Pas moins de sept films français (sur 24 au total!), réalisés par Léos Carax, Mia Hansen-Love, Catherine Corsini, Jacques Audiard, Bruno Dumont, Julie Ducournau et François Ozon, seront en compétition au festival de Cannes du 6 au 17 juillet. Faut-il en conclure que le cru français 2021 est exceptionnellement bon? Ou cette surreprésentation est-elle plus simplement due au fait que les films français se sont moins que d’autres reportés vers les plateformes durant les confinements successifs ?
Il faudra attendre encore un peu pour avoir le fin mot de l’histoire mais en attendant Cannes 2021, on peut découvrir au Luxembourg plusieurs films français sélectionnés pour le festival précédent, celui qui n’a pas eu lieu.

Récit de filiation largement autobiographique, Ibrahim, premier film de l’acteur Samir Guesmi, avance modestement mais réussit à nous accrocher avec l’histoire pourtant assez classique de l’amour difficile entre un père illettré (Guesmi) et son fils (Abdel Bendaher) qui risque de mal tourner. Ici, tout passe par les silences et des gestes souvent malhabiles, des coups parfois, une caresse furtive à la fin. Au passage, Samir Guesmir dit la difficulté de trouver un travail quand on n’a pas de dents et qu’on ne peut s’en payer. Surtout, il raconte les histoires de ces gens qui se lèvent tôt (ou se couchent tard) mais n’ont malgré cela pas les moyens de réaliser leurs rêves.

Sa façon de filmer Paris, et notamment le XIIIe arrondissement, ancien quartier populaire, nous fait découvrir la capitale sous un jour inhabituel. Le film donne ainsi une voix et une place à une population peu présente dans le cinéma français, pas seulement les immigrés mais un prolétariat qui ne dit plus son nom et qui est ici représenté avec simplicité et dignité. Le jeune Abdel Bendaher fait preuve d’une réelle présence à défaut d’être déjà un grand acteur. Face à lui, la radieuse Luàna Bajrami, qui joue l’amie d’Ibrahim et qu’on avait découverte face à Adèle Haenel et Noémie Merlant dans Portrait de la jeune fille en feu, confirme qu’elle est une vraie révélation.
Dans le genre de l’exploration des liens familiaux, Ibrahim touche parce qu’il avance tout en retenue, avec sincérité et un immense respect pour les gens qu’il filme. S’aventurant sur le même terrain, Maïwenn opte au contraire pour la théâtralité et l’histoire d’une famille (d’origine algérienne comme Ibrahim) qui semble constamment au bord de la crise de nerfs. Ici, on se chamaille, on crie, on rit, on pleure, tout cela pour nous expliquer pourquoi la réalisatrice Maïwenn a acquis la nationalité algérienne et comment elle a renoué avec le pays de son grand-père. C’est un sujet qui en vaut bien un autre mais la façon dont il est traité donne surtout l’irritante impression d’une mise en scène très narcissique (renforcée par la décision de Maïwenn de jouer elle-même le personnage principal) et d’un film brouillon qui sème à tous vents mais n’approfondit aucun des thèmes qu’il aborde ni ne prend la peine de s’intéresser réellement à ses personnages.

La réalisatrice semble lorgner du côté d’Arnaud Desplechin qui met lui aussi en scène des drames familiaux et amoureux inspirés de ses propres expériences. Mais dans Un conte de Noël (2008) ou Rois et Reine (2004), deux histoires de deuil comme ADN, il faisait preuve d’une grande inventivité, sublimant les situations familières par le burlesque, la fantaisie ou la poésie. L’exact contraire de Maïwenn qui confond crises de larmes et émotion et ne dit finalement rien ni sur la France ni sur l’Algérie et encore moins sur la relation de l’une avec l’autre. Ni sur Paris d’ailleurs dont elle parcourt les quartiers touristiques à vélo assise derrière Louis Garrel. C’est très chic mais fait surtout penser à une pub pour parfum.
Avec Elie Wajeman, on retourne dans le XIIIe arrondissement et d’autres quartiers populaires qui, la nuit venue, appartiennent aux voyous et aux toxicomanes. Mikaël (Vincent Macaigne), médecin de nuit idéaliste et désabusé, traverse Paname en voiture, calmant ici une angoisse nocturne, tentant là de soulager des drogués en leur prescrivant du Subutex. Un peu trop de Subutex, il se fait taper sur les doigts par une inspectrice qui n’a pas tout à fait tort : Mikaël vend ses ordonnances à des malfaiteurs pour venir en aide à son cousin pharmacien (Pio Marmai) qui a des dettes un peu partout. Et puis, il est tiraillé entre une épouse aimante mais épuisée (Sarah Le Picard) et sa maîtresse Sofia, froide et sexy (Sara Giraudeau).

Le réalisateur se réfère aux codes du film noir mais ne semble pas toujours savoir quoi en faire. Les personnages féminins sont notamment beaucoup trop passifs: la femme fatale Sofia n’a aucune prise sur l’intrigue alors que la bonne épouse se contentera de ramasser les morceaux à la fin. C’est le point le plus faible d’un film qui joue surtout sur les lumières dans la nuit pour créer une atmosphère. Le plus intéressant reste encore le personnage du médecin, ses visites aux patients au cœur de la nuit, ses relations avec les toxicomanes et ses rencontres avec des petites frappes qui le menacent et qu’il n’hésite pas à démolir. Mais on aurait aimé une mise en scène plus baroque ou plus âpre, une approche plus audacieuse, un scénario mieux ficelé, un vrai point de vue sur le Paris nocturne.
Les trois films sont actuellement à voir au cinéma.
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