Droits de l’homme: Ce Vietnam que nous aimons

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L’AFC- Solidarité Tiers-Monde organise le 26 mars 1979 à 20³⁰ heures une conférence avec la Soeur Françoise Vandermeersch au sujet du Vietnam à la Salle Mansfeld de la Bibliothèque Nationale à Luxembourg. ‚forum‘ invite très cordialement ses lecteurs à venir assister à cette conférence.

A cette occasion nous publions quelques textes de la Sr. Vandermeersch et de ses amis de la ‚Fraternité Chrétienne avec le Vietnam.‘ Ces textes témoignent d’un profond optimisme pour l’avenir du peuple vietnamien et vont à l’encontre de certains partis-pris très négatifs de la presse internationale au sujet de la situation actuelle en Indochine. ‚forum‘ va revenir sur ces oppositions déconcertantes lors d’une conférence de presse avec la Sr. Vandermeersch lors de son passage à Luxembourg. Pour le moment

nous n’avons pas les moyens de choisir parmi les informations qui nous parviennent à ce sujet. Tout en nous gardant de l’anticommunisme primitif et combien plus facile de certains, nous renvoyons cependant nos lecteurs aussi à l’article désabusé de Jean Lacouture au No. 28 de ‚forum‘.

Sr. Fr. Vandermeersch a visité le Vietnam une première fois en 1973 pour enquêter au sujet des prisonniers politiques du régime Thieu en vue d’un congrès de ‚Pax Christi‘ au sujet du Vietnam qui devait rassembler toutes les forces en lice. Sa deuxième visite a eu lieu tout à suite après la victoire sur les Américains en 1975 et avait pour but d’y acheminer des médicaments. Sa troisième visite, de plusieurs mois, date de 1978; c’est à celle-ci que se réfèrent les textes qui suivent. La Sr. Vandermeersch est chargée de collecter des fonds pour organiser la réinsertion sociale des nombreuses prostituées que la présence militaire américaine avait produites notamment à Saigon.

Ce Vietnam que nous aimons

La situation du Vietnam est de nouveau tragiquement à la une des informations internationales. Le drame des 2387 réfugiés du « HAI HONG », sur lequel se braquent, à juste titre, les flashes des mass-media, risque pourtant de faire oublier l’autre drame, d’une ampleur infiniment plus importante : le drame de tout un peuple – 51 millions d’habitants, soit presque autant d’habitants qu’en France – qui, après avoir lutté héroïquement durant 30 années, se voit abandonné dans la construction d’une paix si chèrement gagnée. Abandon de la part de pays, d’amis, de Français, qui l’avaient pourtant soutenu ardemment durant sa lutte pour son indépendance, une lutte qui fut terrible.

La Chine a cessé son aide alimentaire au Vietnam et vient d’annuler près de 75 contrats concernant la réalisation d’importants équipements complets ; la raison donnée est l’aide qu’elle doit apporter aux Chinois et Vietnamiens d’origine chinoise, réfugiés du Vietnam (réfugiés dont nous parlerons ci-après). D’autres causes, d’autres rivalités, n’interviendraient-elles pas dans un différend si navrant entre des pays encore récemment si solidaires ? Dans la circonstance, le proverbe suivant ne s’appliquerait-il pas : « Quand deux buffles se battent, c’est l’herbe qui en pâtit ? »

L’Europe des Neuf n’aide le Vietnam qu’au compte-gouttes. La France actuellement se sent surtout attirée par des pays qui offrent la possibilité de marchés importants – qui ne sont certes pas à dédaigner – mais ne devrait-elle pas aussi se soucier beaucoup plus qu’elle ne le fait, d’un pays meurtri, aux épreuves duquel elle n’est pas étrangère ?..

Quant aux Etats-Unis, ils ne respectent pas la clause du traité de Paris, par laquelle ils s’étaient engagés à panser les blessures de guerre dont ils étaient si gravement responsables. Le traité a près de trois ans, le Vietnam n’a toujours pas reçu les dédommagements reconnus comme amplement justifiés. Pour comble, les Etats-Unis exercent vis-à-vis du Vietnam, un embargo économique absolu. Le sait-on assez en France ? Battus militairement, les Etats-Unis souhaitent-ils que le Vietnam soit plongé dans un marasme économique ?

L’Europe de l’Est reste seule à apporter au Vietnam une aide substantielle, quoiqu’insuffisante. Nous supportons mal l’adhésion du Vietnam au Comecon, qui met le Vietnam, qu’on le veuille ou non, en dépendance économique vis-à-vis de l’URSS ; et ce n’est pas sans inquiétude que nous

lisons dans l’article 6 du Traité d’amitié et de coopération signé à Moscou, le 3 novembre dernier, qu’au cas « où l’une des deux parties ferait l’objet d’une attaque, des concertations bilatérales seraient immédiatement engagées » pour éliminer ce danger.

Mais interrogeons-nous : Que faisons-nous, qu’avons-nous fait, pour soutenir l’indépendance du Vietnam, une indépendance pour laquelle le Vietnam a tout sacrifié, de sa chair, de ses terres, pendant tant d’années. Tout en proclamant toujours son indépendance, le Vietnam n’a-t-il pas été obligé, pour sa survie, et justement à cause de certains abandons, de prendre parti, alors que pendant toute la guerre il avait toujours évité de le faire, aussi bien à l’égard de la Chine que de l’URSS !

Ce Vietnam que nous aimons, se trouve aujourd’hui affronté à des difficultés considérables. Inondations catastrophiques : jamais vues encore de mémoire d’homme, un quart de la récolte de céréales perdu, un demi million d’hectares, environ 9 provinces, sous l’eau, 5.800.000 personnes sinistrées à secourir immédiatement alors que toutes les énergies auraient du pouvoir se consacrer à la reconstruction du pays, à la mise en culture de nouvelles parties du territoire. Secours de tous les instants à apporter à une partie de la population ayant subi les conséquences de l’occupation américaine et de la guerre menée par celle-ci : un million d’orphelins, des drogués que l’on soigne, des ex-prostituées que l’on reclasse… Ne nions pas d’autres difficultés intérieures, au sujet desquelles les Vietnamiens ont le courage et la loyauté de se critiquer à juste raison (voir ci-après). Enfin, des tensions aux frontières, et même la guerre à la frontière cambodgienne, ne sont-elles pas pour le Vietnam, pour tous les peuples en cause, une blessure ouverte ? En tant que fraternité, nous en souffrons avec lui.

Plusieurs d’entre nous sont de très longue date – et le restent – les amis de ces peuples. Nous avons vu récemment deux pays, presqu’héréditairement ennemis, la Chine et le Japon, prendre le chemin de la réconciliation et des échanges… Que pouvons-nous souhaiter de mieux à nos amis que de prendre, eux aussi, le chemin du dialogue et de la paix ? Rien n’est impossible, le Vietnam l’a prouvé au long de son histoire.

Fraternité Chrétienne avec le Vietnam

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