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Le père Riobé est mort. Au Luxembourg la nouvelle n’a guère suscité d’écho. Et pourtant Mgr. Riobé était non seulement la figure la plus originale de l’épiscopat français, mais il incarnait, souvent bien malgré lui, l’espoir de nombreux chrétiens dits marginaux, jeunes notamment, qui désespèrent de l’Eglise-institution.
En effet, bien qu’homme de prière et contemplatif, cet ami de Dom Helder Camara n’avait jamais peur de dire publiquement ce qu’il pensait, même se c’était peu conforme à l’opinion reçue ou à celle de ses collègues épiscopaux.
Par contre sa parole libre réussissait, chose rare pour un
évêque, à atteindre les hommes, car elle répondait à leurs problèmes réels et profonds. Il avait ressenti le décalage qui existe entre le discours juridique d’une Eglise qui ne cesse de répéter des formules anciennes, et la vie des hommes. C’est son ami-évêque brésilien qui le lui avait fait comprendre en proclamant: "Si l’Eglise ne re-
joint pas les interrogations fondamentales des hommes d’aujourd’hui, les jeunes lui tourneront le dos.‘ Et Mgr. Riobé a dû constater ‚Je me suis aperçu que l’Evangile n’était pas neutre. Jésus a pris le parti, jusqu’à sa mort, des opprimés. (…) Chaque fois que des hommes m’ont crié leur souffrance, leur lutte, je n’ai pu me taire.‘
Ainsi était-il venu prendre position contre la livraison de mirages français au Brésil, à dire non ‚dans sa conscience d’homme, de chrétien et d’évêque‘ aux armes nucléaires. A cette occasion, en été 1973, l’amiral de Joybert, vraisemblablement avec l’accord du président Pompidou, l’avait d’ailleurs violemment pris à partie en l’invitant de ’se mêler de ses oignons‘ et de ne s’occuper que de son métier, c’est-à-dire d’enseigner la foi et de répandre la charité. Comme si condamner les armes nucléaires n’était pas précisément ‚enseigner la foi et répandre la charité‘!
Mais Mgr. Riobé parlait aussi ouvertement des problèmes d’Eglise. Déjà en 1972, lors de l’Assemblée plénière de l’épiscopat à Lourdes, il indisposa ses collègues en réclamant des nouvelles formes du ministère presbytéral. Début 1977 il publie un article dans ‚Le Monde‘ (cf. ‚forum‘ 13/ 5.3.77) invitant l’Eglise à avoir le courage d’ordonner prêtres des hommes mariés, de favoriser les célébrations eucharistiques créatives, de reconnaître dans le mouvement des communautés de base un signe d’espérance, de reconsidérer ses interventions dans le domaine de la sexualité. ‚Plutôt que de dicter des interdits, que l’Eglise nous fasse entendre les appels de l’Evangile, en nous redisant que ce qui est propre au christianisme c’est la dignité et la grandeur de l’amour auquel l’homme est appelé.‘
Paul VI, lors de sa prochaine visite à Rome, lui a vivement reproché cette prise de position publique pour le célibat facultatif. Et Mgr. Riobé est devenu de plus en plus un homme isolé dans la hiérarchie catholique. Cependant, plus il devenait marginal par rapport aux évêques, plus il rejoignait le peuple innombrable qui a vu en lui un évêque qui le comprenait et l’aimait. Quel évêque en effet pouvait se vanter d’avoir fêté son anniversaire au milieu de quelques centaines de jeunes qui l’ovationnaient?
Un évêque, un pape est facile à remplacer. Un prophète non.
m.p.
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