Le cours d’orientation et d’initiation professionnelle — une réussite?
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1. Le projet-pilote
Le projet s’adresse à l’heure actuelle à quelque 345 jeunes de 15 à 17 ans inscrits au chômage ou ‚impossibles à placer en formation‘. Tous les jeunes concernés – de l’ordre de 400 pour l’ensemble du Luxembourg – ont été informés par lettre; en l’espace de quelque temps, les places disponibles étaient déjà toutes occupées.
Les bulletins scolaires n’ont pas été pris en considération pour l’admission, seul un genre de ‚bilan scolaire‘ ayant été établi. Après la période d’orientation – 7-8 semaines en général -, des entretiens ont lieu avec les élèves et leurs parents, des test psychologiques sont également organisés avant de passer à la phase dite d‘ ‚initiation‘ aux différents métiers.
L’encadrement des élèves – essentiellement axé sur les contraintes sociales et psychiques de la transition – fait partie des tâches essentielles du projet. Cette action est menée par des éducateurs spécialisés, qui travaillent aussi bien avec les jeunes qu’avec leurs parents et les employeurs – y compris après la fin du cours.
Au nombre des nouveaux équipements figurent des laboratoires de langue. Pour les loisirs, une salle de gymnastique, une salle de bricolage, un laboratoire photo et des tables de ping-pong sont à la disposition des jeunes et moins jeunes.
A la fin du cours, c.à-d. au bout de neuf mois ou d’une année scolaire, les élèves reçoivent une attestation sur leur participation; le contact étroit des éducateurs et psychologues avec les élèves permet d’aider tous les jeunes à chercher une place d’apprenti. Malgré tout, la moitié des jeunes ne peuvent encore être placés; l’encadrement social et psychologique est alors particulièrement important.
Le travail dans les différents ateliers est consacré à l’apprentissage d’aptitudes dans le do-
domaine des métiers artisanaux – sans viser toujours un résultat dans les règles de l’art. P.ex. cette classe de peinture où un élève, sans tenir compte des frustrations de ses camarades, badigeonne d’une épaisse couche de blanc un tableau à peine sec, aux couleurs chatoyantes. ‚Maintenant, c’est mon tour‘, dit-il, ‚commençons par faire place nette.‘
Près de 30% des participants aux cours ne savent pas ce qu’ils feront plus tard; pour 30% des autres, la question n’est pas si importante: ‚L’essentiel est d’avoir un métier.‘ Et un autre renchérit: ‚Une fois que j’aurai l’attestation de ma participation, tout sera de toute façon réglé: j’ai déjà une place d’apprenti en vue.‘
Une indifférence aussi manifeste montre bien qu’il ne suffit pas d’une formation axée uniquement sur une ‚qualification professionnelle‘. L’encadrement socio-pédagogique, y compris au-delà de la fin du cours, doit contribuer à combler le retard dû à la démotivation et à l’impuissance, à l’origine sociale et au handicap cognitif.
Dans les ateliers, enseignement et apprentissage se déroulent comme partout: Un maître, ayant d’ailleurs suivi une formation spéciale de six mois, fait travailler les élèves et discute également avec eux de leurs progrès. Question: ‚Est-ce qu’il arrive également que ce soient les élèves qui vous jugent?‘ Réponse: ‚Non, mais ce serait sûrement drôle.‘ Peut-être serait-ce utile?
‚Des enseignants, qui n’ont jamais rien vu d’autre que les bancs de leur école, forment de futurs enseignants qui ne verront jamais rien d’autre que les bancs de leur école. C’est de la reproduction en vase clos.‘
Gaston Glaesener, chef de projet
2. Témoignages
- un jeune de 19 ans: ‚J’ai quitté le COIP après un an, et j’ai entamé ensuite un apprentissage de menuisier au Centre de Réadaptation à Capellen. C’est le responsable du foyer qui m’avait envoyé au COIP en fait pour y passer un certain temps seulement, donc provisoirement, avant de trouver la possibilité de faire un apprentissage. Au COIP j’ai aussi travaillé dans l’atelier des menuisiers mais je ne crois pas que le COIP m’ait influencé beaucoup en ce qui concerne mon choix. J’étais assez satisfait de ce qu’on m’a appris dans l’atelier, et j’étais content tant que je me trouvais là. Mais j’ai remarqué aussi, après avoir commencé l’apprentissage au Centre de Réadaptation, que le COIP avait de grandes lacunes: c’est que pendant les récréations on s’est trouvé seul, laissé à nous mêmes, et j’ai pris de mauvaises habitudes
comme p. ex. le fait de fumer. C’était d’ailleurs aussi cela qui m’a motivé de quitter le COIP. J’aurais aimé aussi que le contact de l’in-structeur et de l’éducateur vis-à-vis de moi eût été plus intense. Mais en somme on s’y trou-vait tout de même bien tant qu’on y était."
-
un jeune de 18 ans: "Moi, j’étais au COIP il y a maintenant deux ans, j’y étais allé parce que le responsable m’avait dit d’y aller, mais je ne l’ai pas apprécié. Après avoir été dans tous les ateliers je me suis décidé de continuer dans l’a-telier de la peinture. Ce qui était bien c’est que j’ai vu un peu tous les métiers. Maintenant je travaille chez un patron et c’est beaucoup mieux, là je gagne quelque chose et j’apprends beaucoup plus. C’est le fric qui compte. Je trou-ve qu’au COIP on devrait gagner quelque chose et on nous devrait donner aussi un diplôme véritable le papier qu’on nous donne est sans aucune valeur et je ne crois pas que le patron y fasse atten-tion. En tout cas moi j’ai eu du mal à trouver une place chez un patron. Peut-être le COIP est-il un passe-temps qui est bien, mais ce n’est rien d’autre. Moi je déconseille à n’importe qui d’y aller, je lui dirais qu’il ferait mieux de se trou-ver un patron, là il apprend plus et il gagne du fric."
-
un jeune de 16 ans qui aimerait devenir cuisi-nier: "J’ai travaillé pendant les vacances d’été dans un hôtel pour voir un peu comment cela se passe, si je devenais cuisinier. Cela m’a plu énormément, et je me suis bien entendu avec le pa-tron. J’avais tout de même encore peur de commen-cer un apprentissage. J’ai parlé avec les moni-teurs du foyer, ainsi qu’avec le patron de l’hôtel. Il n’était pas sûr, s’il me prenait comme appren-ti, mais il m’a conseillé de travailler d’abord une année dans le C.O.I.P. Là, disait-il, je pourrai déjà apprendre quelque chose, et après il verrait.
Ce qui m’a déplu au C.O.I.P. c’était que j’y étais allé pour apprendre plus sur le métier du cuisi-nier et on m’a obligé de travailler pendant deux mois et demi dans les autres ateliers à Esch. J’é-tais chez les peinturiers, mécaniciens, menui-siers, serruriers etc. Maintenant je suis dans l’atelier des cuisiniers et je trouve que c’est formidable. J’apprends beaucoup de choses que je ne connaissais pas encore. Ici à la maison, je fais des gâteaux et je cuisine toutes les choses que j’ai apprises à l’école. Cette tarte-ci est déjà bien réussie, elle tient ensemble. Je suis content et fier de pouvoir faire le manger et le dessert pour demain.
Je trouve le C.O.I.P. formidable et j’y vais avec beaucoup de joie. Lorsque j’étais à l’école dans la classe de 7e complémentaire, j’ai trouvé cela un jeu d’enfants. Je me lève déjà à 6 heures du matin pour être à 8 heures dix dans l’atelier à Mersch. A l’école nous apprenons aussi des choses importantes pour l’apprentissage. J’espère que je pourrai retourner après chez le patron, pour pouvoir apprendre ce métier.
Je sais qu’il y en a qui trouvent le C.O.I.P. idiot. Beaucoup m’ont déconseillé d’y aller, mais ils sont tous si paresseux et alors c’est partout embêtant. Il faut qu’on ait l’envie et le désir de travailler. Moi, je ferai réclame pour le C.O.I.P."
- un jeune de 17 ans qui aimerait devenir peintu-rier: "… Un apprentissage est très important, sinon on n’arrive pas à assembler quatre murs. Si on n’a pas appris un métier, la paye devient si minime qu’on ne peut penser avoir sa propre mai-
COIP IV 1980-1981
Inscrits à Walferdange: 114 garçons
75 filles
189
Sur 125 stagiaires
46 viennent de fin d’études
14 d’une classe spéciale
6 d’une classe d’accueil
34 du complémentaire
25 d’autres classes
Plus ou moins 4% des jeunes vivent dans un foyer
Stagiaires luxembourgeois: 58,64%
Stagiaires étrangers: 41,36% dont 17,80% de por-tugais
Situation familiale:
73,82% ouvriers qualifiés et non qualifiés
4,71% agriculteurs, artisans, commerçants
8,38% cadres moyens et inférieurs
13,09% sans information
son. Pendant l’apprentissage, je recevrai déjà 3 à 4 mille francs par mois, après quelques années j’aurai assez d’argent sur mon livret d’épargne et je m’achèterai une maison ou un appartement. Je ferai moi-même les réparations, aussi la pein-ture, puisque je l’ai appris. Au C.O.I.P. je vais aussi deux fois pendant la semaine à l’école, lundi on a éducation sociale, et l’après-midi nous apprenons le français et l’allemand. Le vendredi nous discutons du métier et de la formation géné-rale. Le temps passe vite, seul le mercredi est ennuyeux, parce que je ne sais quoi faire quand nous sommes libres.
L’athmosphère au C.O.I.P. est formidable, je connais le responsable assez bien; quand on fait des bêtises, il nous donne une "ruge", on n’a pas à gueuler bêtement, quand on travaille chez un pa-tron, c’est la même chose. Je suis très content de pouvoir venir ici."
- un instructeur: "Je suis content de travailler ici, je peux apprendre quelque chose à ceux qui veulent bien apprendre, mais la plupart de ceux qui sont ici, sont si bêtes qu’on ne peut rien faire avec eux. Le soir, je suis tellement crevé de fatigue, et je suis content quand je peux ré-cupérer pendant les week-ends et les vacances. Je ne travaillerais pas ici, si je n’avais pas tant
de vacances, et si je devais travailler sous la direction d’un patron.‘
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un autre instructeur: ‚C’est un travail formidable que je peux faire ici. Avant de venir travailler ici, j’étais chez un patron et j’y ai aussi formé des apprentis, mais ici je peux travailler beaucoup mieux avec eux. J’ai un assez bon contact avec une grande partie des parents et des responsables. Des fois, le soir, quand les jeunes sont chez eux à la maison, je leur rends visite. Ainsi il m’est possible d’éveiller d’avantage l’intérêt des éducateurs, en faveur du jeune. En ce qui me concerne, je leur impose le même régime que celui qu’ils rencontreront chez leur patron, ainsi ils savent ce qui les attend.‘
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un éducateur: ‚Moi je pense que mon devoir ici, c’est de trouver la meilleure orientation possible, par le contact avec les jeunes et les instruc-
teurs qui sont ici, et de donner aux jeunes la possibilité de développer leurs capacités. Nos possibilités sont restreintes, car la plupart des jeunes qui viennent ici, viennent, parce qu’on les a forcés de venir. Souvent il est très difficile de trouver une motivation quelconque, beaucoup n’ont absolument pas envie de travailler. Nous avons constaté chez beaucoup de grandes lacunes dans leur formation scolaire, 10% au minimum, ne savent ni lire, ni écrire. Nous-mêmes sommes très limités dans nos moyens, ce n’est pas notre devoir de le leur apprendre. Pour la plupart nous trouvons un emploi. Nous contactons aussi les parents et beaucoup de patrons, et nous faisons un suivi après l’année du C.O.I.P. La plupart des garçons et des filles qui sont ici ne viennent pas du milieu pauvre, mais sont plutôt de la classe moyenne (ouvriers, employés…). Je ne sais pas non plus pourquoi les autres ne viennent pas ici.‘
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