forum_C : Cannes – Jour 6 : Les bourgeois de Calais et d’ailleurs

Un nombre étonnant de films traitent à Cannes du sentiment de culpabilité que les riches bourgeois éprouvent vis-à-vis de populations moins favorisées. Dans „The Square“ de Ruben Östlund, le héros accuse collectivement les habitants d’une HLM de lui avoir volé son portable et devra en supporter les conséquences. Dans „The Killing of a Sacred Deer“ de Yorgos Lanthimos, c’est cette fois un cardiologue qui commet une faute sur un patient moins riche que lui et sera pour cela horriblement puni lorsque – malgré ses vaines tentatives d’acheter le pardon – l’application de la loi du talion est exigée. Comme le directeur de musée dans „The Square“, il tente d’abord de repousser la responsabilité vers son assistant.

Lanthimos, découvert à Cannes avec „Dogtooth“ et entré dans la Compétition à Cannes en 2015 avec „Lobster“, oeuvre toujours dans ce qu’on peut qualifier de thriller psychologique un peu décalé. Mais le côté assez sadique, désarçonnant et profondément malsain de „Dogtooth“ a été ici lissé. Certes, l’atmosphère reste glaciale et les personnages se comportent parfois de façon inattendue dans cette tragédie grecque mâtinée d’une pincée de Kubrick (la présence impeccable de Nicole Kidman, très „Eyes Wide Shut“, n’y est pas pour rien). Mais j’avoue être restée à l’extérieur de ce dispositif très calculé qui ne prend jamais vraiment le spectateur au dépourvu ni ne heurte ses certitudes. Ceux qui disent être restés perplexes n’ont probablement pas vu ses films précédents.

Nicole Kidman et Colin Farrell dans „The Killing of A Sacred Deer“ de Yorgos Lanthimos

La famille est à chaque fois le terrain où la faute commise doit être expiée, au milieu des enfants et parfois par eux ou à travers eux. Dans son film „Happy End“, Michael Haneke brosse le portrait des Laurent, propriétaires d’une société de construction à Calais. Quand un chantier s’éboule, ils déclinent toute responsabilité et les victimes peuvent s’estimer heureuses de se voir octroyées quelques milliers d’euros. Haneke suit les différents membres de cette famille bourgeoise qui semblent tous  vivre dans leur bulle, même quand ils se retrouvent ensemble à table. Il y a le patriarche, interprété par Jean-Louis Trintignant; sa fille Anne (Isabelle Huppert) et le fils bon-à-rien de celle-ci; ainsi que son fils Thomas (Mathieu Kassovitz) avec sa jeune compagne et sa fille Eve d’un premier mariage.

„Happy End“ de Michael Haneke

Comme à son habitude, Haneke construit son film entièrement sur les non-dits, toutes ces choses dont „chez ces gens-là“, on ne parle pas: les domestiques marocains, les sans-papiers qui hantent la ville, les ouvriers qu’on voit à peine, mais aussi les désirs d’amour, de sexe et de mort. Mais les bourgeois au coeur froid qui se cachent derrière toutes sortes d’écrans numériques, le manque d’amour entre les générations, la culpabilité refoulée, on a l’impression d’avoir déjà vu tout cela, en mieux, dans ses films précédents. A la première vision en tout cas, „Happy End“ supporte mal la comparaison, même s’il comporte de très beaux moments (notamment une scène magnifique entre la jeune Eve et son grand-père).

Als partizipative Debattenzeitschrift und Diskussionsplattform, treten wir für den freien Zugang zu unseren Veröffentlichungen ein, sind jedoch als Verein ohne Gewinnzweck (ASBL) auf Unterstützung angewiesen.

Sie können uns auf direktem Wege eine kleine Spende über folgenden Code zukommen lassen, für größere Unterstützung, schauen Sie doch gerne in der passenden Rubrik vorbei. Wir freuen uns über Ihre Spende!

Spenden QR Code