L’opinion des chrétiens du Luxembourg sur l’homosexualité

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Rome se félicite d’avoir réaffirmé clairement sa position sur l’homosexualité à travers un document de synthèse qui fournit à tous les catholiques un compendium argumentatif sur les “errements” de nos sociétés occidentales en matière de libéralisme sexuel. Les positions adoptées ré-expliquent notamment à tous ceux qui sont engagés dans la gouvernance politique de nos sociétés que le démantèlement de l’institution du mariage, même civil, ne pourra en aucun cas se réaliser avec la collaboration de l’institution romaine. Ce qui implique par exemple la fin de toute réflexion sur un éventuel PACS à la luxembourgeoise.

Pol Estgen

Si la position de l’Institution est claire, celle de ses fidèles peut en diverger considérablement, surtout dans nos sociétés occidentales sécularisées dans lesquelles les croyants ne reprennent plus automatiquement à leur compte les enseignements de l’Institution. Questionnée sur la pertinence des réponses de l’Eglise dans le domaine familial, trois quarts de la population luxembourgeoise affirme ne pas la voir et seule la moitié des personnes qui se disent religieuses et pratiquantes hebdomadaires adhère à la position de l’Institution sur ce thème. Ces données, issues de l’étude “Recherche Européenne sur les Valeurs-Luxembourg” (EVS-Luxembourg), montrent qu’une portion non négligeable de ceux qui se sentent très proches de l’Eglise reste relativement critique par rapport à l’enseignement officiel en matière de morale familiale.

L’étude EVS¹ nous donne l’opportunité de mettre en relation les groupes qui se déclarent religieux et pratiquants et leurs opinions sur des sujets de morale sexuelle. Deux questions, qui ont des significations différentes, nous permettent d’explorer les opinions sur l’homosexualité en Europe et au Luxembourg.

Question A) Sur la liste qui suit figurent différentes catégories de personnes. Voulez-vous m’indiquer s’il y en a que vous n’aimeriez pas avoir comme voisins?

des gens qui ont un casier judiciaire; des gens d’une autre race; des extrémistes de gauche; des gens portés sur la boisson; des extrémistes de droite; des familles nombreuses; des gens émotionnellement instables; des musulmans; des travailleurs étrangers ou des immigrés; des gens atteints du SIDA; des drogués; des homosexuels; des juifs; des gitans; des gens de milieu social différent; des réfugiés.

Cette première question cerne le concept de tolérance par rapport à certaines catégories de personnes qui font partie de groupes stigmatisés dans nos sociétés, soit parce qu’elles appartiennent à des groupes ethniques différents soit parce qu’elles ont des comportements jugés par certains comme étant déviants par rapport à des normes. Ici, l’accent est mis sur la gêne que pourraient provoquer ces personnes si elles habitaient dans le voisinage.

Question B) Pour chacune des actions que je vais vous citer, voulez-vous me dire en vous plaçant sur cette échelle si vous pensez que cela peut toujours se justifier, que cela ne peut jamais se justifier ou que c’est entre les deux?

Echelle de 1 “jamais justifié” à 10 “toujours justifié” (nous n’avons retenu ici que les affirmations qui touchent au domaine sexuel dans son sens le plus large):

avoir une aventure avec quelqu’un d’autre alors qu’on est marié – l’homosexualité – l’avortement- le divorce – avoir des relations sexuelles avec des personnes de

L’auteur est sociologue au Centre Intercommunautaire – Service socio-pastoral intercommunautaire (SESOPI).

rencontre – prostitution – expérimentation scientifique sur les embryons humains

Cette deuxième question mesure le jugement moral que la population émet par rapport à certaines actions et pratiques. Elle est plus apte à déterminer la manière dont certains comportements sont acceptés ou pas aujourd’hui dans notre société et, pour ce qui nous intéresse ici, de montrer la tolérance par rapport à l’homosexualité ou le refus de celle-ci dans certains groupes de la population.

L’attitude face à l’homosexualité par grands groupes religieux en Europe

La chrétienté, autant que l’islam ou la tradition juive, condamne les pratiques homosexuelles. L’argumentation est rigoureusement semblable: Dieu a créé l’homme et la femme pour qu’ils peuplent cette terre; toute relation sexuelle est destinée à la procréation. Par conséquent, l’homosexualité s’oppose au dessein de Dieu sur le monde. L’homosexualité est vue comme un désordre grave, tant au niveau personnel que sociétal, et, selon les époques et les régions, plus ou moins fortement jugée et punie.

En utilisant la question B sur le jugement moral de l’homosexualité, que nous avons croisée avec la question de l’adhésion religieuse, nous obtenons le tableau suivant:

4.0; Bulgarie 1.7) ou les Orthodoxes (Grèce TH = 3.4; Russie TH = 2.1). La distribution des confessions en Europe étant très inégale, elle recouvre forcément certaines régions de pays et de cultures. Il est dès lors difficile de déterminer si l’impact de la religion est plus important que celui de la culture ou de l’histoire spécifique nationale. En prenant le cas de l’Orthodoxie, dont les croyants sont en général très peu tolérants par rapport à l’homosexualité (très semblables, en cela, au groupe des Musulmans d’Europe), nous ne pouvons négliger le fait que leur expansion géographique les situe surtout dans les régions qui étaient anciennement sous domination soviétique et qui connaissaient un système politique qui criminalisait sévèrement les pratiques homosexuelles. Rappelons qu’en 1992, 227 personnes furent encore condamnées en Russie pour délit d’homosexualité; on estime que 50.000 homosexuels ont été envoyés au goulag pendant la période soviétique.² A l’est de l’Europe, l’empreinte du régime communiste est encore bien réelle par rapport à cette question.

En examinant l’indice de tolérance selon les confessions religieuses, nous observons donc des sensibilités fort différentes, même si les enseignements des différentes confessions se rejoignent. La sécularisation des populations de l’ouest de l’Europe a eu un impact non négligeable sur l’opinion publique, et cet impact se vérifie aussi pour les personnes qui se déclarent religieuses et qui ont une pratique religieuse régulière.

En examinant l’indice de tolérance, nous observons des sensibilités fort différentes, même si les enseignements des différentes confessions se rejoignent.

Positionnement par rapport à l’homosexualité en Europe

(33 pays) selon la confession religieuse

| Selon la confession religieuse | % de "jamais justifié" (position 1 sur l’échelle de 1 à 10) | Moyenne: indice TH (tolérance par rapport à l’homosexualité) |
| — | — | — |
| Islam | 70 % | 2.1 |
| Orthodoxe | 66 % | 2.5 |
| Catholique | 39 % | 4.4 |
| Protestant | 32 % | 5.0 |
| Juive | 29 % | 4.8 |
| Selon religieux – non religieux | | |
| Quelqu’un de religieux | 46 % | 3.9 |
| Non religieux | 33 % | 5.0 |
| Athée convaincu | 27 % | 5.6 |

Nous utilisons ici la moyenne qui se base sur l’échelle allant de 1 (jamais justifié) à 10 (toujours justifié). Cet indice, que nous nommons "TH" (tolérance par rapport à l’homosexualité), sera utilisé par la suite comme indicateur synthétique de l’acceptation ou du rejet des personnes homosexuelles.

L’incidence de la religion apparaît manifestement, même si on doit y ajouter une composante culturelle nationale. Ainsi les catholiques des Pays-Bas sont très tolérants par rapport à l’homosexualité (TH = 8.0), surtout en comparaison avec les Polonais catholiques (TH = 2.8). Situation comparable pour les Musulmans (Angleterre TH =

L’attitude face à l’homosexualité par pays.

La distribution de l’homophobie en Europe, illustrée à l’aide des résultats concernant la peur d’avoir un voisin homosexuel (question A), confirme la distribution très différente entre l’Ouest et l’Est.

| Pays | Homosexuels cités comme voisins indésirables | Homo-Moyenne* |
| — | — | — |
| Suède | 6% | -13 |
| Pays-Bas | 6% | -20 |
| Islande | 8% | -13 |
| Danemark | 8% | -9 |
| Allemagne | 13% | -14 |
| France | 16% | -7 |
| Espagne | 16% | -5 |
| Belgique | 18% | -8 |
| Luxembourg | 19% | -5 |
| Tchéquie | 20% | -11 |
| Grande-Bretagne | 24% | -5 |
| Autriche | 25% | -1 |
| Irlande | 27% | 0 |
| Italie | 29% | -2 |
| Irlande du Nord | 35% | 1 |
| Malte | 40% | 1 |
| Grèce | 42% | 5 |
| Slovaquie | 44% | 5 |
| Slovénie | 44% | 11 |
| Lettonie | 46% | 15 |
| Estonie | 46% | 5 |
| Croatie | 46% | 9 |
| Bulgarie | 54% | 8 |
| Pologne | 55% | 16 |
| Russie | 58% | 21 |
| Biélorussie | 63% | 18 |
| Roumanie | 65% | 21 |
| Ukraine | 66% | 21 |
| Lituanie | 68% | 21 |
| Hongrie | 84% | 17 |
| Portugal | Données non disponibles | |

  • Cette colonne indique la différence entre la moyenne de refus de tous les types de voisins et la moyenne de refus d’avoir un voisinage homosexuel. Comme la tolérance par rapport aux voisins différents (ethniques ou comportementaux) varie fortement d’un pays à l’autre, nous pouvons comparer le taux d’homophobie et voir s’il est plus fort ou plus faible par rapport à l’intolérance en général dans chacun des pays. Exemple: en Suède, la population homophobe est de 6 %, et la moyenne de refus pour avoir un type de voisinage spécifique (alcoolique, gitan, extrémistes politiques…) est de 19 %, soit une "homo-moyenne" de -13.

De ce tableau nous pouvons déduire que, surtout à l’Est et en partie au Sud, non seulement l’homophobie est importante, mais, en plus, elle est bien plus importante que l’intolérance envers d’autres catégories de personnes.

L’attitude face à l’homosexualité de la population du Luxembourg

En analysant la question de l’acceptation de l’homosexualité selon un certain nombre de variables démographiques, nous trouvons surtout deux relations très significatives: le niveau d’étude et l’âge.

D’une part, plus le niveau d’étude est élevé, plus l’homosexualité devient justifiable. Ce type de corrélation constitue un grand classique en sociologie: bagage culturel important, adhésion à une vision de la vie plus postmoderne, distinction plus nette entre vie privée et vie publique, statut personnel reconnu par la société… Les classes supérieures ont en général davantage de moyens pour vivre dans une société ouverte sur l’altérité.

D’autre part, nous trouvons une très forte corrélation entre les classes d’âges et l’acceptation de l’homosexualité. Nous pouvons supposer ici qu’il s’agit d’un phénomène de générations. Cette relation est encore amplifiée dans le seul groupe des Luxembourgeois vivant au Luxembourg. Si l’homosexualité reste encore un tabou absolu pour un tiers des personnes de plus de 65 ans, elle est par contre largement acceptée par les jeunes générations.

L’homosexualité est devenue un sujet de société à partir des années 80 du siècle dernier. La crise sanitaire due à l’épidémie du sida a sûrement joué un rôle catalyseur important dans la prise en compte par nos sociétés de la question homosexuelle. Fortement marginalisés au début par l’opinion publique sur la question de cette maladie considérée à tort comme limitée au milieu gay, les homosexuels sont devenus davantage objet de compassion lorsque la maladie a clairement touché des franges plus larges de la société. Au Luxembourg, nous pouvons penser que l’acceptation de l’homosexualité va continuer de progresser dans les années à venir, à mesure que les jeunes générations vont jouer un rôle plus important dans la société.

Croire et accepter …

La concordance entre certains facteurs démographiques comme l’âge ou le niveau de formation et le positionnement religieux ne nous permettront pas toujours de distinguer avec certitude l’influence de l’adhésion religieuse sur la tolé-

| Est-ce que l’homosexualité est un acte justifiable? (échelle de 1 à 10 ) | | | |
| — | — | — | — |
| Niveau d’étude | | | |
| | Population du Lux | | |
| | TH (moyenne) | Jamais justifié (1) | |
| Primaires | 4,9 | 34% | |
| Professionnelles | 5,7 | 17% | |
| Secondaires | 6,4 | 13% | |
| Supérieures | 6,8 | 14% | |
| Classes d’âges | | | |
| | Population du Lux | | Luxembourgeois |
| | TH (moyenne) | Jamais justifié (1) | TH (moyenne) |
| 16à24 | 7,0 | 9% | 7,6 |
| 25à34 | 6,4 | 13% | 7,2 |
| 35à44 | 6,1 | 18% | 6,7 |
| 45à54 | 5,8 | 19% | 6,1 |
| 55à64 | 5,2 | 26% | 5,5 |
| 65 et plus | 4,6 | 33% | 4,6 |

rance envers l’homosexualité. Notamment dans le groupe de ceux qui pratiquent d’une manière hebdomadaire où nous trouvons une forte surreprésentation des personnes âgées.

En reprenant dans notre graphique un certain nombre de comportements qui touchent les questions de la sexualité et de la libre disposition de soi, nous avons la possibilité de comparer la tolérance envers l’homosexualité avec d’autres comportements appartenant au domaine de la morale sexuelle et familiale.

L’acceptation de l’homosexualité est toujours très proche de l’acceptation du divorce. En nous référant à notre sens commun, nous pourrions dire que le divorce n’est pas nécessairement vu comme étant une situation positive, mais qu’il est largement accepté comme situation de fait dans notre société. Par comparaison, nous pouvons dire que la population du Luxembourg, tout en n’étant pas personnellement convaincue que la relation homosexuelle constitue un "plus" pour la société, représente une situation acceptable pour les personnes qui en font le choix personnel.

La superposition des courbes du graphique (p.10) nous indique qu’il existe bien une certaine logique religieuse dans le domaine de la sexualité. D’une manière générale, les personnes qui se disent religieuses et qui ont une pratique plus régulière ont aussi une appréciation morale plus conforme à l’enseignement de l’Eglise sur les questions morales. Il faut néanmoins souligner deux choses.

Les deux groupes, ceux qui se disent religieux et qui ont une pratique rare et ceux qui se disent religieux et n’ont pas de pratique du tout se confondent régulièrement dans leur opinion sur les diverses pratiques sexuelles. Le dessin générale des 6 courbes, permet de dire que les athées tout comme les pratiquants hebdomadaires constituent les limites supérieur et inférieur pour l’ensemble des positions morales envers le domaine de la sexualité et de la libre disposition de soi. Les quatre autres groupes évoluent entre ces deux limites.

Le deuxième constat intéressant concerne le groupe des personnes qui disent avoir une pratique religieuse mensuelle. Ce groupe se rapproche du groupe des athées en termes de tolérance envers l’homosexualité et constitue le seul groupe de personnes qui justifie plus facilement l’homosexualité que le divorce. Ce groupe, qui numériquement ne représente que 8% de la population du Luxembourg (par rapport aux 20 % de pratiquants hebdomadaires), est sociologiquement très différent du premier. Bien plus jeune et un peu mieux formé, se situant plus à gauche, il se distingue souvent dans l’étude EVS des pratiquants hebdomadaires par ses opinions sur les questions sociales.

Dans le domaine religieux, ce premier groupe se distingue par une plus grande liberté envers l’institution religieuse: ses membres pratiquent à leur rythme et acceptent bien moins le carcan moral de l’Eglise. Il y a vingt ans, on les aurait sûrement appelés les "chrétiens de gauche".

L’enseignement de l’Eglise en matière de morale sexuelle est éloigné du sentiment et du jugement d’une très grande partie des habitants et ceci même parmi ceux qui fréquentent les assemblées dominicales.

Positionnement par rapport au domaine de la morale sexuelle et familiale selon la typologie religieuse

Moyenne TH calculée sur base de l’échelle de 1 (jamais justifié) à 10 (toujours justifié)

| | adultère | sex avec pers. rencont | prostitution | suicide | avortement | euthanasie | homosexualité | divorce |
| — | — | — | — | — | — | — | — | — |
| religieux: prat hebdomadaire | 1,7 | 2,3 | 2,4 | 2,7 | 3,5 | 4,0 | 4,7 | 4,9 |
| religieux: prat mensuelle | 2,0 | 3,1 | 2,7 | 3,4 | 5,2 | 5,6 | 6,6 | 5,7 |
| religieux: prat rare | 2,4 | 3,5 | 3,6 | 3,7 | 5,2 | 5,7 | 5,7 | 6,0 |
| religieux: prat jamais | 2,4 | 3,1 | 3,7 | 3,4 | 5,1 | 5,9 | 5,5 | 6,3 |
| non religieux: pratique jamais | 3,0 | 4,2 | 4,0 | 3,9 | 6,1 | 6,4 | 6,4 | 6,6 |
| athée: pratique jamais | 3,8 | 6,3 | 5,0 | 6,0 | 7,0 | 6,7 | 7,1 | 7,5 |

Afin de bien comprendre les seuils d’acceptation entre les différents comportements, il est utile de les analyser en fonction de l’approche dichotomique "public-privé". Certains comportements comme l’adultère et la prostitution sont considérés comme étant des comportements qui peuvent léser autrui. Le divorce et l’homosexualité semblent plutôt appartenir au domaine de la vie privée où chacun doit faire son choix en toute honnêteté. En utilisant cette grille de lecture, nous voyons aussi l’ambiguïté de l’avortement, qui peut être apprécié tantôt du côté de l’enfant (la vie d’autrui), tantôt du côté de la mère (vie privée).

Le courant passe de plus en plus mal …

L’enseignement de l’Eglise a donc de plus en plus de difficulté à être accepté, et ceci même dans le groupe des personnes qui en sont les plus proches, c’est-à-dire celles qui ont une pratique hebdomadaire. Les catholiques jugent différemment certains comportements: ainsi, l’adultère n’est pas à mettre sur un pied d’égalité avec l’homosexualité. L’enseignement de l’Eglise en matière de morale sexuelle est éloigné du sentiment et du jugement d’une très grande partie des habitants et ceci même parmi ceux qui fréquentent les assemblées dominicales.

Afin de comprendre les changements en cours dans notre société au niveau de l’acceptation de l’homosexualité, il faudra resituer cette pratique dans le cadre de l’approche postmoderne de la famille et de la sexualité. L’homme contemporain est à la recherche du bonheur individuel, qu’il situe clairement dans le domaine familial. Dans l’étude EVS, la famille intervient largement en première position quand il s’agit de classer les différentes réalités selon leur importance dans la vie. Mais la définition de la "famille" comme elle est entendue par les personnes interrogées signifie moins institution familiale que lieu d’expérience de l’amour. Nos contemporains sont à la recherche de l’amour, seule expérience qui semble satisfaire leur quête de la vérité. La première condition pour le mariage est aujourd’hui la fidélité. Mais le concept de fidélité lui-même ne se rapporte plus tant à la relation institutionnelle et contractuelle qu’à l’expérience de l’amour : tant qu’on s’aime et que la relation dans le couple est vraie, on reste ensemble; le jour où il n’y a plus d’amour, on se quitte.

Ce changement de paradigme influence grandement l’appréciation de l’homosexualité dans notre société. On jugera le comportement d’une personne homosexuelle en fonction de la véracité de son choix de vie: le "coming out" est vu comme un moment essentiel qui prouve que la personne est arrivée à trouver son chemin personnel. On apprécie ce moment comme étant un moment de vérité personnelle par rapport à l’amour. Les questions de l’utilité sociale du mariage, des relations homosexuelles ainsi que les questions liées à la procréation deviennent largement secondaires. Le domaine de l’amour constitue un domaine privé où chacun doit et

peut faire son chemin personnel sans heurter la liberté de l’autre.

Ce changement de paradigme fait aussi en sorte que le discours de l’Eglise ne peut plus être compris et accepté par la très grande majorité de notre population. La notion même de l‘ "Amour" ne recouvre plus la même chose. Pour nos contemporains, quête existentielle et passionnée, le concept d‘ "amour" tel qu’il est utilisé par l’Eglise catholique est devenu incompréhensible: désormais, l’amour est perçu et vécu comme une expérience individuelle de vérité et non plus comme un dessein de Dieu. L’Eglise parle de l’amour qui existe entre l’homme et Dieu, entre les humains, entre frères et sœurs, entre homme et femme, amour inscrit dans un destin de l’humanité ; tous types de relations que la société postmoderne désignerait volontiers par les termes d‘ "amitié" et d‘ "estime". Quand il s’agit de parler de ce nouvel amour si important pour nos contemporains, l’Eglise n’a pas encore trouvé les mots qui résonnent dans les cœurs des hommes et femmes d’aujourd’hui.

1 Pour plus d’informations sur le projet EVS (European Values Studies), on peut utilement se rapporter à l’ouvrage de synthèse luxembourgeois: LEGRAND M. (sous la dir.), Les valeurs au Luxembourg, Portrait d’une société au tournant du 3e millénaire, Editions St-Paul, Luxembourg 2002, 877 pages. ISBN 2-87963-418-0. Voir aussi forum n° 217.

2 Données tirées de: FREMONT B., "Out of the Blue. Une histoire des homosexuels en Russie", in Regard sur l’Est, numéro 26, mai-juin 2001.

l’amour est perçu et vécu comme une expérience individuelle de vérité et non plus comme un dessein de Dieu.

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