- L'éducation artistique et culturelle: (en)quête de sens.
De l’encadrement pédagogique à la création artistique
Témoignage d’Elsa Rauchs, metteuse en scène et responsable des ateliers adultes de la « Biergerbühn »
Nous avons commencé la « Biergerbühn » sans savoir ce qui nous attendait.
Il est difficile de remonter le fil et de voir ce qui s’est joué au début. Peut-être pourrait-on dire que ce que nous essayons de faire, c’est un théâtre qui laisse la place à l’humain sans raconter d’histoire. Raconter une histoire, son histoire ou n’importe quelle histoire, glisse au second plan face à ce qu’il y a à faire ensemble : se rencontrer comme des corps habitant un espace.
Nous essayons de trouver des exercices qui sont des exercices de théâtre. C’est-à-dire des jeux qui nous exercent à être un corps collectif, composé de plein de petits individus, qui parlent, bougent, respirent et cheminent ensemble vers quelque chose d’encore inconnu qui, à un moment donné, sera partagé avec un public. En partant de ces postulats théoriques, nous rencontrons les individus et le groupe qui vient jouer du théâtre avec nous.
Nous proposons à la fois ce que nous savons, ou pensons savoir du théâtre, c’est-à-dire ce qui se fabrique et se laisse regarder ensemble, et nous écoutons ce que le groupe permet, ce que le groupe raconte. Nous essayons bien de raconter quelque chose, mais quelque chose qui se donne dans les ateliers, pas quelque chose de figé ou fictionnalisé. Nous racontons ce que nous sommes en train de découvrir.
La recherche artistique et le théâtre qui nous intéresse mettent en leur centre cette articulation : savoir faire corps ensemble, savoir répondre à l’autre, aux autres, savoir écouter ses impulsions et ses intuitions propres et faire corps avec soi-même.
Dans les deux mises en scène que nous avons constituées, nous avons décliné cette articulation autour de deux thématiques qui, si on ne peut pas les qualifier de différentes, pourraient être le revers d’une même médaille : l’intime et l’étrange.
Pour Doheem – Fragments d’intimité, nous avons commencé le travail avec un groupe très restreint et composé uniquement de femmes. Dans ce cadre, il nous était naturel, voire facile, d’aborder des questions autour de l’intimité, de la domesticité, des habitudes quotidiennes, de l’amour, de la filiation, de la solitude. Ensemble, par fragments, nous laissions se mélanger des pans plus ou moins significatifs de nos intimités. Les outils du théâtre auxquels nous avions recours étaient l’écoute et la reconstitution de récits, la méditation et le mimétisme dans les corps. Sur ce petit groupe de femmes, noyau dur au sein duquel nous avons élaboré le vocabulaire et la dramaturgie de ce premier spectacle, est venu se greffer, dans un deuxième temps, une équipe : des acteur·rices professionnel·les, une coach vocale, des musicien·nes, des costumes, une scénographie. Mais le cœur du spectacle venait des ateliers qui avaient eu lieu pendant six mois à Esch-sur-Alzette au Bâtiment4, et qui avaient été particulièrement riches et denses avec les actrices non professionnelles Shariel Baptista Fuentes, Martine Berna, Sandra Forgiarini, Marie Mathieu et Nadine Wagner.
Après ce premier spectacle, il nous semblait évident de continuer l’aventure, tellement elle avait été riche, à la fois dans l’échange humain, mais aussi dans la possibilité de l’exploration de nos obsessions artistiques et d’un théâtre communautaire. Il nous semblait qu’au contact de cette expérience, au sein de la « Biergerbühn », notre imaginaire s’ouvrait dans ce que le théâtre peut faire en tant qu’outil de rassemblement. Il y avait à la fois une esthétique qui nous séduisait particulièrement dans le mélange d’une équipe professionnelle et non professionnelle. Mais nous avons vu aussi se rencontrer des gens dont les réalités socioéconomiques, culturelles et linguistiques différaient beaucoup. Notre compréhension de l’outil théâtre et de sa pratique collective s’élargissait au fil de ces nouvelles rencontres, notamment dans le cadre de notre collaboration avec la Croix-Rouge et l’intégration dans nos ateliers de réfugiés syriens et kurdes. La traduction, dans ce qu’elle a de plus concret et de plus symbolique, a commencé à jouer un rôle majeur pour nous et son utilisation sur scène nous a poussées à mettre l’accent sur l’expérience même de l’étrangeté. Sa tonalité particulière a donné lieu au spectacle The Stranger Song. L’expérience en question, c’est-à-dire « l’être étranger », trouve différentes expressions au fil du spectacle. Elle oscille entre présences multiples et présences isolées. Elle est incarnée corporellement. Dans The Stranger Song, chaque tentative de rencontre assume sa propre limite, chaque autre doit pouvoir rester autre dans l’espace que nous partageons.

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