Ernesto Cardenal
La poésie: une arme chargée de futur
Dieser Inhalt wurde anhand eines gescannten Dokuments mithilfe von optischer Zeichenerkennung (OCR) und künstlicher Intelligenz (KI) digitalisiert. Er kann Fehler oder Ungenauigkeiten enthalten.
"J’ai distribué des pamphlets clandestins,
j’ai crié: Vive la Liberté! en pleine rue défiant
les policiers armés.
J’ai pris part à la révolution d’avril.
mais je blêmis quand je passe près de ta maison
et ton seul regard me fait trembler!"
L’auteur de ces vers n’est autre que l’actuel ministre de la culture du Nicaragua libéré: le poète, prêtre, sculpteur et co-dirigeant du Front Sandiniste: Ernesto Cardenal.
Dans sa poésie, l’amour (qu’il s’agisse d’amour fraternel, d’amour érotique ou de l’amour de Dieu) est indissociable de l’Histoire et du contexte socio-politique précis dans lequel il est vécu; l’amour ne saurait être idée désincarnée, dogme arbitraire ou sentiment planant.
Or, l’histoire du Nicaragua est une histoire d’oppression et de révoltes, d’exploitation et de création culturelle authentique et populaire.
Pour Cardenal "révolution" et "dictature" sont – autant que des réalités politiques- des événements spirituels: "Les racines de la dictature, je les rencontre souvent en moi-même. Les dictatures vivent en nous!"
Certains poèmes de Cardenal ont circulé au Nicaragua des Somozas, comme tracts pendant des manifestations; bien qu’ils fussent interdits.
Lui-même s’en explique: "J’ai toujours essayé d’écrire une poésie qui enrichisse la masse des gens. La poésie m’intéresse comme elle a intéressé les prophètes: comme un moyen d’expression pour dénoncer l’injustice et pour annoncer le Royaume de Dieu."
En Amérique latine, le Nicaragua est considéré comme une terre de poètes. Quelques-uns des plus grands auteurs d’Amérique latine (Ruben Dario, Cardenal…) en sont issus; et la poésie y est utilisée par toutes les couches de la population comme un moyen d’expression et un outil de résistance courants. Aussi Ernesto Cardenal a-t-il toujours été confiant dans l’efficacité de son arme, la poésie:
"Je vois déjà les généraux arrêtés menés en prison.
Nous écrivons dans le Livre pour les années à venir.
Les poètes, nous qui protégeons le peuple avec des paroles.
Quand viendra le changement de pouvoir,
Quand viendra le gouvernement des plus nombreux,
leurs tasses seront grandes,
grandes les assiettes où ils mangeront ensemble."
"Le printemps est arrivé avec son odeur de Nicaragua"
Ernesto Cardenal est né en 1925 dans une famille aisée à Granada au Nicaragua. Il fait des études de philosophie et de littérature à Mexico, puis à New York où il soutient une thèse sur la poésie moderne de son pays natal.
Après ses études il rejoint la résistance dans sa patrie, participe à une tentative de coup d’Etat contre Somoza, connaît la prison et doit finalement, en 1956 prendre le chemin de l’exil. Il entama alors des études de théologie et passe une période de silence et de travail littéraire dans un monastère trappiste au Kentucky.
En 1965 il rentre dans son pays, est ordonné prêtre et fonde en 1966 une petite communauté sur l’île de Solentiname dans l’immense lac Nicaragua.
A travers son ouverture sur les paysans de l’île, cette petite communauté, qui se voulait d’abord essentiellement contemplative, découvre "la radicalité de l’Evangile" (Cardenal).
Avec ses amis il crée une coopérative laitière pour les jeunes paysans de l’île, une école de peinture primitive (qui acquiert rapidement une grande réputation) une polyclinique, des ateliers de poterie et de céramique, des groupes de réflexion et de conscientisation.
En 1977, après que de nombreux jeunes de l’île eurent rejoint l’armée sandiniste, la garde nationale somoziste démolit brutalement la communauté.
Cardenal s’engage alors ouvertement au côté du Front Sandiniste et en devient le porte-parole en mission à travers l’Amérique latine.
A ceux qui lui reprochent son appartenance -en tant que prêtre- à un mouvement armé, il réplique: "Chaque authentique révolutionnaire préfère la non-violence; mais on n’a pas toujours la liberté de choisir."
"La nuit est tombée au milieu du jour"
L’engagement de Cardenal s’enracine dans une profonde connaissance et admiration pour la culture du sous-continent (particulièrement pour les cultures précolombiennes auxquelles il a dédié un recueil de poèmes intitulé: "HOMMAGE AUX INDIENS D’AMERIQUE"
"Ils appréciaient l’or, mais comme ils appréciaient aussi la pierre rose ou l’herbe ils n’ont pas eu d’argent et personne ne mourait de faim dans tout l’Empire et la teinture de leurs ponchos a duré 1000 ans."
Aujourd’hui les Indiens d’Amérique latine ont été volés de leur Histoire:
"A la chute de l’Empire l’Indo s’est accroupi comme un tas de cendres et il n’a fait que penser … indifférent aux gratte-ciel et à l’Alliance pour le Progrès."
L’engagement d’Ernesto Cardenal se fonde d’autre part sur la tendresse qu’il porte à son jeune peuple nica, et l’admiration pour le courage des combattants qui en sont issus.
"Notre salut à tous, c’est de nous embrasser, disait Sandino, et personne n’embrassait comme lui."
"Car parfois naît sur une terre un homme qui est cette terre
Et la terre où est enterré cet homme est cet homme
Et les hommes qui naissent ensuite sur cette terre sont cet homme"
"Je suis un marxiste qui croit en Dieu"
"Dieu des Vengeances
Dieu des Vengeances montre-toi
Jusqu’à quand Seigneur
Jusqu’à quand triomphera leur parti?"
Dans un de ses plus fameux recueils ("Cris" dans la traduction française), Cardenal transcrit les Psaumes de la Bible dans un langage actuel, et intègre leur message dans le contexte politique et culturel de l’Amérique latine d’aujourd’hui. Cardenal espère en Dieu, tout comme parfois il désespère en Dieu.
"Que parvienne à tes oreilles
le gémissement des prisonniers
et la prière des condamnés à mort (…)
Réveille-toi
et aide-nous
Pour ton propre prestige."
Cardenal estime qu’un christianisme sans engagement pour le socialisme n’est pas complet. Il rappelle que St. Paul utilise le même mot grec "koïmonia" pour la propriété collective des biens, pour la communion avec Dieu, et pour la communion eucharistique! A ceux qui lui parlent des horreurs du stalinisme, Cardenal répond qu’il est aussi erroné de confondre communisme et stalinisme que de confondre l’Evangile avec l’Inquisition.
A ceux qui lui reprochent le matérialisme historique de Marx, il répond qu’il ne faut pas confondre matérialisme et positivisme. Alors que le positivisme scientiste s’oppose à toute spiritualité et toute foi le matérialisme marxiste est opposé, quant à lui, à l’idéalisme comme regard sur l’évolution de l’Histoire.
La passion de l’Homme
Dans le même style sobre qui caractérise ses poèmes historiques et plus directement politiques, Cardenal chante les relations entre personnes et plaide la cause des hommes et femmes bafoués et paumés.
Un exemple frappant de cet engagement se retrouve dans sa célèbre "Prière pour Marilyn Monroe". A travers Marilyn Monroe -symbole d’une Amérique décadente, d’un "american way of life" haï,- Cardenal découvre aussi une victime, un symbole d’aliénation et
d’humiliation. Lui habitant d’un pays opprimé et miséreux, plaint les habitants des pays "riches".
"Elle n’a fait que jouer selon le scénario que nous lui avions donné
- celui de nos propres vies- et c’était un scénario absurde
Les romans d’amour ont été un baiser les yeux fermés et quand s’ouvrent les yeux on découvre qu’on était sous les projecteurs et les projecteurs s’éteignent!"
Face à cette misère morale et culturelle des pays capitalistes, Cardenal clamo la force et la jeunesse de son pays et la beauté du sous-continent, déclare la puissance des pauvres, chante (avec une grande sensualité) les amours et les luttes des hommes et des femmes de son pays.
"Les filles allaient et venaient avec leurs cruches en chantant un vieux chant d’amour
Celles qui montaient allaient droites comme des statues
sous leurs fraîches amphores rouges avec des dessins
les corps frais de figures d’amphore
et celles qui descendaient
sentaient et couraient comme des biches
et dans le vent leurs jupes s’ouvraient comme des fleurs."
Aujourd’hui le peuple nicaraguayen a chassé le dictateur. Cependant, la guerre a laissé de profondes blessures et le pays ressemble à un énorme tas de
ruines.
Mais ce peuple, épris de liberté, dispose d’un désir et d’une volonté illimité d’accéder enfin à une vie libre, digne et responsable.
De plus, à voir le Front Sandiniste de Libération, la vitalité de sa jeunesse et de son avant-garde est la garantie vivante que les années de souffrance et de sacrifices n’ont pas été inutiles.
Pour cela le Nicaragua a besoin de la solidarité internationale. Que les appels des réfugiés d’Indochine ne noient pas la demande d’aide du Nicaragua qui lui aussi se trouve encore au bord de la famine.
Que vive le "peuple des poètes" Guy Krettels
Pour qui veut lire Ernesto CARDENAL:
- Cri. Psaumes politiques, 1970
- Anthologie poétique, 1974
- Les deux livres sont parus aux éditions du Cerf, coll. "Terres de Feu"
- Das Buch von der Liebe. Lateinamerikanische Psalmen, GTB 168 (5,80 DM)
- Meditation und Widerstand. Dokumentarische Texte und neue Gedichte, GTB 221 (5,80 DM)
- Das Evangelium der Bauern von Solentiname. Gespräche über das Leben Jesu in Lateinamerika, GTB 327 (5,80 DM)
- Psalmen, Peter Hammer Verlag (4,80 DM)
POUR LA REVOLUTION NICARAGUAYENNE
La victoire du peuple nicaraguayen sur la dictature somnoïste, acquise au terme d’une lutte armée de dix-huit ans menée par le Front Sandiniste de Libération Nationale, représente un immense espoir pour ce peuple et pour tous les peuples opprimés d’Amérique Latine.
Mais cette victoire a été arrachée à un prix très élevé: trente mille à quarante mille hommes, femmes et enfants ont été tués par la garde nationale et la guerre laisse une économie exsangue, un pays en ruine.
Actuellement, dans le cadre d’un formidable mouvement national, le peuple nicaraguayen est en train de construire d’arrache-pied le nouveau Nicaragua: tous les comités de base, de quartier, de village, etc., nés dans la lutte contre la dictature s’emploient à doter le pays de structures nouvelles correspondant à leurs aspirations.
Mais pour atteindre ces objectifs, la solidarité internationale sera indispensable. Déjà dans de nombreux pays d’Europe, des Comités Nicaragua organisent le mouvement de soutien matériel et politique à la révolution nicaraguayenne, une lutte contre l’exploitation de l’homme par l’homme qui affronte les mêmes ennemis et se propose les mêmes objectifs que les luttes progressistes au Luxembourg et dans les pays voisins.
C’est pourquoi les personnes soussignées ont décidé de constituer L’ASSOCIATION SOLIDARITE LUXEMBOURG-NICARAGUA afin de développer au Luxembourg un soutien prolongé au processus révolutionnaire impulsé par le Front Sandiniste et le peuple nicaraguayen. Dans ce but elle se propose:
-
De développer un travail suivi d’information et d’analyse sur la situation au Nicaragua.
-
De recueillir au Luxembourg des moyens financiers et matériels pour apporter une aide directe au processus de reconstruction, en accord avec le secrétariat extérieur du F.S.L.N;
-
De contribuer à la mobilisation des forces progressistes luxembourgeoises pour que notre gouvernement participe largement à l’attribution d’une aide financière sans conditions au peuple nicaraguayen et à son gouvernement.
Jusqu’à la constitution définitive de ce comité et à l’octroi d’un numéro de CCP, nous proposons à nos lecteurs de virer leurs dons en espèce au CCP 61154-44 de "forum", Luxembourg, avec la mention "Nicaragua".
Nous attirons d’ores et déjà l’attention de nos lecteurs sur le prochain numéro de "Perspektiv" qui doit contenir tout un dossier au sujet du Nicaragua. Parution: début janvier.
"forum" publiera au prochain numéro de larges extraits d’une importante lettre pastorale de la conférence épiscopale du Nicaragua concernant la libération populaire et les relations entre foi et socialisme. Malheureusement des difficultés de traduction nous ont empêchés de les faire paraître avant notre table ronde au sujet de "Christianisme et/ou Socialisme?" prévue pour le 16 janvier 1980.
Sie haben vergessen
einem guten Freund ein Geschenk zu machen…
Eine gute Entschuldigung für Sie:
Diese Nummer kam zu spät für Weihnachten.
Bestellen Sie JETZT ein Geschenkabonnement,
ab dieser Nummer! (Näheres S. 38)
Als partizipative Debattenzeitschrift und Diskussionsplattform, treten wir für den freien Zugang zu unseren Veröffentlichungen ein, sind jedoch als Verein ohne Gewinnzweck (ASBL) auf Unterstützung angewiesen.
Sie können uns auf direktem Wege eine kleine Spende über folgenden Code zukommen lassen, für größere Unterstützung, schauen Sie doch gerne in der passenden Rubrik vorbei. Wir freuen uns über Ihre Spende!