Le national-populisme des années 30

Leo Muller et le "Luxemburger Volksblatt"

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Dans son mémoire, rédigé dans le cadre du stage pédagogique, sur "La pensée de l’extrême droite au Luxembourg pendant les années trente" Lucien Blau essaie de réécrire un chapitre oublié, voire refoulé, de l’histoire récente de notre pays. "Dans la mémoire collective luxembourgeoise, écrit-il, l’extrême droite est irrémédiablement associée au national-socialisme et confondue avec ce dernier. Des extrémistes de droite, s’il y en eut, ce ne furent que les seuls ‚Gielemännercher‘, collaborateurs du régime nazi de 1940 à 1944." Cependant il existe bien au Luxembourg une autre tradition d’extrême-droite véhiculant des idées autoritaires, xénophobes et anti-sémites. Mais comme une fraction importante de cette extrême-droite s’est retrouvée dans la résistance, parce que ses sentiments patriotiques l’opposaient à l’envahisseur nazi, il a été facile après la guerre de jeter un voile pudique sur la période des années trente.

L. Blau évoque les années trente à partir d’articles de journaux abondamment cités. A côté du "Luxemburger Wort" et des journaux de la jeunesse catholique "De Wecker rabbelt", "Jung Luxemburg" et "Academia" les citations sont prises dans le "Luxemburger Volksblatt" ou dans des feuilles extrémistes éphémères comme le "National-Echo", le "Luxemburger Freiheit" et d’autres. Le grand mérite de ce mémoire est de nous rendre accessible des textes analysés soit selon de grands thèmes, comme l’anti-sémitisme ou le retour à la terre, soit selon les courants politiques. Ainsi sont présentés par leur programmes et par leur écrits les fondamentalistes catholiques, le national-populisme et les organisations ouvertement fascistes.

Mais le lecteur reste sur sa faim, il apprend très peu sur le tirage et l’importance des journaux cités, il apprend peu sur la réalité sociale du mouvement d’extrême-droite. Mais c’est aussi trop demander à un mémoire qui annonce la couleur dès son titre: ce n’est que de la pensée de l’extrême droite qu’il est question. Et ce choix, nous dit l’auteur, est plutôt dicté par le manque de sources que par un apriori méthodologique.

Nous avons choisi le chapitre sur le "Luxemburger Volksblatt" que nous publions avec l’autorisation de l’auteur, parce que l’aventure de ce journal et de son rédacteur en chef, Léo Muller, est peu connue et parce que les résultats des élections de 1937 nous permettent de nous rendre compte de la répercussion des idées véhiculées par celui-ci. Le texte a été fortement abrégé par les soins de notre rédaction, en supprimant quelques sous-chapitres et surtout la plupart des citations. (ff)

Le programme de 1933

Le 27 mai 1933 paraît le premier numéro du quotidien "Luxemburger Volksblatt". Il présente cette particularité qu’il publie un programme politique détaillé prenant position sur tous les domaines de la vie politique, sociale, économique et culturelle, rompant ainsi avec la tradition jusqu’alors existante dans la presse luxembourgeoise. L’autre innovation consiste à taire le nom du rédacteur en chef. Les parents spi-

spirituels du nouveau-né sont inconnus. Au lieu du nom du rédacteur en chef, le lecteur trouve trois étoiles: "Hauptschriftleiter: ***" On entretient donc savamment le suspense en entourant ainsi de mystère le nom du principal responsable du journal. Par cet artifice, l’on essaye d’attirer encore plus l’attention du public et de la presse concurrente. Ça va faire jaser dans les rédactions et les chaumières, voilà assurément le but recherché.

L’article: "An unsere werten Leserinnen und Leser" explique que s’il y a assez de quotidiens luxembourgeois il existerait néanmoins un besoin pressant pour un quotidien "das abseits von allen Parteibestrebungen und ohne Rücksicht auf bestimmte Gruppeninteressen zu allen Problemen unter dem rein luxemburgisch – heimatlichen Gesichtspunkt Stellung nimmt". D’entrée de jeu on se place résolument au-dessus, ou en dehors des partis. Le contexte international et ses retombées sur le Grand-Duché, impose la recherche de nouvelles voies. L’action du journal sera guidée par les trois impératifs: "travail, autorité et patriotisme". L’Etat devra être un Etat fort:

"Der Staat muss … ein Ordnungsstaat sein, oder er wird auf die Dauer nicht sein. Die Klassen müssen zueinander stehen, oder das Ganze wird zugrunde gehen … Luxemburg aber soll unser bleiben oder wir werden ehrlos und heimatlos sein in einer zerrissenen Welt."

Voilà les thèmes forts du préambule au programme qui sera détaillé par la suite. Le premier point du programme a trait à la couronne qualifiée de "garant sûr de notre indépendance". On assure la maison grand-ducale de toute sa fidélité. Sous le chapitre 2 "le Gouvernement" le principe d’autorité est omniprésent. L’on appelle de ses vœux un gouvernement fort et autoritaire qui devrait être au service du peuple et non d’un parti. Le meilleur lien entre le peuple et son gouvernement est le référendum. Si les compétences du gouvernement doivent être étendues, celles des députés doivent être restreintes. Si l’on procède à une lecture au deuxième degré du chapitre: "La chambre" l’on doit se rendre à l’évidence que le parlementarisme n’est pas en odeur de sainteté pour le "Volksblatt". Si l’on affiche sa conviction démocratique c’est pour mieux disqualifier ensuite le parlementarisme existant. L’on assiste à une véritable entreprise de démolition du parlementarisme.

Dans le domaine de l’enseignement, l’accent est mis, pour ce qui est des écoles primaires, sur le patriotisme "Stärkere Betonung des heimatlichen Elementes bei der Schulhaltung" – sur le caractère chrétien. Il en découle qu’une interdiction professionnelle doit viser l’enseignant qui est "ordnungsfeindlich". Le même souci d’ordre, de traditionalisme devra guider l’enseignement moyen.

Les chapitres 9-16 ont trait au domaine économique et social. Les chambres professionnelles ne sont pas acceptées sous leur forme actuelle: "sie stellen in ihrer heutigen Form ein Klassenmoment dar" et doivent être reformées selon le "berufsständischen Prinzip". Un souci évident de mise au pas de la classe ouvrière domine dans le chapitre 10 "L’ouvrier – le travail" qui parle à la fois du prolétaire et du capitaliste. On déclare la lutte aux "simulateurs" et au chômage volontaire ("freiwillige Arbeitslosigkeit").

Une revalorisation morale du travail de l’ouvrier et le refus de ne voir dans l’ouvrier qu’un simple objet devront mettre fin à la lutte des classes qui conduirait tout droit au communisme:

"Das Unrecht befindet sich auf beiden Seiten der Barrikaden … Wir werden danach streben, den Arbeiter erkennen zu lassen, daß seine Stelle sich an der Seite seines Arbeitgebers befindet, daß sie

beide zusammengehören, daß ihr Schicksal sie solidarisch verbindet und daß es jedem einzelnen von ihnen nur dann gut gehen kann, wenn es ihnen beiden zusammengutgeht."

Si la lutte doit être menée contre la fainéantise, la paresse qui existeraient d’un côté de la barricade, le patronat lui doit prendre soin de ne pas exploiter excessivement l’ouvrier. Le paternalisme doit guider son action.

Le programme porte aussi une attention particulière aux classes moyennes (point 13), présentées comme les parents pauvres de l’économie luxembourgeoise. Il serait la victime des théories libérales "freiwirtschaftliche Theorien, die bekanntlich dahingingen, daß man alles bloß seinen Weg nehmen zu lassen brauche, um alles wohlgehen zu sehen". L’intervention de l’Etat sera donc nécessaire pour remédier à un "désordre criant". Pour protéger le commerçant on exige:

"Verbot der Beschickung der Krammärkte durch Ausländer, oder mindestens Sonderbesteuerung derselben – Revision sämtlicher Handelsermächtigungen, die nur an solche Luxemburger erstellt werden dürfen, die darauf berechtigten Anspruch haben … – Verbot der Kooperativen für alle Staatsbeamten und Eisenbahner … – Verbot der Einheitspreisgeschäfte."

Tout comme le commerçant, l’artisanat luxembourgeois doit être protégé contre la concurrence étrangère. Le libéralisme sauvage et "l’étranger" sont donc identifiés comme les principaux ennemis des classes moyennes. "Schutz dem Volkstum" voilà le point final du programme où s’affichent sans fard les convictions profondes du magicien populiste qui a inspiré le programme du Volksblatt: – L’immigration sera fortement combattue:

"Es ist eine totale Einreisesperre auf mindestens fünf Jahre ins Auge zu fassen."

Ensuite on devra établir des quotas. – Cette mesure draconienne devra être accompagnée d’une suspension des naturalisations pour une période égale à cinq ans. La pratique des naturalisations devra être soumise à des critères plus sévères:

"Der Führungsnachweis genügt zur Verleihung unserer Nationalität nicht; außerdem muss der Nachweis erbracht werden, daß der zu naturalisierende Fremde unsere Geschichte und unsere Geographie kennt und geläufig luxemburgisch spricht."

  • Le peuple luxembourgeois doit être mis à l’abri des mœurs dépravantes de certains éléments: "Rücksichtlose Säuberung von gewissen fremden Elementen, die unser Volk verderben."

  • Dans cette entreprise de moralisation tout doit être banni qui porterait atteinte à la morale du peuple: "Unerbittlicher Kampf allem volksvergiftendem Schund und Schmutz, auch dem der sich fälschlich auf seinen Kunstwert beruft. "Un enseignement patriotique" et une "discipline familiale" renforcée seront les corollaires nécessaires à l’élévation morale et spirituelle du peuple luxembourgeois.

"Geldgier, Habsucht, Ungerechtigkeit, Trug und viel Schlimmeres und Kulturzerstörendes mehr; die Überfremdung entwurzelt uns und raubt uns die Heimat."
Volksblatt
11.4.34

En guise de conclusion (intéressante sur le plan de la mise en page, car, tel un discours où le ton s’amplifierait au fur et à mesure, ce sont ici les caractères qui s’aggrandissent en devenant de plus en plus gras, pour frapper de plus en plus fort l’imagination du lecteur, pour l’inonder sous un flux de paroles) le programme se prononce pour le statu quo sur le plan de l’idéologique sans oublier de relever que l’Eglise catholique bénéficie de toute la sympathie du "Volksblatt". On veut donc chasser sur les terres de l’Eglise catholique. Si toutes les autres religions doivent être protégées, les "mouvements antireligieux doivent être réprimés".

Puis dans le plus beau style d’un discours électoral, l’apothéose:

"Wir kennen keine Klassen – und keine Klassenunterschiede. Unser Land ist eine heilige Sache; wir lassen nicht dran rühren. Die Arbeit wird unsere ganze Unterstützung finden, der Faulheit und Pflichtvergessenheit sagen wir den Kampf an. Kampf der Bestechung! Kampf der Volksvergiftung! Kampf der Volksverletzung! Das werden unsere Losungsworte sein. Unser Programm steht im Dienste des Luxemburger Volkes. Wir haben unser Blatt deshalb "Luxemburger Volksblatt" genannt. Es wird echt luxemburgisch sein, oder es wird überhaupt nicht sein."

Le programme du 27 mai 1933 répond aux critères que Michel Winnock a retenu pour caractériser le "national-populisme". Ainsi le "Volksblatt" se veut populaire. Il oppose le peuple, son bon sens, son honnêteté à une classe politique corrompue et avachie dans les délices parlementaires. Le "Volksblatt" lui veut rendre la parole au peuple et préconise le référendum. Le programme du "Volksblatt" se veut social. Il offre sa protection à tous les "petits" contre les "gros". Son public par excellence, mais non exclusivement, est celui des anciennes couches moyennes de l’artisanat et du commerce menacées de prolétarisation. Enfin le "Volksblatt" est national en sacralisant la communauté du même nom au mépris de toutes les autres. "Contre la tradition humaniste, le national-populisme érige l’égoïsme tribal en idéal spirituel et politique."(1)

Le discours populiste de Leo Müller repose sur trois affirmations principales: 1) Nous sommes en décadence. 2) Les coupables sont connus. Ce sont la classe politique et l’étranger. Le nationalisme véhiculé par le programme du "Volksblatt" est un nationalisme fermé, exclusif qui veut protéger, fortifier, immuniser l’identité nationale contre l’influence de l’étranger. "Tout vient de l’immigration, tout revient à l’immigration", le reste est secondaire, subsidiaire. 3) Heureusement voici le sauveur, l’homme providentiel, le rédacteur du "Volksblatt".

La presse

Quelles sont les réactions de la presse luxembourgeoise au programme du "Volksblatt" Dans la période, allant du 27 mai au 8 juillet, les principaux organes de presse se positionnent par rapport au "Volksblatt". Ce sont les quotidiens socialiste ("Escher Tageblatt") et libéral ("Luxemburger Zeitung") qui les premiers s’intéressent au nouveau venu. Le

grand quotidien catholique "Luxemburger Wort" fait mine d’ignorer le "Volksblatt" et refuse de lui faire une publicité involontaire.

Le "Soziale Fortschritt", organe des syndicats chrétiens s’intéresse avant tout à l’idéologie qui est à la base du nouveau journal. Le "statu quo" prôné par le "Volksblatt" et la sympathie de ce dernier pour l’Eglise catholique, ne suffisent pas pour lui attirer les bonnes grâces du mouvement ouvrier chrétien:

"Diese Sympathie wird aber nicht begründet mit dem Hinweis auf die göttliche Gründung der Kirche und die Wahrheit ihrer Lehren, sondern mit der Tatsache, daß es sich um eine luxemburgische Volksangelegenheit handle. Das sieht aus wie Unterordnung der religiösen unter die nationalen Belange und gleicht nationalsozialistischen Gedankengängen. Jedenfalls lassen die angeführten Sätze es als sehr unwahrscheinlich erscheinen, daß die Redaktion bereit und gewillt sei, die katholischen Prinzipien als weltanschauliches Fundament für ihre ganze Betätigung anzuerkennen … auf katholische Durchdringung des ganzen Lebens kommt es an … (2)

La jeunesse catholique réserve un accueil mitigé au "Volksblatt". Le "Wecker rabbelt" trouve que le programme du "Volksblatt" contient à la fois, de bonnes choses, du moyen et des inepties ("Blödsinn"). L’article sur le "Volkstum" est même qualifié d’excellent. Mais:

"Awer do könnt e Sätz: In weltanschaulicher Hinsicht sind wir für den Status quo, das heisst, wir wollen daß alle Weltanschauungen geachtet werden." Domat kann e Katholik net averstane sin. Et gêt nêmmen eng Wo’recht, an dé ass beim Katholizismus. An e Katholik muss derno truechten, dat sêng Religio’n ausgebret gêt, well dat ass di ênzeg richteg. Dem Volksblatt seng Sympathie gehe’ert zwar och der katho’lescher Kirch, awer nêmmen "als luxemburgischer Volksangelegenheit"… Wien a weltanschaulicher Hinsicht fir de Status quo ass, de kann neischt ge’nt di Freimaurer, Freidenker a we’de Rebbich all héscht hun. Am Widersproch domat schreift d’Volksblatt ve’er Zeilen önnen drönner: "Die religionsfeindlichen Bestrebungen sollen unterdrückt werden …". Dat ass ganz gutt, nêmmen, wi gesot, t’ass e Wider-

Léo Müller
in: Cerf, De l’épuration au G.-D. de Luxembourg après la seconde guerre mondiale

sproch, offenbar begäng für d’Abonnenten dermat ze fänken." (3)

La publication d’une lettre de la "Nationale Arbeiter- und Mittelstandsbewegung" dans l’édition du 01-02 juillet 1933 (4) du "Volksblatt", où ce mouvement idéologiquement très proche du "Volksblatt", lui assure son soutien, fait réagir le "LW". Dans son éditorial du 8 juillet, le "Luxemburger Wort" s’inquiète de la montée de forces politiques, qui imiteraient le mouvement national-socialiste allemand, et auraient tourné le dos aux enseignements sociaux de l’Eglise catholique:

Heimat und Kapitalismus.

Wenn Heimat und Kapitalismus überhaupt zwei grundverschiedene Dinge sind, so besonders in unserm Lande, wo das Kapital hauptsächlich fremdländisch ist.

Man kann deshalb in Luxemburg keine heimattreue Politik machen, die zugleich die Zustimmung des fremden Kapitals findet.

Man ist entweder mit dem fremden Kapital und dann gegen das Land, oder mit dem Lande und dann gegen das fremde Kapital und seine Diener.

Ein Drittes gibt es nicht!

in: Volksblatt 17.8.37, S. 4

"Unter den Schlagwörtern ‚Arbeit, Autorität und Heimattreue‘ verbergen sich nationalsozialistische Machtgelüste, denen das Luxemburger Volk nur ein Hohnlächeln entgegenbringt. Man sucht den Parlamentarismus zu diskreditieren, Kammer und Regierung demagogische Absichten zu unterschieben und so das bestehende Staatssystem zu unterhöhlen … Schon besitzen wir auch in Luxemburg eine ‚Nationale Arbeiter- und Mittelstandsbewegung … die neue Bewegung stellt sich geschlossen hinter das luxemburgische Faszistenblatt.’" (5)

Comment le "Volksblatt" réagit-il à ses critiques? Le 3 juillet, donc après avoir cultivé le secret pendant plus d’un mois (ce qui pour un quotidien est considérable) le voile est levé. Au lieu des trois étoiles qui ont jusqu’alors orné le journal, figure maintenant le nom de Leo Müller *, qui a travaillé pendant 12 ans à la rédaction du "LW". C’est donc un homme, qui possède une longue expérience du métier de rédacteur, qui connaît en profondeur le paysage politique, les hommes politiques, les traditions, les rouages.

Batty Weber

Quelle satisfaction devait ressentir Leo Müller lorsque ceux qui l’avaient toujours combattu comme "fasciste" et "xénophobe", se déclaraient soudain aussi partisans de la notion de "seuil de tolérance". Ainsi Leo Müller ne manque pas de reproduire, dans les colonnes de son journal l’article de la "Luxemburger Zeitung" intitulé: "Überfremdungsgefahr für Luxemburg" où l’on peut lire:

"Es unterliegt keinem Zweifel, daß unser Land Gefahr läuft, in einem für unsere Wirtschaft unzulässigen und für unser Volkstum unerträglichen Maße überfremdet zu werden. Besonders hier in der Hauptstadt merkt man das auf Schritt un Tritt auf der Straße, in den Trambahmwagen, in den Caféhäusern, bei öffentlichen Veranstaltungen aller Art. Überall übertrumpft das Ausländische das Luxemburgische." (7)

Lorsque Batty Weber se joint à la campagne xénophobe, Müller y voit la confirmation de la justesse des analyses:

"Wir unterschreiben diese Worte umso lieber, als sie die Gedankengänge wiedergeben, die wir seit Jahren vertreten, ohne dabei leider das nötige Engengenommen und Verständnis bei denen gefunden zu haben, die das Schicksal unseres Volkes in der Hand hatten und noch haben. Ihre Verantwortung ist ungeheuer." (8)

Si Müller peut souscrire, sans la moindre hésitation, à l’article de Weber, c’est que celui-ci est une copie conforme de ceux du Volksblatt:

"Wer auch nur kurze Zeit, eine Woche, zwei Wochen, von Luxemburg abwesend war, dem fällt es bei seiner Rückkehr auf, daß in der Masse des Verkehrs, auf den Straßen und in den Lokalen, das fremde Element schon wieder um einen Grad stärker vertreten ist. Es kann einem geschehen, daß man minutenlang auf dem Bürgersteig in der Großstraße oder im Bahnhofsviertel und anderswo nur deutsch, viel seltener Französisch reden hört. Die Schulkinder erzählen, daß in der Schule die Fremden, den Ausschlag geben. Und es scheint immer ärger zu werden." (8)

On ne saurait mieux broder sur le thème de la montée incessante, sur une période très courte, du niveau de l’immigration qui submergerait le pays. Si Weber voit que la première conséquence de cette immigration est d’ordre économique, le plus grand danger est cependant constitué par ce qu’il appelle: "Überfremdung unserer völkischen Wesenheit". Puis il se lance dans une véritable défense de ce qui constitue pour lui la particularité, l’identité d’une culture luxembourgeoise qu’il ne veut pas considérer, vu la situation de carrefour du pays, comme la résultante des influences françaises ou allemandes:

"Wir sind innerhalb unserer Landesgrenzen, so eng sie sein mögen, ein in seinem Charakter, wie in seiner Sprache und Kultur abgeschlossenes, national selbständiges und selbstbewußtes Volksganze. Wir legen Wert darauf es zu bleiben. Wären wir hier nur eine schwach nuancierte Fortsetzung eines Nachbarn von Ost und West, so hätte unsere politische Selbständigkeit weder Zweck noch Wert. Darum ist das Festhalten an unserer luxemburgischen Eigenart für uns unabweisbare Pflicht der Selbsterhaltung. Das Aufgehen in fremder Art wäre für uns der Anfang vom Ende unserer Selbständigkeit." (8)

Batty Weber, comme tant d’autres avant et après lui, succombe au réflexe de mystification de l’identité culturelle luxembourgeoise, en se faisant tribun xénophobe pour dénoncer la perte de l’identité culturelle:

"Sind unsere luxemburgischen Vereine und Gruppierungen überhaupt sich der Gefahr bewußt, die auch geistige Überfremdung bedeuten kann, durch Einflußnahme fremder Geistigkeit in irgendwelcher Form und auf irgendwelcher Stufe. Soll es soweit kommen, daß wir einen Verein der Luxemburger in Luxemburg selbst gründen müssen?" (8)

Si nous nous sommes attardé sur Batty Weber, qui est un des coryphées du libéralisme, alors que le sujet est plutôt Leo Müller ou le "Volksblatt", c’est justement pour montrer que la xénophobie déborde largement sur d’autres courants intellectuels, que l’on ne peut pas la cantonner dans un seul courant de pensée. Mais qu’elle existe de façon latente, et qu’il suffit d’un contexte de crise économique pour que monte à la surface ce qui en temps "normaux" somnole au plus profond de beaucoup de Luxembourgeois. En plus, l’étroitesse de notre pays, sa faible démographie, ne se prête-elle pas à merveille aux chantres du "Volkstum" pour prouver, chiffres à l’appui, que le sacro-saint "seuil de tolérance" est plus qu’atteint, et que la menace de la perte de l’identité nationale (telle qu’ils la définissent c.-à-d. comme statique et non comme l’empreinte des influences étrangères sur le plan culturel) est réelle.

La "Nationaldemokratische Heimatbewegung" (1934)

Ceux qui avaient flairé le 27 mai 1933 les ambitions politiques de Leo Müller, avaient vu juste. Dans l’article "Der Weg in die Zukunft" (24.02.1934) apparaît pour la première fois le concept de "nationale Demokratie". Le 24 mars 1934, sous le titre "Die luxemburgische Heimatbewegung", le "VB" explique une nouvelle fois le pourquoi de la nécessité de la fondation du nouveau mouvement, qui est présenté comme un "mouvement, populaire situé hors des partis". Il ne serait pas une invention théorique, mais puiserait ses forces profondément dans le peuple luxembourgeois. Voilà donc prouvée la légitimité politique du mouvement. Au peuple divisé, déchiré sur le plan économique et spirituel, le "VB" offre l’alternative qui consiste à se réveiller et à lutter contre le "venin matérialiste" qui serait à la base de ses divisions.

"Par ici les jeunes" (9) s’exclame le "Volksblatt" sur un quart de page, pour s’attaquer ensuite aux gérontocrates qui siégeraient au parlement: l’âge moyen des députés dépasserait cinquante-quatre ans. La génération des 25 à 35 ans serait absente et la représentation populaire se priverait ainsi de nouvelles forces, de nouvelles idées, d’hommes nouveaux et de nouvelles énergies. Dès la naissance du mouvement, Leo Müller se lance dans un véritable "culte de la jeunesse" en essayant de récupérer le sentiment de désaffection qui selon lui existerait au sein de la jeunesse à l’égard de la classe politique. Leo Müller veut participer à la lutte que se livrent les partis luxembourgeois.

en particulier libéraux et cléricaux, pour organiser les jeunes. Müller, qui se défend de vouloir abuser de la jeunesse, propose la formation d’un "grand mouvement de jeunesse véritablement luxembourgeois et national" qui lutterait contre la "pénétration étrangère". Pour populariser son mouvement et trouver les 21 candidats manquants, Müller entreprendra en 1934, pendant les mois de mars, avril et début mai, une tournée du pays. Les réunions publiques sont annoncées dans un encadré à la "une", toujours selon le même modèle: "Leo Müller, rédacteur en chef du "Volksblatt" parle sur le sujet: "Les Temps nouveaux" – Pas de chasse aux voix – Pas de politique politicienne – chacun est le bienvenu." Mais il devra se résigner à l’évidence que ce ne sera pas (encore) pour cette fois-ci, que la création d’un nouveau mouvement est une chose ardue. Le 12 mai 1934, il préconise l’abstention aux élections car "le mouvement national démocratique et patriotique ne participera pas aux élections du 3 juin." (10) L’échec n’est pourtant pas avoué. Selon Müller "ces élections n’ont aucune signification et importance et ne constituent même pas une phase dans notre lutte" (11).

Leo Müller consacrera toute son énergie au "Volksblatt". Ce n’est que deux ans plus tard qu’il s’estimera assez fort pour s’essayer une nouvelle fois au jeu de la politique politicienne. Si le "Volksblatt" réussit à survivre cela prouve qu’il répondait à un besoin d’une certaine frange de la population, qui s’identifiait aux idées que Müller développait dans les colonnes de son quotidien.

L’exemple (à suivre) de Léon Degrelle

C’est avant tout vers la Belgique que Müller se tournera. Là un jeune homme politique a rompu ses liens avec le parti catholique, pour fonder son propre journal et mouvement politique. C’est de Léon Degrelle et du "rexisme" que nous voulons parler.

C’est à partir de novembre 1935 que le "Volksblatt" commence à s’intéresser de très près au mouvement

Carlo Schmitz

rexiste de Léon Degrelle. Le 5 novembre, il relate dans l’article "Die belgischen Katholiken sind nicht mehr zufrieden" (12) la polémique qui a opposé, trois jours auparavant, lors de la tenue à Courtrai du congrès annuel de la "Fédération des associations et cercles catholiques", Léon Degrelle et le président Paul Segers. L’article rapporte comment Léon Degrelle, qui avait fait prendre place dans la salle du congrès à trois cents jeunes rexistes, entame devant l’assistance un véritable réquisitoire d’une extraordinaire violence contre le Parti catholique et ses représentants présents. L’article est construit de telle façon que l’opposition entre les jeunes catholiques et les vieux leaders doit sauter aux yeux:

"Die jungen Katholiken sind nicht mehr zufrieden mit den althergebrachten Parteimethoden. Sie wollen Taten sehen. Ich spreche nicht nur im Namen der Rexisten, sondern im Namen aller Katholiken, die der Ansicht sind, daß es anders werden muß … Es genügt nicht zu reden, man muß die katholische Bewegung erneuern, derart, daß sie die Herzen der Massen wiedergewinnt. Die Jungen haben ihre Mission erfaßt. Die Führer aber wollen sie nicht anerkennen, sie wollen nur Worte keine Taten … Ihr habt nicht den Mut gehabt die Verkauften und Unfähigen auszuschiffen. Die Partei kann sich so nicht mehr retten."

La notion de "seuil de tolérance", qui connaît de nos jours au Luxembourg et dans d’autres pays européens une grande fortune, n’est pas absente du réquisitoire xénophobe du "Volksblatt".

"Le coup de Courtrai" de Degrelle montre l’identité de vue entre Müller et Degrelle. Müller n’adressait-il pas les mêmes reproches au parti catholique luxembourgeois? Ne l’avait-il pas précisément accusé des mêmes symptômes de dégénérescence lors de la campagne électorale de 1934. A propos du "coup de Courtrai", l’historien Jean Michel Etienne écrit: "Il est certain que le "coup de Courtrai" ne pouvait améliorer les relations de Rex et de l’Eglise. Et il n’est sans doute pas particulièrement téméraire d’y voir une des causes du décret épiscopal du 20 novembre 1935, pris par le cardinal Van Roez, qui condamne le mouvement sans équivoque, quoique de manière modérée. Le "coup de Courtrai" et le blâme épiscopal qui en résulte marquent la fin d’une période du rexisme. Jusque-là en effet, il apparaissait comme une dissidence, parmi d’autres, du Parti catholique, ou, tout au moins comme un mouvement parallèle. … En fait l’équivoque va se lever très rapidement et dès 1936 plus aucun doute ne peut subsister sur le caractère totalement indépendant du mouvement". (13) Et c’est ce caractère indépendant qui intéresse Leo Müller! L’énorme scandale que fit le congrès de Courtrai, eut naturellement aussi ses répercussions au Grand-Duché et le "Soziale Fortschritt", organe des syndicats chrétiens croit devoir mettre en garde les jeunes catholiques luxembourgeois contre Degrelle.(14)

Leo Müller prend la défense de Degrelle, mieux, il explique aux jeunes les buts et les intentions du mouvement rexiste. L’intention de Müller est claire comme de l’eau de roche: il faut battre le fer tant qu’il est chaud et animer les jeunes catholiques luxembourgeois qui reprochent les mêmes faits à leurs dirigeants, à sauter le pas, à se constituer indépendamment du parti, ou mieux encore, rejoindre celui qui depuis deux ans déjà a coupé le pont avec le "parti de la droite", et qui par l’intermédiaire du "Volksblatt" cherche à construire un nouveau mouvement. Leo Müller reproche au "Soziale Fortschritt" de vouloir

étouffer dans l’oeuf tout mouvement de rébellion de la part des jeunes:

Lorsqu’en prévisions des élections du 24 mai 1936, Degrelle se lance dans une campagne, comme on n’en avait jamais vu, le "Volksblatt", renseigne sur la lutte du jeune chevalier courageux contre les partis historiques. Lorsque les rexistes obtiennent un succès foudroyant aux élections de mai 1936: 271.491 suffrages soit 11,49 % des voix et 21 sièges, Leo Müller jubile et fête dans les colonnes de son journal ce succès comme le sien. Cette communauté de vues ne saurait être mieux illustrée que par la rencontre des deux dissidents catholiques. Elle a lieu le 28 mai à Clervaux, quatre jours seulement après le triomphe électoral de Degrelle. Cette rencontre des deux Léon est relatée à la "une" de l’édition du 30-31 mai 1936 (15): Après sa belle victoire Léon Degrelle aurait choisi Clervaux pour se remettre des fatigues de la bataille électorale. Son choix se serait porté sur cette ville qui ressemble beaucoup à sa ville d’origine Bouillon. L’attirance pour le Grand-Duché viendrait du fait que du sang luxembourgeois coule dans ses veines:

"Degrelle ist nämlich ein halber Luxemburger, seine Mutter trägt den bestbekannten, altoeislinger Namen Boever und stammt aus dem Kanton Clerf, wo der junge Degrelle heute noch Verwandte hat."

A partir du 29 mai 1936, le "Volksblatt" reproduit dans une rubrique journalière intitulé: "Est-ce que Rex a un programme?" un article du député rexiste, Dr. phil. Jean Denis.

La "Nationaldemokratische Bewegung" (1937)

L’appel de 1936 (16) ressemble comme un jumeau à celui de 1934. Müller y répète que la création d’un quotidien indépendant n’avait été qu’une étape dans sa volonté de rénover la politique et de la libérer de l’emprise des partis. Un deuxième pas devra suivre qui sera la formation d’un nouveau mouvement.

Dans sa volonté d’appliquer les recettes du rexisme à la situation luxembourgeoise, Leo Müller en appelle à la jeunesse. Tout d’abord, il s’entoure de jeunes collaborateurs, tel un Eugène Ewert ou un A. Bourg. C’est du côté de la jeunesse qu’il croit pouvoir trouver ses premiers militants. Le rexisme n’est-il pas un mouvement de génération? Les chefs de Rex ne sont-ils pas très jeunes? En 1936 Degrelle, comme Jean Denis, a tout juste trente ans. "Quant aux militants, aux adhérents rexistes, ils sont pour la plupart issus de l’A.C.J.B., comme Degrelle lui-même. Bien plus, il semble que bon nombre de jeunes rexistes, soient non seulement à l’Université, mais encore dans les classes terminales des collèges ou des athénées". (17) Leo Müller lorgne du côté des jeunes catholiques, qui éprouvent une certaine attirance pour des solutions autoritaires, qui sont imprégnés de maurassisme. Il veut les convaincre de quitter le "parti de la droite", où ils ne constituent qu’une minorité. Tout comme Rex, Leo Müller veut offrir une place à ces jeunes. Toute une série d’articles, consacrés à la jeunesse, vont suivre l’appel du 19 juin. Le culte de

la jeunesse sera un élément fondamental de l’idéologie national-démocrate.

La campagne électorale 1937

Le 21 mai 1937, le "VB" met fin au suspense et présente à la "une" du quotidien les 15 candidats de la "liste démocratique" pour la circonscription électorale du "centre" Ce sont

  1. Pierre Besch, contrôleur aux chemins de fer, Luxembourg
  2. Jean Edinger, constructeur de voitures, Luxembourg-Gare
  3. Robert Gangler, directeur d’assurances, Octrange
  4. Dr Charles Jones, médecin, Luxembourg
  5. Michel Kalmes, menuisier, Luxembourg-Verlorenkost
  6. Armand Leich, représentant-général, Luxembourg-Hollerich
  7. Gust Loeven, relieur, Weimerskirch
  8. J-P Mahowald, maître-couvreur, Luxembourg-Gare
  9. Leo Müller, rédacteur en chef, Luxembourg-Bonnevoie
  10. Franz Niedercorn, paysan et commerçant, Sandweiler
  11. Pierre Prüm, avocat, Luxembourg
  12. Eugen Schaus-Arend, avocat, Luxembourg
  13. Albert Schumann, employé privé et conseiller communal à Bertrange
  14. Fritz Stronck, employé privé, Luxembourg
  15. J-P Welter (Thériente), rédacteur, Luxembourg

Un accord entre cette liste et celle de la circonscription du Nord intitulé "Liste libre des agriculteurs, classes moyennes et ouvriers" fut scellé. La liste où domine fortement l’élément "classes moyennes" est du point de vue politique un ensemble assez hétérogène: Edinger, Gangler, Jones et Kalmes sont d’anciens libéraux en rupture avec leur ancienne famille politique. Pierre Prüm a tout comme Leo Müller rompu avec le "parti de la droite".

La question que se pose l’historien est celle de savoir si ces hommes venus d’horizons politiques divers partagent les opinions de Leo Müller, ou s’ils sont seulement à la recherche d’un tremplin pour se lancer dans la politique politique? Müller ne leur a-t-il pas promis l’indépendance complète en cas d’élection à un mandat de député? Qui se sert de qui? Müller profitera en tout cas du renom de Prüm, ancien ministre d’Etat, et de Jones, ancien président des "Jeunes Gardes Radicales-Progressistes". N’a-t-il pas mené toute une campagne axé sur le thème de la jeunesse? Les transfuges libéraux (lui) faciliteront sans doute aussi la percée au sein de l’électorat des classes moyennes, dont le "Volksblatt" s’est toujours voulu le défenseur face à la concurrence étrangère.

Si pour la gauche et les libéraux la liste n’est qu’un "remake" du rexisme, le "Wort" lui y voit un mélange hétérogène composé par des "längst abgetakelte und aus allen Windrichtungen hergeholte Größen".(18)

Les résultats électoraux

La tentative de Leo Müller sera couronnée de succès. Un rêve qu’il avait caressé depuis 1933 se réalisera. Sur sa carte de visite, il pourra, après le 6 juin, écrire: Leo Müller journaliste et député.

Schluß mit der Parteipolitik.

Die Parteipolitik hat sich unfähig erwiesen, die Schwierigkeiten unserer Zeit zu lösen. Sie gibt außerdem dem Dölfe ein Bild trostlosester Verfahrenheit und Programmlosigkeit. Nur in zwei Punkten bleiben die Parteien sich konsequent: in ihrem rücksichtslosen Willen zur Macht und in ihrer Hilflosigkeit, wenn sie an die Macht gelangt sind.

Und doch bedarf gerade jetzt die Volksführung flärdenfender, unabhängiger, unparteiischer Männer.

Die Volksführung aus dem Jammer der Partei-Intrigen und des Interessenwistes herauszuheben und sie wieder auf den realen Boden des Gemeinwohls zu stellen, wird deshalb das erste Bestreben aller wahren Volks- und Vaterlandsfreunde sein.

| Les résultats des différentes listes en compétition dans la circonscription électorale du "centre" | |
| — | — |
| liste 1, "radical-libérale" | 99.029 suffrages (2 sièges) |
| liste 2, "démocratique" | 102.013 suffrages (2 sièges) |
| liste 3, "parti ouvrier" | 186.066 suffrages (4 sièges) |
| liste 4, "parti de la droite" | 223.153 suffrages (5 sièges) |

A Luxembourg-Ville, les résultats obtenus par les différentes listes sont les suivants

| liste 1: | 70.581 suffrages |
| — | — |
| liste 2: | 80.906 suffrages |
| liste 3: | 126.433 suffrages |
| liste 4: | 132.532 suffrages |

Sur la liste "démocratique", le classement des cinq premiers est le suivant pour l’ensemble de la circonscription "Centre"

| Müller | 13.043 suffrages |
| — | — |
| Prüm | 12.620 suffrages |
| Schaus | 9.039 suffrages |
| Jones | 8.696 suffrages |
| Welter | 6.283 suffrages |

A côté de Leo Müller, ce sera Eugène Schaus qui siégera à la Chambre. Prüm se désistera, car il est également élu sur la liste de la circonscription "nord". A Luxembourg-Ville, Müller (10.033 suffrages) talonnera de près les matadores des partis traditionnels. Bodson du "parti ouvrier" obtient 11.433 voix. Origer du "parti de la droite" réunit 10.592 voix. 559 voix séparent donc Leon Müller de son ancien patron du "Luxemburger Wort".

L’adhésion populaire à la personne de Müller peut aussi être mesurée par les "suffrages personnels" qu’il recueille. A Luxembourg-Ville, Müller vient en tête du classement si l’on prend en compte les suffrages personnels:

| 1. Müller | 6.758 |
| — | — |
| 2. Prüm | 6.591 |
| 3. Diderich (radical-libéral) | 6.558 |
| 4. Hamilius (parti de la droite) | 5.550 |
| 5. Cohen (radical-libéral) | 5.285 |
| 6. Origer (parti de la droite) | 4.678 |
| 7. Bodson (parti ouvrier) | 4.486 |

in: Volksblatt 15.3.35. S. 1

Maints articles dépeignent les dangers que courrait le "Luxemburgertum" menacé entre autres dans le domaine linguistique par le "Kauderwelsch" que parleraient les immigrés.

Ces résultats nous inspirent les commentaires suivants: Une comparaison avec les résultats de 1931 est difficile car il y avait alors six listes en compétition: les "radicaux-socialistes", les "indépendants", les radicaux, les socialistes, le "parti de la droite" et les communistes. A la différence de 1931, le 6 juin 1937 les "radicaux-socialistes" et les "radicaux" présentent une liste commune "radical-libérale". Si en 1931, les deux familles libérales réunissaient à Luxembourg-Ville 104.648 suffrages, la seule liste "radical-libérale" ne recueille en 1937, malgré l’augmentation du nombre des électeurs, que 70.581 voix. "Le parti de la droite" perd à Luxembourg-Ville, par rapport à 1931 11.470 voix. Si, à Luxembourg-Ville, la différence entre la droite et les socialistes fut en 1931 encore de 33.076 voix, cet écart n’est, en 1937, que de 6.097 voix. Cette avancée des socialistes n’est pas seulement due à l’absence des communistes en 1937 qui avaient obtenu 4.974 voix en 1931. On peut dire que la famille libérale a le plus souffert de l’apparition du nouveau courant politique que constitue le mouvement "démocratique". Cela n’est pas étonnant car le mouvement de Müller a empiété sur les platesbandes des libéraux en s’adressant à une clientèle semblable: les classes moyennes.

Le nouveau mouvement fait d’entrée en jeu une percée remarquable. Cela est dû à l’insatisfaction de larges secteurs au sein de l’artisanat et du commerce menacés de faillite et de prolétarisation par la crise économique qui sévit au Grand-Duché. Les classes moyennes sont en outre très sensibles au nationalisme et à la xénophobie véhiculés par le discours "national-démocrate". Ce sont eux qui ont plébiscité Leo Müller, voyant en sa personne non seulement le chef incontesté de la liste "démocratique", mais aussi et avant tout le défenseur de leurs intérêts, le "challenger" des partis traditionnels. La popularité de Prüm, Schaus et Jones est confirmée par l’électeur et a pour beaucoup contribué à la percée du nouveau mouvement.

Quelle sera la tactique poursuivie par les nouveaux élus démocrates? Tout d’abord, les très longues tractations – jusqu’au début novembre entre les partis traditionnels pour la formation d’un Gouvernement, leur offrent une occasion en or pour protester contre "l’oligarchie" qui ferait perdurer une situation illégale. Formant une fraction parlementaire avec les autres députés indépendants, ils exigent le retour à la "légalité". Toutes les démarches entreprises par les 6 députés indépendants sont relayés avec grand fracas par le "Volksblatt". Lettres de protestation au ministre d’Etat Bech, à la Grande-Duchesse dans lesquelles on exige la "nomination d’un Gouvernement complètement indépendant d’influences extra-parlementaires" (19) se relayent, sur un arrière-fond d’antiparlementarisme. Le 28 octobre 1937, les "indépendants" offrent même leurs services pour constituer un Gouvernement.

dants" offrent même leurs services pour constituer un Gouvernement.

Le "Volksblatt" de 1938 à 1939

De 1938 à 1940 le "Volksblatt" relayera la politique parlementaire de Leo Müller et des autres députés "indépendants". Les efforts du "Volksblatt" pour semer la zizanie entre les partenaires gouvernementaux ne seront pas couronnés de succès. A partir de 1938, le "Volksblatt" accentue encore son caractère "national" et se présente comme le champion de l’indépendance luxembourgeoise. Le 11 mai 1938, il célèbre avec grand fracas, l’anniversaire du traité de Londres (11 mai 1867) qui déclara la neutralité du Grand-Duché. A la "une" du journal s’étale en grosses lettres: We’d Letzeburger un hirer Hémocrit hánken ("Comment les Luxembourgeois tiennent à leur patrie"). La dynastie, la neutralité et l’indépendance sont décrites comme formant une triade:

"Unsere Dynastie und unsere Neutralität und unsere Unabhängigkeit machen aus unserem Volke das Luxemburger Volk. Sie sind das Dreigestirn unter dem unser Volk glücklich lebt. Daß es nicht ausgelöscht werde, wird jeden wahren Luxemburger grosse Sorge sein … Des ganzen Luxemburger Volkes Wunsch ist es daher, dass die Drei so lange dauern wie die Welt … Diese Sympathie offenbarte sich als flammende Liebe, als unsere Großherzogin ernstlich erkrankte und in allem Herzen die wehe Sorge um ihr Leben war. Kein Zweifel, dass die hohe Dame an der Liebe ihres Volkes genas! Seither sind aber die Gefühle für unsere Krone womöglich noch stärker geworden."(20)

Le centenaire de l’indépendance est fêté par le journal avec le même faste. Le "Volksblatt" saisit l’occasion pour faire dévier le patriotisme du peuple luxembourgeois vers le nationalisme et la xénophobie. Ainsi il déplore que la patrie n’est pas à même d’offrir une existence "aux Luxembourgeois de sang pur" ("blutchete Luxemburger"). Le pays devra être mis à l’abri de l’influence étrangère:

"Noch hat der Fremde hierlands viel zu viel zu sagen. Was unsere Väter in den letzten hundert Jahren gebaut haben, wollen wir und unsere Kinder in den nächsten hundert Jahren weiter fortsetzen, auf daß beim zweiten Zentenar Luxemburg wirklich den Luxemburgern gehöre "a soss kengem op der Welt" … Wir müssen ferner unter allen Umständen den Luxemburger den Vorzug geben. Wir wiederholen: Unter allen Umständen. Wir müssen weiterhin das Land möglichst von Fremden freihalten. Unter Tausenden Fremden gibt es wohl kaum einen der unserwegen bei uns

Luxemburger Volksblatt

Arbeit

Autorität

Heimattreue

Unabhängige Tageszeitung

Dampf-Schriftsteller: Leo Müller

Redaktion und Verlag: Wabchol-Kormer, 40, Luxemburg

Abonnementssignale: Quartal 30 Dundee. — Für das Ausland aufgewachsen. Postverlag. — Wirt aufgewachsen. Dutzeltam werden vernetzt.

Nr. 133 und 134

Gamslag, den 7. und Sonntag, den 8. Oktober 1933

Telefon: 33-44

Kontrolle:

— 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. 39. 40. 41. 42. 43. 44. 45. 46. 47. 48. 49. 50. 51. 52. 53. 54. 55. 56. 57. 58. 59. 60. 61. 62. 63. 64. 65. 66. 67. 68. 69. 70. 71. 72. 73. 74. 75. 76. 77. 78. 79. 80. 81. 82. 83. 84. 85. 86. 87. 88. 89. 90. 91. 92. 93. 94. 95. 96. 97. 98. 99.

— 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. 39. 40. 41. 42. 43. 44. 45. 46. 47. 48. 49. 50. 51. 52. 53. 54. 55. 56. 57. 58. 59. 60. 61. 62. 63. 64. 65. 66. 67. 68. 69. 70. 71. 72. 73. 74. 75. 76. 77. 78. 79. 80. 81. 82. 83. 84. 85. 86. 87. 88. 89. 90. 91. 92. 93. 94. 95. 96. 97. 98. 99.

— 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. 39. 40. 41. 42. 43. 44. 45. 46. 47. 48. 49. 50. 51. 52. 53. 54. 55. 56. 57. 58. 59. 60. 61. 62. 63. 64. 65. 66. 67. 68. 69. 70. 71. 72. 73. 74. 75. 76. 77. 78. 79. 80. 81. 82. 83. 84. 85. 86. 87. 88. 89. 90. 91. 92. 93. 94. 95. 96. 97. 98. 99.

— 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. 39. 40. 41. 42. 43. 44. 45. 46. 47. 48. 49. 50. 51. 52. 53. 54. 55. 56. 57. 58. 59. 60. 61. 62. 63. 64. 65. 66. 67. 68. 69. 70. 71. 72. 73. 74. 75. 76. 77. 78. 79. 80. 81. 82. 83. 84. 85. 86. 87. 88. 89. 90. 91. 92. 93. 94. 95. 96. 97. 98. 99.

  1. Jahrgang

mat sucht." (21)

Müller demande au peuple de se tenir prêt à sacrifier son sang si les conditions l’exigeaient et de réaliser l’unité sans prendre égard à l’idéologie, le rang ou l’appartenance de classe. En ce qui le concerne, Müller jure solennellement de lutter pour la liberté, l’indépendance et le maintien de la couronne.

Vers la collaboration

Comment Leo Müller allait-il réagir à l’occupation nazie? Son nationalisme, sa "Heimattreue", affichés pendant 7 ans, allaient-ils l’amener du côté de la résistance (active ou passive). Ou est-ce que celui qui avait pendant sept ans lutté inlassablement contre le "système", c.-à-d. le parlementarisme et les partis historiques, allant jusqu’à souhaiter leur disparition pure et simple, et qui avait prôné un régime autoritaire pour préserver le "Volkstum" et créer la "Volksgemeinschaft", expurgée de la lutte des classes, allait, porté ou poussé par les événements, basculer dans la collaboration, voyant dans le national-socialisme le garant pour réaliser cette "révolution spirituelle" contre le matérialisme et ses avatars que sont selon lui, le libéralisme, le marxisme…? Contaminé par un étrange mélange d’idées d’extrême-droite qui lui étaient venues de France (Croix de Feu), d’Autriche ("l’austrofascisme"), de Belgique (le rexisme) et d’Allemagne (l’idéologie "völkisch"), le nationalisme de Leo Müller ne sera pas assez fort pour résister aux autres composantes de l’idéologie d’extrême-droite.

L’article rédigé, signé par Müller, "Des Temps anciens vers les Temps nouveaux" (22), montre avec une clarté exemplaire, que sa haine obsessionnelle contre le "système" d’avant-guerre le pousse littéralement dans les bras de l’occupant nazi.

Tout comme les individus, les peuples sont amenés, de temps en temps, à porter un regard en arrière, à se livrer à un examen de conscience, pour tirer les leçons des fautes qui ont été commises. C’est avec cette vue d’esprit que Müller introduit son article. Ce qui suit ne sera donc pas nouveau, mais la quintessence des griefs formulés par Müller à l’adresse de l’establishment, pendant les sept dernières années: Sur le plan politique, le vaisseau d’Etat aurait échoué sur un banc de sable. Après cette description excessive des moeurs politiques qui auraient régi la vie politique au Luxembourg, Müller règle son compte au quatrième pouvoir, la presse qui aurait tout fait pour voiler ou même défendre les pires excès. Face à cette déchéance morale, il n’y eut que quelques hommes, d’une droiture irréprochable. Vous voyez, qui je veux dire, suggère Leo Müller qui reprend ici le couplet. "Qu’est-ce que je n’ai pas dû endurer pendant sept ans, seul contre tous, la presse partisane, les politiciens véreux, qui ne m’ont pardonné d’avoir fondé un journal indépendant." Mais cette lutte était perdue d’avance. C’est en tout cas la conclusion à laquelle arrive Müller, qui suggère que par leurs seules forces, les hommes épris d’un renouveau moral, n’auraient pas pu redresser la barre.

Temps nouveaux, cela sous-entend les nouvelles idées des nouveaux maîtres. Sans avoir besoin de re-

nier son passé, Leo Müller offre ses moyens modestes aux nouveaux maîtres:

"Wir brauchen unsere Vergangenheit nicht zu verleugnen, daß wir unsere bescheidenen Mittel im Kampfe um die neue Welt und die neue Ideen gern und rückhaltlos zur Verfügung stellen, aus der Erkenntnis heraus, daß wir keine Welt sind für sich und in der starken Hoffnung auf diesem Wege zum Glück auch unseres kleinen Völkchens unser Scherflein beitragen zu können. Was vorüber, ist vorüber, unser Hoffen und unser Sehnen ist auf das Neue gestellt, das seinen Siegeszug durch die Welt angetreten hat und auch bei den Völkern, dessen Führende sich heute noch zurückhalten, Eingang finden wird. Wir zweifeln keinen Augenblick daran."

C’est donc un appel ouvert à la collaboration qui conclut la carrière du "Volksblatt" à la parution duquel les nazis mettront un terme quelques semaines après. Celui qui s’était voulu le champion du nationalisme luxembourgeois, et qui n’avait eu de cesse pour mettre en doute le patriotisme de ses adversaires, particulièrement celui de la gauche, qui avait orné la manchette de son journal du mot d’ordre "Heimattreue", va plier sous le premier choc sérieux et remplacer la "Heimattreue" par "Heim ins Reich".

De l’application des deux autres mots d’ordre "Travail", "Autorité", les Luxembourgeois, en souffriront pendant quatre longues années. Celui qui avait écrit en 1933, "Wir drängen zum Führertum", pour devenir un "Führer" luxembourgeois, ne sera finalement qu’un lèche-botte du "Führer", suivant ainsi le parcours de beaucoup d’extrémistes de droite en France et en Belgique. Il n’arrivera cependant à aucun poste de responsabilité dans le régime nazi.

En 1946 Müller devra répondre de son activité de collaborateur devant les juges. Il sera condamné à une peine d’emprisonnement de deux ans et à une amende de 25.000,- francs.

Lucien Blau

(1) Michel Winnock: Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France, Editions du Seuil 1982
(2) "Lux. Volksblatt", 05-06.06.33 Art: "Auch ihr meine Söhne", p. 1
(3) "De Wecker rabbet", 2. Jg Nr. 4, Art: Luxemburger Volksblatt, p. 2
(4) de "Lux. Volksblatt", 01-02.06.33, Art: "Was unsere Leser sagen", p. 5
(5) de "Luxemburger Volksblatt", 11.06.33, Art: "Abwehr" p. 1
(6) Müller est né le 10.05.1888. Issu d’une famille nombreuse (17 enfants) il fut d’abord instituteur.
(7) "Volksblatt", 24.04.35, "Man’s den Deckel drop" p. 1
(8) "Volksblatt", 10.01.36, "Batty Weber zur Fremdenfrage" p. 6
(9) "Volksblatt", 08.03.34, "Herbei ihr Jungen", p. 1
(10) "Volksblatt", 28-29.04.34
(11) "Volksblatt", 12-13.05.34 "Die nationaldemokratische Heimatbewegung und die Wahlen", p. 1
(12) "Volksblatt", 05.11.37, "Die belgischen Katholiken sind nicht mehr zufrieden"
(13) Le mouvement rexiste jusqu’en 1940, pp. 28-29 Presses de la fondation nationale des sciences politiques
(14) "Volksblatt", 23 – 24.11.35, "Wie er die Sache sieht", p. 4
(15) "Volksblatt", 30-31.05.36, "Eine Stunde mit Léon Degrelle", p. 1
(16) "Volksblatt", 19.06.36, "Aufruf zur Sammlung", p. 1
(17) Jean-Michel Etienne, Le Mouvement rexiste jusqu’en 1940, p. 35; (18) "Volksblatt" 24.05.37, "Wort und Zeitung stellen uns vor", p. 6; (19) "Volksblatt", 10.10.37, "Ein energischer Protest", p. 1; (20) "Volksblatt", 11.05.38, "Das Dreigestirn" p. 1
(21) "Volksblatt", 22-23.04.39, "In den kommenden Festtagen" p. 1
(22) "Volksblatt", 07.09.40, "Aus der alten in die neue Zeit" p. 5

"Man regt sich auf, wenn der Kartoffelkäfer droht. Mit Recht! Wie streng ist man darauf bedacht, seinen Weizen nicht entarten zu lassen! Mit Recht! Wie peinlich ist man bei der Auswahl des Zuchtmaterials. Aber es gibt Dinge, die mindestens ebenso viel Sorgfalt verdienen wie die Kartoffeln und das liebe Vieh. Es ist das Luxemburger Volk und seine Erhaltung."
Volksblatt 7.6.33

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