Cannes, 18 mai, 08h00
Est-ce un hasard? Le premier jour de compétition à Cannes, les programmateurs ont mis face à face un film russe et un film américain. Tous deux tendent à confirmer les a priori qu’on peut avoir vis-à-vis de ces deux pays, pour le meilleur (du moins cinématographiquement parlant) en ce qui concerne le premier, pour le presque pire dans le cas du deuxième.
„Loveless“ du Russe Andrey Zvyagintsev (prix du scénario à Cannes en 2014 pour „Leviathan“) évoque un monde glacial, au bord du gouffre, où toute velléité de relation humaine semble avoir fait place au mieux à l’indifférence, au pire à la haine. Pendus à leurs portables, horrifiés à l’idée de perdre l’emploi qui leur offre l’illusion d’une qualité de vie et prêts à toutes les lâchetés pour s’y accrocher, les personnages sont en partie responsables de leur propre destin mais pas seulement. Bombardé sans cesse par des nouvelles de corruption, de guerre et d’apocalypse, le couple protagoniste du film pétrifie le spectateur dès les premières séquences. Ils sont encore jeunes, ils se détestent, ils vont divorcer mais outre l’appartement qu’il faut vendre, il y a leur fils Alyocha qu’il faudra bien caser quelque part. Aucun d’eux n’en veut, pas plus que la grand-mère (qualifiée de „Staline à talons“ par le père). Ils s’en fichent de savoir si Alyocha les entend et l’un des plans les plus terrifiants arrive quand on découvre derrière une porte le visage du gamin déformé par les pleurs: il a tout entendu.
Quand Alyocha disparaît purement et simplement de la surface de la terre, le film semble virer à l’enquête. Les parents et la police sont bien obligés de partir à sa recherche, ne serait-ce que pour sauvegarder les apparences. Mais cette longue quête, menée sans aucun sentimentalisme mais heureusement aussi sans moralisme, ne fera pas des parents de meilleures personnes pour autant. On n’est pas dans un film américain.
Il y a du Bergman dans le déchirement de ce couple, mais aussi beaucoup de Michael Haneke dans le plan fixe d’une école et plus généralement dans le découpage comme au scalpel des séquences. Plus tard, ce qui ressemble à un ancien bâtiment soviétique en ruines dans une forêt rappelle à la fois Tarkovski et le documentaire „Homo Sapiens“ de Nikolaus Geyrhalter (vu au dernier Luxfilmfest). Mais contrairement à Arnaud Desplechin, Zvyagintsev ne joue pas de ces renvois, il s’en sert pour mieux emprisonner ses protagonistes dans un film qu’il commence et termine par une bande d’interdiction flottant au vent mais incapable de monter au ciel car retenue par la branche d’un arbre… mort.
Maryana Spivak dans „Loveless“ d’Andrey Zvyagintsev
L’opposé parfait de „Loveless“, c’est donc „Wonderstruck“ de l’Américain Todd Haynes . C’est aussi la première vraie déception venant de Haynes après des films sophistiqués comme „Far From Heaven“, „I’m Not There“ ou „Carol“ (prix d’interprétation féminine à Cannes en 2015). Comme dans „Loveless“, on y croise une gamine mal aimée et deux enfants fugueurs mais ici, l’objectif reconnaissable dès les premières séquences est la réunification de la famille américaine sous un beau ciel étoilé. Manquant d’inspiration et de poésie, (sauf l’assez belle séquence de la maquette de New York reconstituée dans un musée), ratant les épisodes se passant en 1927 (supposément filmés à la manière du cinéma muet), n’arrivant pas vraiment à résoudre le va-et-vient de la bande son entre l’univers auditif de deux enfants sourds et le brouhaha de New York respectivement en 1927 et 1977, „Wonderstruck“ (adapté d’un livre de Brian Selznick, auteur également de „The Invention of Hugo Cabret“) n’a pas grand-chose à dire ni sur l’enfance ni sur le monde que les adultes leur construisent. S’il évite le kitsch, il ne nous enchante pas pour autant.
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