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Le texte ci-dessous a été élaboré par trois membres de la ‚Jugendpor‘, mais en tant qu’ils sont membres du groupe des ‚Anciens‘ de la JEC, c.- à – d. des universitaires et jeunes professionnels qui ne peuvent plus fréquenter régulièrement le 23, av. G. Diderich. Ce texte n’était donc pas initialement destiné à ‚forum‘.
Si nous le publions, c’est qu’il nous semble refléter d’une manière remarquable un genre de discussion qui est très régulièrement menée à la ‚Jugendpor‘ et qui n’a pas trouvé d’écho dans le bulletin. Nous espérons que cette publication permettra de mieux faire connaître à nos lecteurs la réalité de la ‚Jugendpor‘, et de lancer dans ces colonnes ce débat qui jusqu’ici n’était qu’oral.
Avertissement
Il n’est pas évident de parler de la dimension religieuse aujourd’hui. Notre langage a été volontairement simpliste, nous avons renoncé à toute systématisation, notre langage est un langage de croyants en recherche né de nos expériences, ce n’est qu’un balbutiement, nous vous prions de nous excuser.
1 – Un constat
Nés en chrétienne, nous avons reçu en héritage la foi et l’appartenance à l’Eglise. Nous avons tous subi la douche baptismale et nous avons été confirmés avec beaucoup de passivité et peu de compréhension de notre part. Nous nous sommes pour la plupart d’entre nous, mortellement ennuyés au cours de doctrine chrétienne et où on nous a inculqué beaucoup plus de valeurs de la civilisation chrétienne c.à.d. de l’idéologie dominante que l’annonce de Jésus-Christ et de sa Bonne Nouvelle.
Même dans nos familles chrétiennes, et peut-être surtout dans les familles chrétiennes, nous n’avons pas eu tellement de réponses aux questions que nous nous posions. Le cheminement de nos parents est différent du nôtre, il est difficile pour nous de les comprendre et de les accepter comme autres.
Assez tôt nous nous sommes opposés à cet héritage, nous avons abandonné partiellement ou totalement toute pratique cultuelle; souvent nous nous sommes heurtés à l’appareil ecclésial; nous avons stigmatisé l’inconscience de l’appareil pour les questions importantes surtout dans les domaines économique, politique, sexuel et social.
Tout en restant chrétiens nous avons affirmé notre foi plus par des oppositions que par des affirmations. Il est souvent difficile pour nous d’exprimer notre foi, comme nos luttes et nos espérances.
Mais ne faudrait-il pas peu à peu essayer de nous dégager de cette attitude certes nécessaire dans notre évolution et essayer ‚de nous approprier une foi adulte‘?
Après avoir évoqué les difficultés, nous allons proposer quelques pistes.
Comme a dit un mystique au 4e siècle: ‚la foi ne se dit pas mais il faut la dire parce qu’autrement on l’oublie‘. Nous assistons également dans différents lieux à un renouveau de l’Eglise; sommes-nous partie prenante dans ce réveil des communautés plus missionnaires, plus fraternelles et plus joyeuses?
2 – Une difficulté
Nous partons d’une constatation: le monde dans lequel nous vivons est profondément sécularisé, même si nous assistons actuellement à un renouveau du sacré et même si cette déchristianisation n’est pas si prononcée au Luxembourg à cause de son exiguité et pour des raisons historiques et sociologiques.
De grands courants scientifiques et philosophiques à l’époque contemporaine contestent l’existence de Dieu, déniant toute valeur au christianisme et nous proposent une explication totalisante de la réalité. A côté des courants philosophiques athés, bien que différents et antagonistes souvent entre eux, il existe un courant sociologique qui tout en étant peut-être le reflet inconscient de ces mouvements philosophiques et idéologiques, a comme particularité non un concept philosophique, mais rassemble plutôt des hommes pour qui la question de Dieu, la question de la foi, la question de l’Eglise, au moins comme nous la posons ne signifient rien. Cette attitude est plus dangereuse pour eux: le christianisme n’a plus de signification, il les laisse indifférents. Nous sommes tous d’une façon ou d’une autre habités par cette incroyance, nous sommes des malcroyants.
Nous devons prendre au sérieux ces explications étrangères du christianisme et de notre comportement. Elles peuvent nous éclaircir dans notre attitude et dans notre démarche. D’ailleurs nous sommes solidaires de tous les hommes dans leur recherche vers un monde meilleur; nous ne pouvons plus songer à un au-delà après la mort, le ‚royaume de Dieu‘ a commencé.
Certes il nous faut une certaine analyse, une théorie de la connaissance pour appréhender le monde, nous n’avons plus le droit d’être trop naïfs. Mais en adoptant une certaine analyse cela ne doit pas nous rendre dupe des conséquences que cela amène; l’analyse marxiste est possible mais ce n’est pas si évident qu’on puisse le croire au début; ce n’est pas une question de générosité.
3 – Une voie possible
Pour nous qui n’avons pas abandonné la foi et qui continuons à chercher, la foi reste un problème central. Cependant une explication philosophique ne peut plus nous satisfaire.
Mais comment exprimer notre foi? Comment formuler la question de Dieu dans notre vie?
Nous pensons que notre foi doit nécessairement passer par la personne de Jésus-Christ. Une personne qui nous fascine, mais qui nous échappe chaque fois que nous voulons l’enfermer dans notre mode de pensée.
Pour nous la rencontre avec Jésus est d’abord une rencontre avec un homme qui a pleinement assumé sa condition humaine. Et l’histoire des hommes qui est une histoire de contraintes et de limitations est devenue son histoire. D’autre part Jésus a fait preuve qu’une autre manière de vie est possible. Une vie animée par l’amour des autres, de ses frères les hommes et surtout de ceux qui souffrent le plus des limitations de leur condition humaine. Jésus n’a pas hésité à poursuivre sa route jusqu’au bout, jusqu’à la mort. Il s’est donné lui-même.
Mais en même temps nous reconnaissons que Jésus est le Christ, qu’il est fils de Dieu. C’est Dieu qui une fois de plus intervient, fait irruption
dans l’histoire du peuple d’Israel, du peuple ‚élu‘. Et c’est Dieu qui par amour pour le peuple juif et pour toute l’humanité fait le don de son fils: Jésus qui nous adresse une parole d’espérance et de vie. Il proclame la Bonne Nouvelle venue de Dieu: ‚Les temps sont accomplis et le Royaume de Dieu est tout proche‘. La substance de la Bonne Nouvelle c’est Jésus lui-même dans tout ce qu’il dit et dans tout ce qu’il fait. Jésus a fait irruption dans cette histoire pleine de limitations et il l’a pleinement assumée jusqu’à sa mort scandaleuse à la croix. Mais cette mort n’a pas marqué un point final. Bien au contraire, elle est l’accomplissement de son histoire et de l’Écriture. Et d’autre part, par sa résurrection même Jésus-Christ a fait éclater toutes nos limitations. Ainsi il a donné également un tout autre sens à sa vie. Et en lisant les évangiles il faut toujours se rappeler qu’ils ont été écrits à la lumière de cette résurrection et qu’ils sont aussi l’expression de toute une tradition chrétienne des premières communautés.
Aussi cette irruption d’un autre et du tout Autre dans notre vie ne peut pas nous laisser indifférents. Jésus-Christ nous interpelle, il nous appelle à le suivre. Et nous sentons qu’il vaut la peine de faire ce cheminement ensemble avec lui. Mais nous savons aussi que ce cheminement ne représente pas seulement un bout de route. Il risque d’être une aventure de longue haleine et il sera certainement l’aventure de toute une vie, de toute notre vie.
Si nous voulons donc réaliser une appropriation de la foi, si nous nous proposons donc de réinventer toujours de nouveau cette foi qui nous anime, nous devrons toujours faire des efforts pour la conquérir.
Et ici la lecture de l’Écriture nous semble être indispensable. Cette Écriture Sainte qui est d’abord l’histoire du peuple juif, du peuple ‚élu‘ par Dieu. C’est la marche d’un peuple vers la libération et vers une liberté qu’il ne tient pas de lui-même et qu’il ne peut réaliser qu’avec l’aide de Dieu. Ce Dieu qui intervient toujours et malgré tout dans l’histoire des hommes. Et ensuite, cette Écriture c’est le Nouveau Testament qui nous confronte avec les témoignages de gens, de croyants qui ont fait l’expérience de Dieu et de la foi dans leur vie. Ils ont fait la rencontre avec Jésus le Christ, ‚le fils du Dieu vivant‘ et ils nous rendent témoignage de cette présence réelle de Dieu dans leur vie.
4 – Nouvelles expériences
‚La foi ne se dit pas, mais il faut la dire sinon on risque de l’oublier‘.
Aussi faut-il trouver une manière d’exprimer ce qu’on croit, de l’exprimer dans une communauté de croyants.
Ces dernières années nous assistons à un renouveau de la foi, à un renouveau de ses expressions, à un renouveau des groupes.
Traditionnellement la foi s’exprime surtout par la participation à la messe dominicale. Mais cette forme est devenue insatisfaisante pour beaucoup de croyants qui lui reprochent la passivité de la masse et le manque du caractère festif. Ainsi on cherche de nouvelles formes d’expression, mieux appropriées au caractère de la fête. Dans ces assemblées on cherche à partager, à discuter à apprendre des autres, à apprendre aux autres, à prier ensemble.
A côté de cette expression de la foi dans une communauté, il ne faut cependant pas négliger la prière individuelle et le silence.
La prière est le contact de l’homme avec Dieu, souvent une communication de ses misères, assez rarement une action de grâce. Pour approfondir sa foi, il faut parfois se retirer et méditer dans un silence, essayer de retourner à l’essentiel. Un tel recul doit donner de nouvelles forces, mais il faut éviter de tomber dans une passivité mystique.
Nous pouvons vivre notre foi dans les communautés chrétiennes (famille, paroisse,…) dans nos engagements politiques et sociaux. Nous pouvons l’exprimer par nos actes, par notre manière de vivre.
La recherche de nouvelles formes d’expression se fait principalement dans des communautés en dehors des circuits officiels (Jugendpor,…). Dans nos villes universitaires, nous pouvons trouver de tels groupes qui rassemblent surtout des étudiants et où nous pouvons participer.
Cependant ces groupes ne sauraient former des communautés ahistoriques dans la mesure où notre vie s’insère dans un contexte socio-politique bien précis.
Ainsi on pourrait communiquer les expériences qu’on a faites dans différents groupes et répondre aux questions que ces expériences imposent quant au rôle du prêtre dans une telle communauté, ou quant à la formation des laïcs dans un groupe où on insiste toujours davantage sur la participation individuelle.
Lex Pauly
Paul Faber
René Diederich
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