsi que le note Elisabeth Badinter dans son livre L’un est l’autre. Bon nombre d’hommes voient dans l’émancipation des femmes plus le risque d’une perte de leurs privilèges que le formidable potentiel de développement et d’épanouissement qui sommeille en toute personne dès qu’elle n’est plus réduite à son sexe et aux stéréotypes qui y sont rattachés. Peut-être que la véritable révolution commencera le jour – encore bien lointain – où la vie des hommes et des femmes ne sera plus prédestinée du fait d’appartenir à l’un ou l’autre sexe. Les hommes et les femmes seront avant tout des êtres humains, fondamentalement égaux tout en étant sexuellement différenciés. Le sexe ne sera alors ni atout ni désavantage, mais source d’une nouvelle liberté identitaire et un enrichissement pour l’un et pour l’autre, autant pour l’individu lui-même que pour la collectivité tout entière.

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