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Du 24 mars au 14 mai 2006 aura lieu l’exposition « Charles Bernhoeft, photographe de la Belle Epoque » au Musée national d’histoire et d’art. Cette première rétrospective sur son œuvre photographique permettra de combler un vide dans l’histoire de la photographie luxembourgeoise.
Christian Mosar
© MNHA
C’est autour de la rétrospective sur « Les Kutter photographes » au MNHA (20 mars-2 mai 1999) qu’un nom, un peu oublié de l’histoire de la photographie au Luxembourg, a ressurgi des limbes de notre iconographie nationale.
Car si l’on ne sait que peu de choses sur la vie privée de Charles Bernhoeft, sa production d’images photographiques jouit d’une grande reconnaissance, entre autres dans le milieu des collectionneurs de cartes postales anciennes¹.
Pas de correspondance privée, peu de notices biographiques, Charles Bernhoeft serait aujourd’hui un parfait anonyme de la Belle Epoque au Luxembourg s’il n’y avait cette période entre 1887 et 1910 pendant laquelle il réalisa une production presque industrielle de prises de vue photographiques et
leur diffusion à travers les médias populaires de son temps.
Albums de luxe réalisés avec la technique onéreuse de la phototypie, revues illustrées et, surtout, toute une suite de séries de cartes postales illustrées, dont une série à elle seule compte 1 600 sujets différents. Une publicité de l’époque indique qu’une vingtaine de personnes sont employées par les éditions photographiques Bernhoeft.
Charles Bernhoeft ne fait plus partie de la génération des pionniers de la photographie européenne, mais il a essentiellement contribué à une professionnalisation du métier.
A la grande différence de ses illustres prédécesseurs, comme Gustave Le Gray, Roger Fenton ou Julia Margaret Cameron, Bernhoeft n’était pas peintre ou dessinateur avant de devenir photographe. The Pencil of Nature² était pour lui bien plus une technique qu’il fallait maîtriser qu’un art.
Il n’était pas non plus l’un de ces aventuriers de la première époque de l’histoire de la photographie. L’exotisme était un sujet que Bernhoeft a
régulièrement commercialisé, mais ses voyages se réduisaient aux pays voisins du Luxembourg. (Albums photographiques Cöln und der Rhein, 1895-1896, Bilder aus der Pfalz, 1895, Nederland in Beeld, 1896, Eifel-Album, 1896.)
Ses images des habitants du continent africain ou des Indiens d’Amérique du Nord, il les prenait à l’occasion d’expositions universelles comme celle d’Anvers en 1894.
Mises en scène et exotisme de pacotille, systématiques à l’ère colonialiste, mais aussi images insolites et étonnantes qui, à l’époque, faisaient vendre cartes illustrées et albums.
Le premier atelier de Charles Bernhoeft était situé au numéro 1 de la rue du Génie (aujourd’hui avenue Monterey), mais le succès commercial de ses entreprises photographiques lui permit en 1900 de faire construire la nouvelle maison pour l’atelier Bernhoeft, au coin de la rue de l’Arsenal (Grand-Rue) et du boulevard Royal. L’imposant bâtiment de trois étages, appelé à l’époque « de Bernhoeft », a été détruit en 1970 et remplacé par le très esthétique (sic) centre commercial « La Luxembourgeoise ».
Bernhoeft s’était forgé dès ses débuts une solide réputation de portraitiste et son commerce de portraits individuels et de groupe s’est développé en conséquence.
Comme dans toutes les capitales européennes, il était de bon ton, essentiellement parmi les membres de la bourgeoisie, de se faire photographier en format « carte de visite » ou alors « cabinet », et l’échange ainsi que la collection de ces images sont rapidement devenus une activité à la mode.
Mais pour Charles Bernhoeft, il n’y a pas que le succès commercial qui est un indicateur de sa rapide ascension dans la société luxembourgeoise de la Belle Epoque. En effet, Bernhoeft avait réussi à se faire nommer photographe de la Cour sous le règne du Grand-Duc Adolphe, ce qui ne signifiait pas seulement une reconnaissance officielle, mais ce qui permettait d’utiliser un label très favorable au vu de la concurrence en matière de commerce du portrait photographique$^{3}$.
Le succès de son atelier photographique a fait qu’il s’intéressa très tôt aux avantages de la lumière artificielle, un domaine qui, à une époque où la majorité des techniques de prises de vue de développement et de tirage commençaient à adopter des standards, était encore favorable à l’invention de techniques nouvelles.
Ainsi, Charles Bernhoeft inventa des systèmes d’éclairage artificiel indirect et savait appliquer le même système à une prise de vue au flash. Edmond Thill, cocurateur de l’exposition au MNHA, précise dans son article du Musée info que Bern-
Album Exposition universelle d’Anvers, 1894
Boehm hoeft réussit à vendre quelque 300 exemplaires de son appareil qu’il fit breveter sous le nom de « Bernhoeft’s Blitzlichtapparat Sanssouci ». Un système d’éclairage rapide qui présentait de grands avantages pour les portraits d’enfants, qui constituent une des nombreuses spécialités de Bernhoeft.
Portrait d’enfant, 1908
Album Deutsch-Luxemburgische Bergwerks- und Hütten-Aktiengesellschaft, Abteilung Differdange, 1903 © MNHA
Le flash au magnésium permettait d’éviter les temps de pose très longs sous lumière naturelle et, en même temps, les photos pouvaient être prises en hiver ou alors le soir au studio.
Charles Bernhoeft est un photographe tout à fait typique de son époque. Un professionnel de l’image qui réalise des clichés photographiques bien dans le style et les conventions esthétiques de son temps et qui, en même temps, a réussi à commercialiser avec succès le produit de cette activité prolifique.
Il est cependant parfois difficile d’affirmer que toutes les prises de vue ont été réalisées par Bernhoeft lui-même, bien que la promesse en est faite dans ses annonces publicitaires. On sait,
Album Grand pont Adolphe à Luxembourg, 1900-1903 © MNHA
Portrait des princesses Hilda, Charlotte et Marie-Adélaïde, 1904 © MNHA
entre autres, que Paul Kutter était son assistant, mais il est impossible de trancher aujourd’hui sur le sujet de l’auteur de certaines prises de vue, notamment pour ce qui est de la publication surabondante des cartes illustrées.
Et si dans ses thèmes photographiques, Charles Bernhoeft était un touche-à-tout (portraits, paysages, industrie et architecture), il y a pourtant un sujet, celui de la prise de vue érotique, qui est totalement absent du corpus photographique enregistré par le MNHA. Un sujet peut-être trop sulfureux pour un photographe bien établi dans la société de son époque.
Après « Les Kutter photographes », le MNHA organise une deuxième grande exposition sur le patrimoine photographique luxembourgeois, un rôle qui semble donc loin d’être réservé au seul Centre national de l’audiovisuel.
L’exposition, qui sera organisée du 24 mars au 14 mai au MNHA, sera la première grande rétrospective dédiée à Charles Bernhoeft, une exposition préparée par Paul Reiles et Edmond Thill, chef du Service éducatif qui avait déjà publié, en collaboration avec Jean-Luc Koltz, le catalogue raisonné sur l’œuvre de Joseph Kutter en 2000. Edmond Thill et Paul Reiles ont également mis à profit leurs recherches sur Charles Bernhoeft pour faire publier une monographie de quelque 400 pages, dont 150 planches photographiques, monographie dont la parution est prévue pour la rétrospective.
1 Le tome premier de Le Grand-Duché de Luxembourg édité par Francois Mersch en décembre 1978 consacre 121 pages à la reproduction de prises de vue réalisées par Charles Bernhoeft et publiées à l’origine sous forme d’albums photographiques.
2 William Henry Fox Talbot, inventeur de la calotypie et auteur de The Pencil of Nature, 1844-1846
3 „Erstrebenswert war im europäischen Bereich der Titel Hofphotograph, der gesellschaftliche Anerkennung, ja Aufstieg signalisierte und sich gegenüber einem obrigkeitsshörigen Publikum hervorragend vermarkten ließ.“ Hans Christian Adam dans Alles Wahrheit! Alles Lüge! Photographie und Wirklichkeit im 19. Jahrhundert, Verlag der Kunst 1996
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