La digitalisation est le sujet tarte à la crème du moment. Tout le monde a son mot à dire là-dessus, entre naïveté, enthousiasme démesuré, peur pour son emploi, menaces de sécurité…. Au Luxembourg, les « incubateurs de start-ups » poussent comme des champignons et chaque jour amène sa cargaison de nouvelles applications mobiles. L’Etat investit massivement dans les infrastructures numériques (data centers, connectivité), il fait les yeux doux aux start-uppeurs du monde entier pour qu’ils s’installent au Luxembourg, il a développé une politique transversale, Digital Lëtzebuerg (rebaptisée récemment, au rebours de la tendance générale, Digital Luxembourg), censée faciliter les coopérations et initiatives dans tous les secteurs et faire du pays une véritable Smart Nation.

Mais qu’en est-il de la sphère publique proprement dite ? Le rapport DESI (Digital Economy and Society Index) de la Commission européenne classe en 2018 le pays à la 17ème place dans l’UE en raison de son retard en matière de services publics numériques. S’il est vrai que l’on peut aujourd’hui remplir 170 formulaires ou démarches en ligne à travers la plateforme Guichet.lu, on est encore loin des 100% promis « à moyen terme » par le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative Dan Kersch. Pour transformer l’action publique, il faut un peu plus que concevoir des formulaires préremplis en ligne…. Le programme d’action Einfach Lëtzebuerg présenté en avril visant la simplification administrative ainsi que le portail d’accès aux données des acteurs publics Opendata.lu sont un pas dans ce sens car ils permettent de mettre de la transparence et de la coopération dans les relations entre administrations.

Start-ups d’Etat

En revanche le portail www.vosidees.lu qui accompagne Einfach Lëtzebuerg semble davantage tenir du gadget. Innover ce n’est pas seulement avoir de nouvelles idées, c’est surtout abandonner les anciennes. A cet égard, l’exemple des « start-up d’Etat » que l’on voit éclore dans l’administration française est inspirant. Un fonctionnaire/agent public qui identifie un problème entravant l’efficacité d’un service public peut spontanément soumettre un projet visant à y apporter une solution numérique et se voir mettre à disposition du temps (de quelques semaines à 6 mois), un budget (jusqu’à 400.000 euros suivant le projet), un espace au sein d’un incubateur public, un ou des développeurs informatiques et un accompagnement par un coach. Plusieurs ministères ont déjà créé leur propre incubateur de start-ups, tous sont en train de le faire ou y réfléchissent. Une soixantaine de projets « incubés » ont ainsi déjà éclos dans des domaines aussi différents que la dématérialisation des démarches, la centralisation des commandes, le partage d’expériences dans les classes, l’accompagnement pour l’accès aux aides au logement, la réduction des temps d’attente dans les services d’urgence….

Ce genre d’approche « intrapreneuriale » pourrait contribuer à insuffler un vent frais dans l’administration luxembourgeoise, à repenser les services dans l’optique de l’utilisateur et accélérer la transition numérique de l’Etat. Sur le modèle de Fit4start et Fit4digital que le ministère de l’Economie et Luxinnovation ont mis en place pour soutenir l’innovation dans le secteur privé, le premier pas pourrait être d’ouvrir un programme pour la sphère publique : Fit4servicepublic. Ou devrait-on l’appeler Mission : Impossible, Etat 4.0 ?

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