«Des petits bijoux»

Entretien avec Ian de Toffoli, cofondateur de Hydre Éditions

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Entretien avec Ian de Toffoli, cofondateur de Hydre Éditions

Depuis quand votre maison d’édition existe-t-elle ? Combien de livres avez-vous édité ?

Ian de Toffoli : Nous sommes une très jeune maison d’édition. Sur papier, nous existons depuis avril 2012. Le premier livre, Monocle, portrait de S. von Harden, de Stephane Ghislain Roussel, a été édité en juin 2012. Actuellement, nous en sommes à quatre titres. Quand paraîtront ces lignes, probablement six.

Pourquoi avez-vous fondé Hydre Éditions ? Est-ce pour vous et vos partenaires plutôt un dada, la volonté de combler une lacune dans le monde de l’édition ou un réel projet économique ?

I. T. : Avec un catalogue aussi réduit, et l’intention de ne publier pas plus de trois à quatre livres par an, il faudra encore travailler quelques années avant que cela ne devienne un véritable projet économique, mais il est clair que nous avons envie de vendre des livres. Mais nous avons, avant tout, décidé de nous spécialiser dans certains genres et formes littéraires moins répandues – des pièces de théâtre et de la prose courte (fragments, petits contes, brèves nouvelles) – parce que, justement, ces genres et formes sont moins répandus. Donc, oui, parce qu’il y a une lacune, nous voulons ajouter un peu de diversité au milieu littéraire.

Pourquoi avoir pris le choix de vous spécialiser dans ces deux genres ?

I. T. : Nos deux collections, « Théâtre » et « Courts », comprennent des pièces de théâtre et de la prose courte, tous genres confondus, aussi longtemps que ce soit court et brillant. Le choix de la première collection nous vient en partie également du fait que mes deux partenaires, Pitt Simon et Luc Schiltz, sont comédiens, connaissent les réseaux de théâtre européens qui nous permettent une certaine distribution des livres. Et parce que nous trouvons tous les trois que les textes de théâtre ne sont plus assez lus. Il s’agit de littérature, après tout. Mais de nos jours, ces deux milieux, théâtre, disons spectacle vivant, et littérature sont assez imperméables, et c’est bien dommage. Quant à la deuxième collection, il s’agit de faire contrepoids à la domination du roman sans trop de saveur et des éternels livres de poésie minimaliste qui règne au Luxembourg. La forme courte a ses avantages : densité stylistique, concision du thème, lecture abordable et plus stimulante. En France, par exemple, où certains petits éditeurs ont préféré se concentrer sur cette forme, ces livres ont un public de lecteurs avides, et les écrivains qu’on peut y lire devancent de beaucoup les romanciers à succès des rentrées littéraires en matière de qualité littéraire. Notre intention c’est aussi de faire des livres qui ressemblent plus à de petits bijoux qu’à de gros pavés assommants.

Quels sont les premiers pas pour créer une maison d’édition ?

I. T. : Préparer des dossiers administratifs, demander des autorisations, réunir le capital pour créer une société, développer une ligne éditoriale et une identité visuelle, faire des maquettes, discuter jusqu’au petit matin avec le typographe. Que du plaisir. Et puis, évidemment, avoir déjà une idée des auteurs, ou du genre de textes, qu’on aimerait publier.

Qu’est-ce qui représente pour vous l’essence du travail d’un éditeur ?

I. T. : Cela dépend évidemment de la taille de la maison d’édition. En tant qu’éditeur, je n’ai pas exclusivement le luxe de pouvoir m’occuper uniquement de la découverte de nouveaux textes et du contact avec les auteurs et d’aller à des réceptions où l’on sert des petits-fours. Une grande partie du travail n’est qu’administratif. Garder un œil sur les comptes en banque, établir des budgets, constituer des dossiers de subsides, rédiger des sommaires pour des catalogues, s’inscrire aux différentes foires, répondre aux mails, encore des discussions avec le typographe sur de telle ou telle police, de telle ou telle couverture. Ensuite, il y a la maintenance du site internet, la relation avec les librairies, etc. Mais pour ces choses là, je ne suis évidemment pas seul. Puis, quand tout ça est réglé, on peut enfin s’adonner à la partie la plus plaisante du travail : la lecture. La discussion avec les auteurs. Et les petits-fours, bien sûr.

Quels sont vos futurs projets ?

I. T. : Continuer le travail. Nous préparons la sortie, pour les Walfer Bicherdeeg, de deux livres de textes courts, mais cette fois-ci vraiment très courts (d’ailleurs c’est un petit jeu que nous avons proposé aux auteurs : des textes dont nous fixons à l’avance le nombre de signes) écrits par sept auteurs francophones et sept auteurs germanophones. L’année prochaine, nous publierons une série de conférences sur le théâtre contemporain. Nous resterons implantés dans nos deux catégories et nous tenterons d’avancer à pas lents, mais sûrs, pour nous faire connaître d’un public luxembourgeois (et d’ailleurs) grandissant.

Merci d’avoir répondu à nos questions ! ♦

Entretien mené par courriel entre le 10 et 18 octobre 2013. Questions: Laurent Schmit et Stephanie Majerus

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