Les perceptions de l’Islam et des musulmans
par les habitants du Luxembourg
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par les habitants du Luxembourg
L’objectif de notre contribution est de présenter sans trop de réflexions ni d’analyses les principaux résultats du sondage sur les perceptions de l’islam par les habitants du Grand-Duché de Luxembourg, réalisé au cours de l’automne 2003. Pourquoi cette limite ? Elle tient aux circonstances et à la fonction que nous voudrions donner à cette présentation dans le cadre de ces circonstances. En effet, la publication de cet article, prévue pour le début du mois de novembre, intervient au moment de la campagne de sensibilisation et de réflexion sur l’islam au Luxembourg et en Europe proposée ensemble par l’Université du Luxembourg, diverses associations et diverses personnalités du pays.
Michel
Legrand
Le premier moment, allant du 22 octobre au 26 novembre 2004, est constitué d’un cycle de 4 conférences données par des spécialistes de l’islam (provenant principalement de France et d’Allemagne). Le second moment consiste en une table ronde entre des représentants des principaux cultes existant au Luxembourg et du monde laïque (sur le thème "Religions et laïcité"). Le troisième moment sera constitué par un colloque de deux jours, pour lequel la plupart des intervenants sont issus de la société luxembourgeoise. Nous voudrions dès lors que la présentation ci-dessous suscite et alimente le questionnement des lecteurs sur les tenants et les aboutissants de la présence de l’islam et des musulmans au sein de notre société et sur les perceptions qu’ils ont de l’un et des autres, et les motive à chercher les éléments de réponse en participant aux conférences, à la table ronde et au colloque annoncés.
Un sondage sur la "perception" de l’islam et des musulmans
Le sondage a été réalisé par l’ILRÈS au cours des deux périodes 6-10 et 13-17 octobre 2003. Il s’agit d’un sondage grand public sur Les perceptions de l’Islam et des musulmans réalisé dans le
cadre d’une enquête portant sur les indicateurs de confiance de la BCL et sur une évaluation de la campagne de sensibilisation du et pour le Ministère de la Coopération.
Il a été réalisé auprès d’un échantillon de 1000 personnes, constitué de manière à être représentatif de la population du pays (âge, genre, statut actif / non actif, régions du GDL, principales nationalités). Le questionnaire (une seule question à items multiples) a été préparé par le Comité scientifique de la campagne; le traitement et la présentation des résultats ont été assurés par le Sesopi-Centre Intercommunautaire.
Les items inclus dans la question concernent des représentations: surtout des préjugés et des stéréotypes. Cependant, plusieurs renvoient aussi à une certaine expérience ou connaissance concrète ou intellectuelle de l’Islam, des musulmans et de l’histoire. Certains portent sur la culture (coutumes, apports à l’occident, enrichissement culturel), sur des attitudes et des comportements (positifs et négatifs — supposés), ainsi que sur certaines peurs (violence, terrorisme, atteintes aux droits de l’homme, imposition de leurs lois). Enfin, un item cherche à déterminer si la population perçoit l’Islam comme un tout indifférencié ou traversé par des courants différents.
La réalisation de ce sondage a pour objectif de fournir une collection d’images de départ (perceptions, stéréotypes, préjugés au sein de la popula-
L’auteur est licencié en sociologie de l’Université Catholique de Louvain, directeur du SESOPI-Centre Intercommunautaire et responsable de la cellule de recherche "Cusanus".
tion) par rapport à laquelle pourront être situées les informations, analyses et réflexions de spécialistes et d’acteurs de la société luxembourgeoise au cours du colloque des 3 et 4 décembre 2004.
Les principales tendances globales
Les deux graphiques ci-joints nous permettent de dégager une première photographie des perceptions dominantes et minoritaires :
Les adhésions majoritaires (plus de 50 %) vont à 5 items sur 12. Le plus manifeste (près de 9 habitants sur 10) concerne la perception de l’islam selon laquelle celui-ci serait constitué de courants différents — donc à ne pas enfermer dans une image unique et univoque). Cette perception renvoie à une conscience au moins relative de la diversité de l’islam. Le second, exprimé par plus de 8 personnes sur 10, perçoit les musulmans comme ne considérant pas les femmes à l’égal des hommes, assumant ainsi l’un des clichés souvent répandu sur l’islam et les musulmans. Nous allons y revenir.
Les trois items suivants, retenus par une large majorité (allant de 56 % à 74 %), renvoient à des perceptions positives de l’islam et des musulmans. Deux d’entre eux concernent des comportements concrets prêtés aux musulmans : modération et discrétion, d’un côté, sens de l’hospitalité, de l’autre. Ce type de perception peut être le reflet d’expériences concrètes vécues, soit ici au pays soit lors de voyages ou de vacances dans des pays musulmans. L’importance des non réponses (25 %) à l’item concernant le sens de l’hospitalité confirme sans doute qu’il s’agit plus d’un jugement d’expérience (non vérifiée dans ce cas) que d’un jugement de principe. L’autre item exprime une appréciation générale positive sur l’enrichissement culturel réciproque que rendrait possible la cohabitation entre musulmans et non musulmans au Grand-Duché de Luxembourg. Elle est exprimée par 2 habitants sur 3. Même s’il ne s’agit que d’un jugement abstrait et de principe, son importance doit être soulignée pour le Luxembourg où l’islam, dont le nombre d’adhérents est situé entre 8 000 et 10 000, constitue la 2e religion du pays.
Parmi les 7 items qui rencontrent l’assentiment de moins de 50 % de la population, 6 constituent des items à connotation négative ou péjorative, dont 5 renvoient à des peurs ou menaces ayant plus ou moins à faire avec la violence sous diverses formes : imposition de leurs lois (41 %), tentation du terrorisme (39 %), violence des musulmans en général (38 %), menace pour les droits de l’homme (36 %) et menace pour les religions chrétiennes (25 %).
Peur, menace et violence sont donc les points communs de ces perceptions. Si elles restent minoritaires, elles n’en concernent pas moins de un quart à 4/10 de la population.
Le sixième item à connotation négative: les musulmans ont des coutumes étranges, renvoie à la fois à une expérience concrète possible, soit à un préjugé non vérifié: la perception de différences est accompagnée de la qualification d’étrangeté.
Cette qualification d‘étrangeté — avec la peur ou le sentiment de menace qui accompagnent souvent cette perception — est le fait de 48 % de la population. Peu de personnes se sont abstenues de répondre à cette question. C’est donc l’une des dimensions à propos desquelles la population du pays apparaît le plus hésitante et divisée.
L’importance de ce constat ne doit pas échapper, car si, sur l’étrangeté se greffe souvent la peur, sur la peur peuvent souvent se greffer le rejet, la discrimination et le racisme. Ce sont les enjeux de l’interconnaissance, de la découverte réciproque de l’autre et de l’éducation à la différence qui apparaissent ici en filigrane.
Le dernier item concerne les apports de l’islam aux cultures européennes et aux sciences. Ici aussi, les avis sont assez partagés : d’un côté, une majorité relative (58 %) ne partage pas cette opinion, de l’autre côté, 38 % reconnaissent ces apports et, enfin, 14 % disent ne pas savoir ou ne répondent pas à la question. Ce taux de non réponse s’explique sans doute partiellement par la reconnaissance, de la part des répondants, de leur manque d’information à ce propos. Par ailleurs, l’importance de la négation de ces apports renvoie sans doute, soit à l’ignorance de l’histoire des cultures et des sciences, soit à nouveau à un préjugé négatif.
L’inégalité des hommes et des femmes: le jugement de valeur est massif, répandu dans toutes les couches de la population.
Les différences de perception dans les sous-groupes de la population
Les différences globales: Aucun clivage significatif n’apparaît en ce qui concerne l’inégalité des hommes et des femmes: le jugement de valeur est massif, répandu dans toutes les couches de la population. S’il exprime l’attachement de l’ensemble de la population à la valeur d’égalité entre les hommes et les femmes, il n’en reste pas moins un jugement de valeur à confronter tant à la réalité qu’aux différents courants et conceptions des rapports hommes/femmes en islam.
Les perceptions positives, dans leur majorité, sont accentuées par les milieux instruits et/ou plus aisés économiquement (profession, revenus), alors qu’elles sont moins valorisées par les milieux défavorisés (du point de vue de l’éducation, de l’échelle sociale, des salaires).
À l’inverse, les perceptions négatives sont accentuées parmi les couches défavorisés (par l’éducation, l’échelle sociale, les salaires) et minimisées par les milieux instruits et/ou plus aisés économiquement (profession, revenus).
Pour toutes les dimensions évoquées dans le sondage – hormis celle qui concerne l’infériorité des femmes -, apparaît donc un réel clivage social entre les milieux instruits et aisés, d’un côté, et les milieux défavorisés au niveau de l’instruction et des conditions économiques et sociales d’existence, de l’autre côté. Ces derniers milieux apparaissent ainsi davantage imprégnés par certains stéréotypes ou préjugés, sinon une certaine peur – comme c’est le cas dans plusieurs autres États européens.
Les perceptions des hommes et des femmes diffèrent peu, sauf…
La plupart des perceptions de l’islam apparaissent peu différenciées selon le genre, sauf en ce qui
concerne les menaces de terrorisme et les dangers d’atteintes aux droits de l’homme:
Peu de différences apparaissent concernant les perceptions affectées des plus hauts scores (plus de 80 % d’adhésion) : celle qui concerne l’existence de courants différents au sein de l’islam et celle qui concerne l’inégalité des femmes.
Deux perceptions sont davantage exprimées par les femmes: le lien entre islam et terrorisme et la menace que ferait courir l’islam aux droits de l’homme (écarts de ± 8%); à l’inverse, les femmes reconnaissent nettement moins que les hommes les apports de l’islam aux cultures européennes et à la science (écart de 14 %).
Peu de différences peuvent être relevées entre hommes et femmes sur 9 des 12 propositions, tant positives que négatives. Cependant, la plupart des perceptions à connotations péjoratives reçoivent un peu plus l’assentiment des femmes, tandis que la plupart des perceptions à connotations positives sont davantage valorisées par les hommes.
Les perceptions de l’islam diffèrent partiellement selon le statut actif / non actif
La plupart des perceptions négatives sont davantage accentuées par les non actifs (surtout la question du terrorisme et de l’étrangeté des coutumes) et la plupart des perceptions positives sont davantage accentuées par les actifs (sens de l’hospitalité, modération et discrétion, apports culturels et scientifiques de l’islam, enrichissement culturel réciproque).
Les différences les plus significatives (statistiquement) concernent le danger de terrorisme, exprimé par 44 % des non actifs (34 % chez les actifs) et l’étrangeté des coutumes des musulmans, retenue par 53 % des non actifs contre 43 % des actifs.
Les perceptions de l’islam diffèrent selon les principales nationalités
Deux perceptions négatives caractérisent fortement les habitants d’origine portugaise : les rapprochements entre islam et terrorisme (55 % – moyenne = 39 %) et islam et violence (49 % – moyenne = 38 %). Par ailleurs, les Portugais ont aussi davantage tendance à moins adhérer aux perceptions positives et à adhérer davantage aux autres perceptions négatives.
Les ressortissants d’autres nationalités sont habituellement ceux qui expriment le plus des perceptions positives et ceux qui expriment le moins de perceptions négatives.
Quant aux habitants de nationalité luxembourgeoise, ils se distinguent assez clairement sur
Une majorité des Luxembourgeois (52 %) ne reconnaît pas les apports culturels et scientifiques de l’islam.
deux questions. D’un côté, ils sont nettement plus nombreux à rejeter l’image d’un islam qui mettrait en danger les droits de l’homme (Luxembourgeois: 62 % – Portugais: 43 % – autres étrangers 55 %). D’un autre côté, par contre, une majorité des Luxembourgeois (52 %) ne reconnaît pas les apports culturels et scientifiques de l’islam (Portugais: 43 %, autres étrangers: 39 %). Par ailleurs, les Luxembourgeois rejoignent les étrangers non portugais sur la reconnaissance qu’il existe des courants différents au sein de l’islam (89 % et 88 %), sur la question de l’inégalité hommes / femmes (82 % et 81 %) ainsi que sur les chances d’enrichissement culturel (65 % et 64 %). Enfin, Luxembourgeois et Portugais se retrouvent sur une perception négative: le fait que les musulmans chercheraient à imposer leurs lois à la société (42 % et 43 % – pour 37 % chez les autres étrangers).
Les différences entre jeunes, adultes et personnes âgées sont irrégulières et plus subtiles
Une première constatation est patente : sauf à propos des deux propositions pour lesquelles les scores sont les plus élevés, les personnes plus âgées (65 ans et plus) sont systématiquement moins positives et systématiquement plus négatives que les autres catégories d’âge.
Seconde constatation: les plus jeunes apparaissent un peu plus réservés que la moyenne pour la plupart des perceptions positives, hormis celle qui considère la présence de l’islam au Luxembourg comme une chance d’enrichissement culturel (74 % – moyenne: 64 %). Par contre, ils sont davantage partagés quant aux perceptions négatives de l’islam et des musulmans: d’un côté, ils sont un peu plus portés à considérer certaines de leurs coutumes comme étranges et à établir un lien entre musulmans et comportements violents, mais ils sont plus distants à l’égard des amalgames entre islam et terrorisme, islam et imposition d’un modèle de société, islam et menace pour les droits de l’homme, et plus encore et surtout entre islam et menace pour les religions chrétiennes (82 % de désaccord, la moyenne nationale de désaccord étant de 50 %).
Les différences socioprofessionnelles et de revenus sont marquées, sans être systématiques
Les catégories sociales aisées (revenus plus élevés, cadres supérieurs, professions libérale et cadres moyens – parfois aussi les employés, parfois encore les indépendants) ont, comme d’autres groupes nommés auparavant, plus souvent tendance à accentuer les perceptions positives et
à minimiser les perceptions négatives. Les différences les plus marquées concernent l’imaginaire portant sur l’étrangeté des coutumes, la violence et le terrorisme, l’imposition des lois de l’islam, imaginaire à l’égard duquel ces groupes sociaux sont particulièrement distants.
À l’autre extrémité, les personnes à revenus plus faibles et les ouvriers manifestent assez systématiquement les tendances inverses. Ils sont souvent rejoints en cela par les personnes vivant au foyer et les personnes retraitées. Et les perceptions exprimées concernent principalement les mêmes dimensions de l’islam: ainsi, l’insistance des ouvriers sur l’étrangeté des coutumes (62 %), les risques de violence (63 %) et de terrorisme (58 %), l’imposition des lois islamiques (54 %). On retrouve des insistances semblables chez les personnes à faibles ou très faibles revenus.
Les indépendants et les retraités – avec les personnes âgées – sont les trois catégories de personnes qui craignent le plus pour les religions chrétiennes (indépendants: 50 % – retraités: 38 % – personnes âgées: 42 % – la moyenne étant de 25 %).
Le niveau d’études des personnes révèle des clivages profonds et systématiques quant à la perception de l’Islam et des musulmans
Sauf en ce qui concerne le jugement sur l’inégalité entre hommes et femmes, la relation statistique est très forte et systématique quant aux rapports entre le niveau d’études et les perceptions positives ou négatives de l’Islam et des musulmans: plus le niveau d’études est élevé, plus les
Sauf en ce qui concerne le jugement sur l’inégalité entre hommes et femmes, la relation statistique est très forte et systématique quant aux rapports entre le niveau d’études et les perceptions positives ou négatives de l’Islam et des musulmans.
Une minorité non négligeable, cependant, apparaît marquée par un imaginaire dominé par les peurs que provoquent en eux ou les menaces que représenteraient l’islam et les musulmans.
perceptions positives prédominent et plus les perceptions négatives baissent d’intensité, et inversement.
Ainsi, les différences les plus marquées (écarts de pourcentages entre personnes ayant fait des études universitaires et des études primaires) concernent: la chance d’enrichissement culturel (écart de 46 %) et les apports de l’islam aux cultures occidentales et à la science (écart de 42 %), les coutumes étranges (écart de 45 %), des comportements violents (écart de 40 %), la tentation du terrorisme (écart de 39 %), le sens de l’hospitalité (33 %), la modération et la discrétion ainsi que la menace pour les religions chrétiennes (écart de 31 %).
Seul le jugement concernant les inégalités hommes / femmes échappe à ces clivages, les écarts extrêmes ne dépassant pas 8 %. Il n’empêche qu’ici aussi, il existe un clivage relatif entre les deux catégories d’études inférieures et les trois catégories d’études plus élevées et supérieures.
Avec ces derniers résultats, se confirme donc d’une manière particulièrement apparente et forte le profond clivage social entre les milieux instruits et plus aisés économiquement, qui disposent d’un fort capital social et culturel, habitant plus souvent la région du Centre, et les milieux socialement et économiquement défavorisés, disposant de moindres salaires, ayant moins accès aux produits culturels et moins outillés culturellement (par rapport aux cultures prédominantes).
Des ‚modèles‘ perceptifs ou ‚imaginaires‘ différents
Par la méthode et les techniques de l’analyse factorielle, on peut faire apparaître des ensembles très liés (corrélés statistiquement) de perceptions
ou d’attitudes, que l’on considérera ici comme des formes différentes d“imaginaires‘ ou des ‚modèles‘ perceptifs différents. L’un des avantages en est de préciser ou de confirmer des tendances déjà mises en évidence grâce aux types de traitement opérés par ailleurs.
Les deux ‚modèles‘ perceptifs ou les deux imaginaires principaux à l’œuvre au Luxembourg concernant l’Islam et les musulmans
Deux modèles perceptifs principaux se dégagent de l’analyse.
Le premier modèle inclus la plupart des perceptions négatives portant sur l’Islam et les musulmans, et l’opposition à l’une des perceptions positives. Il est fondamentalement axé sur les jugements concernant la violence (comportements violents, tentation du terrorisme), sur les diverses menaces que, dans cet imaginaire, l’Islam représenterait (menace pour les droits de l’homme, menace pour les religions chrétiennes, impositions des lois islamiques), ainsi que sur l’étrangeté de certaines coutumes. S’y ajoute, en mode mineur, la perception selon laquelle la présence de l’Islam et de musulmans au Luxembourg ne représenterait pas une chance d’enrichissement culturel.
Ce modèle se vérifie, au sein de l’échantillon, dans ses deux principales formes: celle de l’adhésion plus ou moins forte, d’une part – nous l’appellerons ‚imaginaire de la peur‘ -, et celle de la distance critique (ou rejet), d’autre part – nous l’appellerons ‚imaginaire de l’accueil‘.
Le deuxième modèle, que nous appellerons ‚valorisation culturelle‘, inclut les principales connotations positives attribuées à l’islam et aux musulmans, ainsi que la conscience de la diversité de l’islam (courants différents). Il est fondamentalement axé sur la perception des apports de l’islam aux cultures occidentales et à la science, les chances d’enrichissement culturel que constitue leur présence au Luxembourg, ainsi que les qualités comportementales attribuées aux musulmans (modération et discrétion, sens de l’hospitalité). Ces perceptions positives sont accrochées à la conscience de la diversité des courants au sein de l’islam. Au sein de l’échantillon, ce deuxième modèle se vérifie essentiellement sous sa forme positive.
Les trois principales formes d’imaginaire perceptif de l’Islam et des musulmans au sein de la population du Luxembourg
Ces deux modèles perceptifs se manifestent donc sous trois formes au sein de la population du Grand-Duché, et cela selon les proportions suivantes$^{1}$:
- Imaginaire de la peur 13 %
- Imaginaire de l’accueil 34 %
- Imaginaire de la valorisation culturelle 47 %
Il en résulte donc que, au sein de la population (prise dans son ensemble), l’imaginaire de la valorisation culturelle surtout, de l’accueil en seconde instance, prédominent de manière importante. Une minorité non négligeable, cependant, apparaît marquée par un imaginaire dominé par les peurs que provoquent en eux ou les menaces que représenteraient l’islam et les musulmans. Un tel type de minorité avait déjà été mise en évidence dans la Recherche Européenne sur les Valeurs².
Les profils des groupes véhiculant les imaginaires perceptifs autour de l’islam et des musulmans au Luxembourg
Hommes et femmes, actifs et non actifs sont très proches les uns des autres dans l’expression de l’imaginaire traversé par la peur. Par ailleurs, si les écarts ne sont pas trop profonds, ils n’en sont pas moins importants dans l’expression des deux autres formes d’imaginaires : les hommes et les actifs expriment davantage que les femmes et que les non actifs les deux formes d’imaginaires axés sur l’accueil et la valorisation culturelle.
De même, en ce qui concerne les principales nationalités, l’imaginaire de la peur est présent de manière semblable dans les trois groupes et oscille autour de 12 % à 15 %. Par contre, les imaginaires centrés sur l’accueil et la valorisation culturelle sont moins manifestes chez les Portugais et plus ou moins nettement accentués parmi les autres nationalités, les Luxembourgeois se situant autour des moyennes nationales.
En ce qui concerne les classes d’âge, les aînés se caractérisent par l’expression plus marquée de l’imaginaire marqué par la peur, tandis que les plus jeunes se distinguent par la présence la plus faible de ce même imaginaire. Enfin, c’est parmi les 50-64 ans que la valorisation culturelle de l’islam est la plus prononcée et, parmi les 35-49 ans, l’imaginaire axé sur l’accueil, les jeunes adultes se situant proches de la moyenne nationale.
En ce qui concerne les professions, retenons les clivages déjà évoqués. D’une part, les cadres supérieurs et moyens et les professions libérales expriment le plus les imaginaires de l’accueil et de la valorisation culturelle – suivis par les employés – et le moins l’imaginaire dominé par la peur. D’autre part, les ouvriers – et plus relativement les personnes au foyer – expriment les tendances inverses, en même temps qu’ils se caractérisent aussi par une proportion importante d’indéfinis. À remarquer encore les indépendants et les retrai-
tés chez qui l’imaginaire axé sur la peur atteint les proportions les plus élevées.
Les clivages basés sur l’importance des revenus sont encore un peu plus systématiques: plus les revenus sont élevés, plus s’expriment des imaginaires axés sur l’accueil et la valorisation culturelle et moins se manifeste l’imaginaire dominé par la peur. Le mouvement inverse existe, en ce qui concerne les revenus moyens et bas, mais moins accentué.
Enfin, les clivages les plus forts et les plus systématiques sont liés au niveau des études, comme l’exprime clairement le graphique: plus le niveau des études est élevé, plus nettement s’expriment les imaginaires de l’accueil et de la valorisation culturelle et – plus relativement – moins s’exprime l’imaginaire traversé par la peur. Les tendances inverses se vérifient clairement, surtout parmi les moins scolarisés.
Conclusions… provisoires …
Si les préjugés et les stéréotypes sur l’Islam et les musulmans touchent des minorités au Luxembourg, leur importance est loin d’être négligeable, les perceptions négatives oscillant entre 25 % et 50 % de la population globale.
La conscience de la diversité de l’Islam est particulièrement marquée, ainsi qu’un jugement massif sur les inégalités entre les hommes et les femmes. Cette dernière perception est largement partagée par tous les groupes de la population.
Les qualités des musulmans et la valorisation des chances offertes par leur présence pour un enrichissement culturel caractérisent une majorité d’habitants. Les imaginaires centrés sur l’accueil
et la valorisation culturelle sont véhiculés par d’importantes portions des habitants.
Les stéréotypes négatifs et les préjugés, s’ils caractérisent isolément des minorités parfois importantes, ne forment un bloc compact et ne constituent un imaginaire structuré par la peur qu’auprès d’une minorité. Cette minorité n’est cependant pas négligeable.
Enfin, les clivages sociaux sont apparus particulièrement nets et systématiques entre les milieux instruits et plus aisés économiquement, qui disposent d’un fort capital social et culturel, habitant plus souvent la région du Centre, et les milieux socialement et économiquement défavorisés, disposant de moindres salaires, ayant moins accès aux produits culturels et moins outillés culturellement (par rapport aux cultures prédominantes).
Ces résultats ne peuvent pas ne pas interpeller sérieusement les acteurs sociaux, culturels et politiques concernés par le ‚vivre ensemble‘ au Luxembourg et la rencontre positive et constructive avec des personnes et des groupes sociaux animés par une culture et une religion perçues à tort ou à raison comme éloignées des cultures et des religions actuellement prédominantes dans notre pays.
Les conférences, la table ronde, le colloque et les animations scolaires envisagés dans le cadre de nos rencontres avec l’islam devraient nous aider à approfondir ces défis.
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