1995… pour préparer 1996

Une interview avec Claude Frisoni, coordinateur général de "Luxembourg — ville européenne de la culture 1995"

Dieser Inhalt wurde anhand eines gescannten Dokuments mithilfe von optischer Zeichenerkennung (OCR) und künstlicher Intelligenz (KI) digitalisiert. Er kann Fehler oder Ungenauigkeiten enthalten.

Carlo Schmitz

Une interview avec Claude Frisoni, coordinateur général de "Luxembourg – ville européenne de la culture 1995′

"forum": Au moment où paraîtra cette interview, il n’y aura plus que quelques jours avant que n’ouvrent les guichets pour 1995. Alors, votre organisation est-elle prête? Etes-vous dans les délais?

Claude Frisoni: Si les guichets ouvraient demain, je te dirais non. Aujourd’hui notre principal souci est le recrutement de personnel et la mise au point d’une infrastructure logistique qui soit à même de suivre un événement de cette ampleur. On peut mettre sur scène un artiste génial; si personne ne sait où se trouve le bouton pour éclairer la scène, il ne se passera rien. J’ai un peu l’impression que trop souvent les acteurs culturels négligent cet aspect technique et logistique. La phase qui nous sépare maintenant du mois de janvier doit être consacrée à ça. En principe, on ne devrait plus que s’occuper de logistique et de relations publiques aujourd’hui. En fait, on s’occupe encore de programme, de discussions de fonds. Mais ce n’est pas grave dans la mesure où l’on prend conscience qu’il faut donner au matériel, à l’organisationnel, la place qu’ils méritent. Je sais très bien que si on ne donnait la priorité qu’à ça, en négligeant l’artistique, ce serait encore plus grave. Mais l’artiste a droit à une organisation matérielle à la hauteur de son art et le public n’a pas à se poser des questions sur le fonctionnement, il doit pouvoir bénéficier de l’accès le plus facile possible aux manifestations. C’est pourquoi on a prévu une billetterie centrale, un expo-pass, c’est pourquoi aussi on est en négociations avec les transports communs pour permettre une circulation plus facile. Je pense donc qu’on sera au point le moment convenu. Je le pense parce que tout le monde a pris conscience qu’aujourd’hui il faut y aller, qu’il ne faut plus trop se poser de questions. Les discussions seront pour après.

"forum": N’empêche qu’on a l’impression qu’il y a un manque de personnel énorme. Tous ceux qui

travaillent pour l’a.s.b.l. subissent un stress fou, y compris leurs familles … Si tu dis que l’acteur culturel néglige facilement l’aspect infrastructurel, je me demande si le responsable politique et le fonctionnaire ne négligent pas un peu trop l’aspect préparatif.

Claude Frisoni: Ça, c’est inhérent à la grandeur du Luxembourg: Quand le Luxembourg a la présidence de l’Union européenne, les étrangers disent: mais comment font-ils, ils sont dix fois moins nombreux que nous? Les petites équipes ont l’avantage d’éviter la dilution des responsabilités et de générer une dynamique de groupe dans l’esprit ‚il faut que ça marche‘. Ceci dit, il est vrai qu’aujourd’hui on est beaucoup trop peu nombreux, qu’aujourd’hui aucun de nous ne sait plus ce que sont des dimanches, des jours fériés etc. De plus, cela exige un engagement sur toute une année, voire deux. Les Jeux olympiques d’Albertville, c’est pendant trois semaines un boulot énorme pour lequel on se fait aider par des milliers de bénévoles, alors que nous faisons une course de fonds pendant laquelle il faut sprinter sans arrêt.

Quant à la responsabilité des hommes politiques, je me demande si le fait que ce soit la première fois qu’on organise une manifestation d’une telle ampleur, ne leur a pas fait découvrir, au fur et à mesure, des réalités qu’ils ne soupçonnaient pas auparavant. Le staff de trois au départ a fait un excellent travail avec beaucoup de dévouement, mais il était numériquement trop faible, alors que partout ailleurs, à Copenhague p. ex., ils sont une trentaine pour faire démarrer le projet. Peut-être cette nouveauté de la manifestation a fait qu’on n’a pas tout de suite soupçonné l’ampleur des tâches. Mais il y a eu rectification du tir dans la mesure où un certain nombre de fonctionnaires d’autres administrations consacrent un nombre assez important d’heures hebdomadaires pour travailler avec nous, que ce soit

Carlo Schmitz

au ministère des Affaires culturelles, à l’Inspection générale des Finances, à la Ville etc., sans être détachés à notre service. Il y a les conseillers sectoriels qui font de leur côté un certain travail.

Je crois à une prise de conscience du fait que la résistance humaine a ses limites. Et aujourd’hui on nous autorise d’élargir au fur et à mesure notre équipe, dans les limites et contraintes budgétaires qui tiennent à deux choses: Primo les ressources humaines à Luxembourg sont limitées. Et secundo, au départ on a fait une erreur – et la responsabilité est collective – pour ce qui est de la répartition budgétaire à l’intérieur de la somme globale, on a trop négligé le côté organisationnel au profit de l’artistique. Sur les 875 millions – virtuels, car encore faut-il les trouver – la répartition était: 600 pour l’artistique et 275 pour l’organisation. Or, le Théâtre des Capucins p.ex. a un budget de 22 millions pour le côté artistique et de 50 pour le fonctionnement, et là tout le monde a accepté ce principe. Par contre, si à l’époque quelqu’un avait proposé de donner 450 à l’artistique et 420 à l’organisationnel, on aurait dit que c’est scandaleux. Je suis sûr que j’aurais réagi comme ça.

"forum": Tout dépend aussi de ce qu’on comprend par artistique et de ce qui compte comme faisant partie de la logistique. Dans une exposition p.ex. quel sera l’apport artistique et quelle sera la part de l’organisationnel?

Claude Frisoni: C’est vrai que dans une expo il y a une grande part de logistique, pour les transports, le montage etc. Mais dans l’artistique tel qu’on l’avait conçu au départ, on ne trouve pas les assurances, pas la surveillance, pas la publicité pour ces expositions. Ça s’ajoute donc aux frais prévus.

"forum": C’est pourtant élémentaire …

Claude Frisoni: Quand on prend p.ex. un récital de piano, ce qu’il y a dans l’artistique, c’est le cachet du pianiste. Pourtant il faut aussi un caissier, il faut louer un piano, chauffer une salle, il faut le loger à l’hôtel, payer son voyage, … Et ça n’est pas prévu dans l’artistique. Or, ça fait partie intégrante de l’organisation de la manifestation. Ça veut dire qu’en pratique nous avons dû recourir à d’autres solutions, en collaboration avec les autorités: Pour les surveillances on va peut-être disposer de personnel détaché par l’Administration de l’Emploi. L’Etat prendra aussi directement en charge la réfection du casino, … Côté ville, électricité, frais de différentes salles etc. seront directement prises en charge. D’autre part

certaines sociétés commerciales feront un sponsoring en nature: tel hôtel nous offre autant de nuits, telle société nous donne autant de papier pour grandes photos, une autre met à notre disposition les locaux pour le centre de presse. Pour l’obtenir il faut dépenser de l’énergie, alors que si on avait l’argent, on pourrait l’organiser plus vite et sans longs pourparlers; mais il y a un aspect positif: ça mobilise d’autres gens qui doivent s’investir à leur tour pour l’année. Et le résultat à l’arrivée sera qu’il y aura eu une mobilisation générale des énergies pour un projet, et donc la culture comme facteur de cohésion sociale aura aussi fonctionné sur ce plan-là. Certes, l’organisateur doit dépenser plus d’énergies.

"forum": Mon appréhension, c’est qu’une telle mobilisation pourra se faire pour un grand projet comme celui-là, mais par après tout le monde dira ouf et retombera dans son fauteuil, et il n’y aura pas de retombées à plus long terme, on n’aura pas compris que pour la culture il faut ce genre d’effort de façon beaucoup plus continue. Et on aura montré pendant une année une façade plus ou moins valable, mais qui s’effondrera le 31 décembre. Personne ne verra que ce n’est qu’une façade.

Claude Frisoni: Je ne suis pas sûr. C’est un risque. Bien sûr il se peut qu’on fasse un effort énorme et qu’on soit très content du résultat et qu’ensuite on se repose sur ses lauriers. Mais ce qui peut aussi arriver, c’est qu’on se rende compte des réalités matérielles d’une manifestation culturelle, qu’une telle manifestation doit être organisée avec la même rigueur, le même sérieux qu’une manifestation économique. Deuxièmement il y faut le même professionnalisme, donc il faut avoir recours à des professionnels. Et donc il faut avoir cette approche de respect vis-à-vis de la culture: la culture, ce n’est pas qu’un loisir, la culture, c’est un projet de société pour une communauté, et c’est quelque chose d’important, de rentable. Il ne faut forcément pas que ça ramène de l’argent. La culture est rentable quand on voit que Avignon, c’est certes le Palais des Papes, mais c’est aussi son festival de théâtre; Stratford-upon-Avon, c’est un pur hasard que Shakespeare soit né là-bas, mais la Royal Shakespeare Company, ce sont 1100 employés, ce sont 2000 spectacles sur quatre salles: c.-à-d. on fait fructifier ce patrimoine. L’effort soutenu d’un an sera de faire comprendre cela: parce que les visiteurs, parce que l’attention internationale, parce qu’aussi au fur et à mesure des préparatifs des responsables se sont rendu compte de ça. J’ai vu des fonctionnaires aller à Metz voir l’exposition sur l’Or

des Andes, uniquement pour se rendre compte de l’ampleur de l’organisation qui avait été consenti à Metz. Donc ils apprennent. J’espère ensuite que l’opinion publique apprendra. L’échevin Pierre Frieden dit toujours: ‚La culture n’a pas de prix, elle a un coût.‘ C’est le coût que les autorités doivent consentir, mais c’est aussi le coût que le consommateur culturel doit être disposé à consentir. En 1995, on payera pour la première fois l’entrée aux expositions à Luxembourg; je crois que ça peut changer les mentalités. Qu’ensuite il y ait un tel bruit autour de tout ça, que la culture devienne un sujet de débats, de discussions, voire de polémiques, c’est positif. La culture, ce n’est plus seulement mettre sa cravate le dimanche soir pour aller voir un ballet au Grand Théâtre, mais je vais découvrir des choses que je n’aurais jamais vu autrement. Il peut donc y avoir ce changement en profondeur des mentalités. Mais aussi un nouveau type de partenariat avec les sponsors: les sponsors ne seront plus simplement les gens qui mettent 300 000 francs dans le pot, puis s’en désintéressent, ils doivent accompagner, suivre le projet. A terme, si on veut bien ces acquis-là, il s’agira de savoir comment les gérer, les faire fructifier. C’est Shakespeare né à Stratford et dont on continue à faire profiter la ville.

Il faudra donc faire le bilan. Il serait bien d’écrire un livre blanc sur l’organisation de 1995, avec tout, le positif et le négatif, dans le but d’en tirer des leçons. Ensuite il sera sans doute nécessaire de changer un certain nombre de structures. Un jour le directeur du ministère des Affaires culturelles, un homme qui fait 70 heures par semaine, me dit: ‚A ton avis, qu’est-ce qu’il faudrait de différent au ministère?‘, et je lui réponds: ‚Des hommes.‘ A la Direction régionale de la culture de Metz il y a un directeur, un directeur-adjoint, un directeur du théâtre, un directeur de la musique et de la danse, un directeur du spectacle vivant, un délégué aux arts plastiques, un directeur du patrimoine, un directeur de l’archéologie. Chacun a son domaine et sa relation avec le milieu culturel de ce domaine. Ici, certes, l’équipe extrêmement faible s’est fait renforcer – le budget du ministère des Affaires culturelles a pratiquement doublé dans les dernières années, il faut s’en féliciter -, mais puisque le Luxembourg aujourd’hui semble se décider à dire que la culture est un élément de la cohésion sociale et un facteur qui nous permet de nous projeter dans l’avenir, donc quelque chose d’essentiel et pas seulement

ment des loisirs, alors il faut se donner les moyens d’aller jusqu’au bout. Parfois il faut dire aux politiques ce qu’ils peuvent espérer en tirer: p.ex. que l’image du Luxembourg à l’étranger va changer. Si le Luxembourg est également vu comme un lieu culturel, alors on en tirera quelque chose. Et on en tirera aussi quelque chose pour l’avenir dans la mesure où l’on peut tenir ensemble une société, pas seulement avec du bien-être, parce qu’alors elle se disloquera. La culture est aussi un ciment.

Il faudra que les intellectuels luxembourgeois posent la question en 1996. Je dis souvent qu’un des problèmes luxembourgeois, c’est l’absence d’étudiants. Je ne veux pas dire qu’ils ne devraient pas partir, mais je constate tout simplement que leur absence fait que cette plaque sensible de la société manque. Ce sont des gens qui d’abord remplissent les salles, qui prennent des risques, qui vont voir des choses un peu avant-gardistes, qui ne se contentent pas d’aller voir des valeurs sûres, mais ce sont aussi ceux qui parfois mettent le doigt dans certaines plaies et grattent là où ça fait mal. Comme ils manquent, il se trouve que les intellectuels et les artistes ont le devoir de remplacer les étudiants, ce qui est très difficile, parce qu’ils n’ont pas que ça à faire. Mais il faudrait qu’en 1996 il y ait une discussion du genre: Tant mieux, on a fait 1995, et aujourd’hui qu’est-ce qu’on en tire vraiment?

‚forum‘: N’est-ce pas trop tard en 1996? Dans douze mois le budget de 1996 sera ficelé. 1995 ne s’est pas préparé ces trois derniers mois, mais – beaucoup trop tard – depuis deux, trois ans. Ne faudrait-il donc pas préparer dès aujourd’hui l’après-95?

Claude Frisoni: Mais c’est souvent le cas. Dans mes discussions régulières avec les responsables d’institutions culturelles luxembourgeoises ils me disent que dès aujourd’hui plus rien ne pourra être comme avant et qu’il n’est plus possible d’avoir le même budget qu’avant p.ex. et cela vaut aussi pour les questions de personnel. Je prends l’exemple d’un théâtre public qui fonctionne bien, mais qui n’a personne dans son équipe administrative pour s’occuper des relations publiques. Le Théâtre Populaire de Lorraine à Thionville dépense 250 000 francs français pour faire la promotion d’un de ses spectacles. C’est peut-être abusif, mais ils ont une personne qui fait les relations publiques pour leur

En principe, on ne devrait plus que s’occuper de logistique et de relations publiques aujourd’hui. En fait, on s’occupe encore de programme, de discussions de fonds.

Carlo Schmitz

théâtre alors qu’ici il n’y a pas une personne qui fait les relations publiques pour l’ensemble des théâtres. Dès aujourd’hui cela est terminé. Marc Olinger qui monte le Festival de la convention du théâtre européen, qui est une énorme machine, aura dès le 1er janvier quatre personnes à mi-temps pour travailler en permanence sur le festival et en plus il aura quelqu’un pour s’occuper des ‚public relations‘. Il sait dès aujourd’hui qu’en 1996 il n’aura pas ces cinq personnes-là, mais il ne pourra pas revenir à zéro. Pour quelqu’un qui redoutait cela, c’est un effet pervers. 1996 se prépare effectivement dès aujourd’hui.

Nous sommes tellement engagés dans l’affaire que nous n’avons plus le recul nécessaire pour faire une halte et discuter tout de suite d’une chose qui irait plus loin que 1995. Mais cela devrait être le rôle de ceux que j’appelle les intellectuels luxembourgeois.

"forum": Ce pourrait être aussi le rôle de "forum".

Claude Frisoni: Bien sûr.

"forum": Nous n’allons pas suivre l’année 95 au rythme de l’événementiel.

Claude Frisoni: Ça c’est le rôle des quotidiens.

"forum": Venons-en au plus concret. Dans le dossier distribué à la conférence de presse de Salzbourg, à la mi-août, et à moins qu’il n’y ait eu des modifications notables entre-temps, j’ai cru constater que certains secteurs du programme sont un peu déficitaires. Je pense à la recherche scientifique, qui à mon avis fait partie de la culture, l’histoire n’y figure que par deux petits colloques pour un public restreint, et une seule exposition, sur 1795, le rock, le cabaret manquent également, …

Claude Frisoni: Si, le cabaret y figure, car j’y participe moi-même. Mais le projet n’était pas encore prêt pour Salzbourg. Le cabaret est un bon exemple pour ce qu’on peut obtenir pour après 1995. Il y avait le projet de faire des Journées du cabaret à Bourglinster. J’ai dit au responsable qu’il ne fallait pas le faire à Bourglinster; là-bas on peut organiser la rencontre conviviale, peut-être un débat, mais il faut aller avec le cabaret au Théâtre des Capucins. Il faut à partir de 1995 faire au moins une biennale du cabaret, du café-théâtre, de la ‚Kleinkunst‘. Luxembourg est le seul endroit, où on puisse avoir du ‚Kleinkunst‘ en allemand, du café-théâtre en français, plus une production luxembourgeoise de cabaret en trois langues. Il y a là un créneau à occuper avec un festival régulier. Les Journées du cabaret seront donc organisées du 17 au 20 février 1995 au Théâtre des Capucins, avec la participation de Düsseldorf, Hélène Vita, peut-être de Leipzig, d’un artiste français qui s’appelle Douby, je jouerai un spectacle français et l’entente des cabarets montera ‚Ugeklappt‘ qui sera joué ensuite en cabaret de midi au ‚Villon‘ jusqu’au mois de septembre, puis partira en tournée à travers le pays. Il y aura aussi un cabaret anglais.

Pour ce qui est de la recherche, j’ai rencontré les gens de l’Institut grand-ducal et du Centre Universitaire. Ils avaient un certain nombre de projets, dont on va voir s’ils peuvent être réalisés. Certaines idées sont

venues pour la vulgarisation grand-public, notamment de Monsieur Israël rentrant de Davos, du séminaire pour managers; il y a rencontré des gens formidables et m’a dit qu’il fallait organiser p.ex. des rencontres entre prix Nobel et lycéens, pour leur faire comprendre que la recherche, c’est la vie quotidienne, et que c’est leur avenir. Il est vrai qu’à Luxembourg il y a peu de tradition en matière de recherche …

"forum": Ça dépend des disciplines …

Claude Frisoni: En sciences humaines il y a, mais en sciences pures et fondamentales il n’y a pas. Mais malgré tout ils vont faire le colloque sur le centenaire de Roentgen, le Centre Universitaire rendra hommage au prix Nobel américain d’origine luxembourgeoise Lippman, et il y aura une exposition-colloque sur les nouveaux médias, avec un certain nombre de chercheurs en recherche appliquée de niveau international. En sciences humaines, c’est vrai, le programme est peut-être un peu faible. J’accepte cette critique que certaines disciplines sont un peu défavorisées par rapport à d’autres. Je le reconnais, mais je ne suis pas totalement responsable du programme. Il est vrai qu’il y aura des expositions de beaux-arts extraordinaires, qui vont attirer un monde fou, mais presque toujours patrimoniales (qui montrent le patrimoine de tel ou tel collectionneur). Il n’y pas d’exposition (qui devrait être montée par un commissaire ad hoc) qui confronte les grands courants picturaux des dix dernières années à la production luxembourgeoise, p.ex. Cela se prépare deux, trois ans à l’avance, on ne peut plus la faire.

On va monter plus qu’un festival rock dans la mesure où il n’y aura pas seulement des concerts, mais aussi des workshops et surtout des rencontres avec les écoles de Zurich, de Nancy, de Londres pour montrer que la culture rock est aussi une réalité. Jack Lang avait un directeur du rock à son ministère. Il y a cent groupes rock au Luxembourg. Il y aura aussi un colloque rock!

Pour le jazz plein de choses se feront tout au long de l’année. Mais pour ce qu’on appelle le spectacle vivant, peu prévisible, il y a assez peu, c’est vrai. Mais il y a de choses qui s’ajoutent. Comment promettre des ajoutes alors que je dis à tout le monde, qui m’amène un nouveau projet, que je n’ai plus de budget? Mais dans la mesure où nous parviennent des propositions qui sont encore faisables du point de vue budgétaire et organisationnel, il faut les intégrer. Le British Council vient de nous proposer de faire venir la Royal Shakespeare Company, et comme je vient de la voir à Stratford, je me suis tout de suite dit qu’il faut prendre ça. C’est pourquoi je dis toujours que le programme n’est jamais définitif. Hier encore des gens sont venus nous proposer un music-hall fait avec des jeunes, 250 lycéens de toute l’Europe, qui s’appelle ‚Beetween‘, c’est extraordinaire, il faut à tout prix qu’on puisse le mettre au programme.

Tout ce qu’on doit encore accepter aujourd’hui, ce sont uniquement des projets de ces domaines déficitaires ou qui soient symboliques de notre propos ou de notre originalité. Tout ce qu’on me propose comme concert classique, quatuor-à-cordes etc., je le refuse systématiquement en disant: même si c’est de grande valeur, vous n’avez plus de chance, face aux

Beaucoup plus de Luxembourgeois vont à l’Arsenal à Metz que de Lorrains ou de Sarrois ne viennent à Luxembourg.

grosses locomotives qui sont là et face à l’inflation qu’on risque, de faire votre place. A un sponsor qui vient me demander sur quoi se mettre, j’ai proposé le ‚National Theatre of the Deaf‘, la seule troupe américaine de tournée, qui est donc un théâtre fait par des sourds, mais de très grande qualité.

Le ‚National Theatre of the Deaf‘ a été choisi parce qu’il nous semble que ce n’est pas une troupe de plus, mais parce que ce genre de spectacle mérite à tout prix d’être secouru. Dans les arbitrages que nous avons à faire, à partir des critères techniques, matériels – dans tous les sens du terme – c’est l’argument culturel qui fait qu’entre deux projets celui-là va l’emporter. Mais il y a des projets qui ne peuvent plus du tout être retenus. Je suis convaincu qu’une exposition d’art contemporain dont j’ai parlé tout à l’heure devrait avoir lieu, mais je sais qu’elle n’est plus faisable. Notre critère aujourd’hui c’est le mieux possible à partir des réalités.

Il y a d’autres projets qu’on veut à tout prix rattraper pour des raisons de fonds, qui risquent de chavirer pour des raisons techniques. Il y a, p. ex., une difficulté pour l’exposition de carillons chinois. Notre ambassadeur en Chine me dit de venir à Pékin pour conclure l’affaire, mais je ne peux pas y aller. Au comité je dis: ‚Attention, cette exposition est très difficile à réaliser‘, mais alors c’étaient les autorités qui elles ont mis en avant l’aspect culturel, alors que moi j’avais insisté sur les difficultés techniques (le matériel pèse sept tonnes!). Tu vois que j’apprends tous les jours ici. On apprend surtout à gérer un dossier extraordinaire, et à voir que quelques fois on est trop peu ambitieux. Et notre année culturelle commence à avoir à l’étranger un écho formidable. Raymond Weber me l’a encore dit dernièrement au Conseil de l’Europe. Même là on est impatient de voir ce que ça donnera. Peut-être on est un peu trop modeste à Luxembourg, peut-être parce que tout le monde n’a pas été d’accord sur le fond …

‚forum‘: Est-ce qu’on ne se fait pas des illusions sur la répercussion de l’année culturelle luxembourgeoise à l’étranger. Qui parle encore de Glasgow ou d’Anvers?

Claude Frisoni: Ça c’est une bonne question. Il y a d’abord des capitales culturelles qui sont passées

complètement inaperçues; c’est le cas de Paris, on ne sait même pas qui en a été le coordinateur. Madrid, c’était en même temps que Barcelone et Séville, et c’était trop. Pour Glasgow c’est vrai qu’on en parle peut-être plus, mais à Glasgow il s’est passé quelque chose. Des choses ont changé à Glasgow sur le plan culturel et c’est important pour une ville industrielle en difficulté. Anvers on en a parlé ici, peut-être à cause de la proximité géographique, et parce qu’on allait nous-mêmes devenir ville culturelle. Le problème de Lisbonne, je crois, c’est sa situation géographique: si on prend un rayon de 100 km, il y a 100 km au Portugal et 100 km dans l’océan atlantique: c’est un peu problématique pour rayonner. C’est pourquoi les Portugais ont choisi, je pense, surtout quelque chose pour le Portugal; on m’a dit que leurs expos et catalogues ne sont même pas traduits. Mais ça marche pour eux, ils n’ont pas les mêmes objectifs que nous.

Pour le Luxembourg je crois au rayonnement à l’étranger, parce que d’abord on a cette région transfrontalière dans laquelle on rayonne déjà trop peu: beaucoup plus de Luxembourgeois vont à l’Arsenal à Metz que de Lorraine ou de Sarrois ne viennent à Luxembourg. C’est une chance géographique, historique que dans un rayon de 150 km de Luxembourg on a ces régions qui sont des partenaires et qui nous connaissent trop peu. Il faut nous y faire reconnaître comme un endroit de culture. Et de ça, j’en suis sûr, ne serait-ce que par l’information, la publicité, les contacts avec les institutions culturelles. On aura un soutien-presse sur toute la Lorraine pendant toute l’année qui fera que les Lorrains ne pourront plus ne pas savoir qu’il se passe sans arrêt des manifestations culturelles à Luxembourg. Et j’espère aussi négocier avec le ‚Saarbrücker Zeitung‘ et le ‚Trierer Volksfreund‘. C’est déjà une chose que nous pouvons avoir et que ne pouvaient pas avoir les autres villes culturelles. Deuxièmement il y a le fait qu’on est plurilingue et multiculturel. Je suis en train de négocier avec la CLT un superpartenariat qui fera que toutes les chaînes de la CLT nous soutiendront. C’est vrai que ce sont des médias très grand public, mais ça fait p. ex. que pour notre conférence de presse à Paris Jacques Rigaud mettra à notre disposition sa maison de la rue Bayard et son service de presse. Par rapport à Anvers on a une zone d’intérêt plus importante.

Carlo Schmitz

Carlo Schmitz

Anvers aussi est une ville multiculturelle et frontalière, mais avec une spécificité linguistique minoritaire et avec une exigence de cette minorité linguistique néerlandophone. Donc ils étaient moins motivés par la France. Alors que nous sommes autant motivés pour rayonner en France qu’en Belgique et en Allemagne, sans négliger le reste. Je fais le pari que si on travaille bien, on peut être la première ville culturelle qui ait une écoute comme celle-là. Mais il ne faut pas se faire d’illusions et croire qu’on parlera de Luxembourg comme de Salzbourg, synonyme de musique, et d’Avignon, synonyme de théâtre, mais on aura marqué des points. Et c’est le souci que tu as souligné de l’après-95. Je prends un exemple: Marc Olinger fait la coproduction avec le Théâtre de la Colline de Paris. Je trouve l’idée merveilleuse: mise-en-scène de Frank Hoffmann, comédiens luxembourgeois et français, décors luxembourgeois, … et ça aura un autre effet! Le Théâtre de la Colline n’est déjà pas rien: il y aura des affiches dans Paris etc. Le Théâtre des Capucins n’avait jamais eu l’occasion de faire la coproduction avec un ensemble aussi prestigieux. Entre-temps le TNB de Bruxelles a déjà demandé une coproduction et la Comédie de Saint-Etienne a demandé une coproduction, le Théâtre du Lucernaire a demandé …!

"forum": Ça me rassure.

Claude Frisoni: Ça dépend bien sûr aussi de la qualité des acteurs culturels. C’est aussi simple que ça.

"forum": J’ai toujours eu l’impression qu’au Luxembourg la qualité ne manquait pas, du moins dans certains domaines, mais qu’elle était mal vendue.

Claude Frisoni: C’est sûr. Alors, pour 1996, il y a une idée formidable, c’est la création d’une agence culturelle. Il faut la promotion des artistes luxembourgeois. Ce n’est pas un mini-British Council qu’il faut faire, mais il faut faire quelque chose. Qui à l’étranger peut savoir que ce n’est pas ridicule d’accueillir tel artiste, tel peintre, … il faut donc

l’aborder de manière professionnelle, pas mégalomane. Quand j’étais au Centre culturel français, on a senti le besoin. On s’est dit qu’il faudrait plutôt un centre culturel franco-luxembourgeois. On a commencé à faire des expositions d’artistes luxembourgeois: Lippert, Ney, Schroeder, … Mon conseiller culturel était par chance un historien de l’art qui me disait: c’est fou de voir en un aussi petit espace autant de gens qui ont des choses à dire, mais il faut que ça se sache! Qu’il y ait des artistes qui soient obligés de s’exiler, on peut le comprendre, c’était le cas de Jacques Brel à Paris aussi, mais si tous ceux de qualité ont le choix entre avoir uniquement Luxembourg comme horizon de diffusion – et ça pour un écrivain p. ex. c’est mortel – ou s’exiler, c’est injuste, c’est impossible. Il faut que celui qui reste ait la chance de s’exporter. Là on espère pour 95 – une très bonne idée – la traduction de ‚Schakko Klack‘ en français. L’auteur de langue luxembourgeoise a certes plus de lecteurs au Luxembourg qu’un auteur francophone ou germanophone, mais aucune chance d’exportation. C’est un projet exemplaire. Il faut se demander comment le faire régulièrement à l’avenir.

"forum": Mais il ne faudrait pas que ce soient uniquement des fonctionnaires de ministère qui s’en occupent.

Claude Frisoni: J’ai aussi posé la question: pourquoi le Luxembourg ne louerait pas une salle à Avignon et la mettrait à la disposition des troupes luxembourgeoises; Marie-Leena Juncker y jouerait pendant quinze jours, ensuite Maes pendant quinze jours et ainsi de suite. On pourrait aussi récupérer la diaspora de temps en temps, car il y a d’excellents artistes d’origine luxembourgeoise à l’étranger, Jung à Bâle p.ex. En France l’organisation ‚Juventus‘ réunit tous les ans dix lauréats de grande qualité – c’est le directeur musical du Théâtre de la Ville à Paris qui fait la sélection – et Françoise Groben était dans la première promotion. Ils forment un véritable réseau maintenant. Cette année ils ont une fille qui s’appelle Monique Simon, une soprano, dont le directeur m’a

dit qu’elle est extraordinaire. Il faut profiter de tels talents. Shakespeare est né par hasard à Stratford …

"forum": Précisément dans le domaine du patrimoine culturel national il y a aussi eu des échecs!

Claude Frisoni: Tu penses à Jean l’Aveugle …

"forum": Entre autres!

Claude Frisoni: Oui, et c’est un projet qui doit absolument se faire en 1996. J’allais dire que c’est presque un tant mieux si on peu dire qu’il y aura encore des choses en 1996. Il y a un autre exemple. Au moment où paraîtra cette interview on saura ce qui adviendra de l’opéra de René Mertzig "Lëtzebuerger Rousen". Il ne peut être monté dans des conditions convenables. Mais comme il y aura des travaux au théâtre municipal, j’ai dit que c’est l’opéra rêvé pour la réouverture du grand théâtre. Ce n’est pas grave, si cela n’a pas lieu en 1995, à condition d’avoir la garantie de le faire ultérieurement.

Mais c’est vrai que pour des raisons budgétaires ou autres des manifestations de ce type, et l’expo Jean l’Aveugle en est une, n’auront pas lieu. L’exposition Jean l’Aveugle était une manifestation qui avait l’intérêt de présenter le Luxembourg dans ce qu’il peut avoir de suprarégional, historiquement et aujourd’hui. On peut regretter que les problèmes d’organisation d’une exposition d’une aussi grande ampleur n’ont pas été réglé il y a deux ans. Ça aussi il faudra l’apprendre à travers 1995, que pour faire une exposition il ne suffit pas d’ouvrir les portes, d’accrocher les tableaux au mur et d’accueillir le visiteur. Tout ça n’est déjà pas facile, mais une exposition comme celle sur Jean l’Aveugle demandait une recherche scientifique, des contacts avec les experts, une exploration, un inventaire, le concept de tout l’expo, un catalogue, des publications, … Si une équipe ne peut pas travailler deux ans dessus, avec la meilleure volonté et le plus grand talent du monde, elle ne se fera pas.

"forum": Je crois aussi que les responsables ne se rendent pas compte non plus de l’effet public: Un concert de Barbara Hendrickx coûtera combien par minute et par auditeur qui peut y accéder? Comparez avec une exposition historique et artistique dont le succès est pratiquement garanti – voir les cas similaires en Allemagne ou en France – et la disproportion devient flagrante.

Claude Frisoni: Il y a plus que ça. Barbara Hendrickx qui est une artiste respectable, on pourrait peut-être la voir la semaine d’après à Metz ou à Liège, Jean l’Aveugle non! Barbara Hendrickx, ce n’est rien d’original, de particulier. Deuxièmement, il est beaucoup plus facile d’attirer des gens sur une expo, parce que c’est dans la durée. Un concert c’est pour 960 personnes au maximum; Barbara Hendrickx, à mon avis, est virtuellement ’sold out‘. Or, un touriste qui vient à Luxembourg pour l’année culturelle, viendra surtout pour les expos; il regardera si peut-être il pourra profiter de la soirée pour aller écouter Barbara Hendrickx, mais ce sont les expositions qui le feront se décider. Jo Kox l’a parfaitement compris, qui fait la promotion de l’année culturelle chez les ‚tour operators‘, les agences de voyages etc. Quelqu’un qui viendra trois jours, cinq jours pourra

voir toutes les expos; par contre il ne pourra pas aller écouter tous les concerts: les uns seront déjà complets, d’autres il les aura déjà vus. D’autre part il y a le risque que les quelques très grands concerts feront que les autres concerts de niveau un peu inférieur auront des problèmes pour se vendre, parce que personne n’ira tout écouter.

Ce Casino à la rue Notre-Dame, je rêve qu’en 1996 il devienne une salle d’exposition permanente. Je redoute que d’autres appétits ne soient là pour l’empêcher. Mais si on voit la queue se former rue Notre-Dame, peut-être les politiques comprendront que cette salle est une nécessité durable.

"forum": Ma peur était plutôt que de 1995 resteront certes certains lieux, mais pas une certaine dynamique.

Claude Frisoni: C’est à nous de faire en sorte qu’on n’ose plus aller en arrière.

"forum": Une dernière question plus personnelle: Tu as dû prendre le train en marche. As-tu quand même pu encore donner une empreinte personnelle à la programmation?

Claude Frisoni: Très peu …

"forum": L’idée de fête qu’on retrouve dans le week-end d’ouverture, la veille de la fête nationale etc., elle vient de toi?

Claude Frisoni: Ça c’est nouveau, oui. En arrivant

ici, au mois de février, ou bien je remettais tout à zéro, mais c’était de la folie, ou il fallait dire: j’assume. Or, sur le fond, je n’ai pas d’antagonisme avec mon prédécesseur. On a toujours collaboré. Il y a des divergences sur la tactique: lui, il a insisté sur le dialogue, moi j’ai mis en avant l’idée de multiculturalité, qui me semble être un trait intéressant de l’originalité luxembourgeoise, et qui me permet de dire ’nous‘ tout en ayant un passeport de ‚Heckelranzoux‘. Dire que ce sera une année de culture pour tous, je ne suis pas contre, mais on peut le dire partout, mais dire que Luxembourg est une ville de toutes les cultures, il n’y a que nous qui pouvons le dire. Donc je n’avais pas de contradiction de fond sur le programme avec mon prédécesseur. Mais j’ai toujours dit et je le dirai toujours, moi, je n’aurais pas fait d’appel national aux projets (sur lequel il y a eu consensus à l’époque!). Il allait à l’encontre de ce qu’on veut montrer. Faire croire que tout le monde peut s’improviser organisateur d’une manifestation culturelle, ce n’est pas rendre service à la culture, même si c’est généreux.

Que pouvait être mon empreinte personnelle? De mettre plus en avant cet aspect ‚ville de toutes les cultures‘, qui donne à certains des boutons (ce qui me rassure et me laisse penser que

Requiem

L’année culturelle 1995 nous réservera bien des surprises.

Figurez-vous que la veille de la Fête nationale on chantera le Requiem de Berlioz sur le Pont Adolphe…

Comment? Un Requiem pour la Fête nationale?!?

Absolument…

Pas possible! Le jour symbole de notre souveraineté et de notre liberté, synonyme de joie et de lies-se populaires…

Eh oui…

Et le traditionnel feu d’artifice?

On le tirera sans doute après…

C’est absurde…

Que non. Vu la minutie, le sérieux et la clairvoyance dont ils ont fait preuve pour mettre sur pied l’année culturelle, les organisateurs doivent bien avoir leurs raisons… Lesquelles?

Peut-être célébrera-t-on les funérailles de notre identité nationale, de notre culture bien luxembourgeoise…

Ne suffit-il pas de la mettre en veilleuse, faut-il encore l’enterrer officiellement?

Que sais-je? "Ville de toutes les cultures" oblige…

pl.
in: Lëtzebuerger Wort, 29/9/94

Carlo Schmitz

ce doit être bon). Puis l’idée de fête, et cette idée du pont, le 22 juin, avec Michel Plasson, ancien percussioniste de RTL, et les deux orchestres symphoniques de Toulouse et de RTL, 300 choristes, … qui vont donner le Requiem de Berlioz. Ce sera dur à faire, mais il faut le faire. Ce sera un événement symbolique, populaire, de haut niveau artistique, c’est l’anti-Jean-Michel-Jarre. Et tout le monde autour de moi, les spécialistes, y compris à l’étranger, sont enthousiastes. Et alors je dois lire dans le ‚Wort‘ le billet de Paul Lenners (cf. page précédente). Comment alors continuer à demander à mon équipe de faire 70 heures par semaine? Ça peut être signé Jean-Marie Le Pen, maréchal Pétain, c’est ignoble! Est-ce qu’il a jamais écouté le Requiem de Berlioz? Est-ce une oeuvre triste? Et en plus, le jour de la fête nationale ne vaut-il pas la peine de se souvenir de ceux qui ont construit notre souveraineté et qui ne s’appellent pas forcément Paul Lenners? Mais dans l’autre sens, ça me rassure. On est dans le juste!

Et pour le concert final, l’idée sur laquelle on travaille maintenant, c’est de prendre l’orchestre de RTL – pourquoi toujours l’orchestre de RTL? Parce ce que c’est un ensemble professionnel, permanent, luxembourgeois. Il faut donc enfoncer le clou, pour que plus personne n’ait l’idée de le supprimer, et le mettre en valeur – la Philharmonie de Lorraine, le ‚Speechor‘ de Trèves, un choeur sarrois et peut-être un choeur danois pour faire la transition avec Copenhague, qui

vont interpréter la huitième symphonie de Mahler. Et j’aimerais qu’on fasse ça le jeudi soir, assez tôt, le 21 décembre, qu’il y ait nocturne dans les magasins et que des écrans géants retransmettent le concert dans la ville entière. Même si c’est en plein hiver, les gens seront dehors, parce que c’est avant les fêtes. C’est vrai que cet aspect festif me tient au coeur.

Pour l’ouverture de la ‚Zeltstad‘ Guy Wagner avait prévu la composition originale d’une oeuvre contemporaine de Wilfried Hiller pour clarinettes Kletzmer, avec Giora Feidmann et l’orchestre d’RTL. Une très belle idée, mais je me suis dit: est-ce qu’on ne pourrait pas inaugurer la ‚Zeltstad‘ la veille avec quelque chose de beaucoup plus populaire? Et donc on fait cette Nuit des gitans; j’ai demandé au Folk-Club de s’en occuper. Ils ont trouvé trois vrais groupes gitans. Pourquoi des gitans? Parce que tente dit gitan, parce que c’est une musique entraînante, et parce que la culture gitane est aussi symbolique de quelque chose: et des victimes trop souvent oubliées du nazisme, et de cette culture nomade. Et on va sans doute clore la ‚Zeltstad‘ avec une autre nuit des gitans. Ça c’est nouveau, c’est vrai.

"forum": Merci, Claude Frisoni pour ce long entretien.

L’interview a été enregistrée le 4 octobre 1995 par michel pauly.

Als partizipative Debattenzeitschrift und Diskussionsplattform, treten wir für den freien Zugang zu unseren Veröffentlichungen ein, sind jedoch als Verein ohne Gewinnzweck (ASBL) auf Unterstützung angewiesen.

Sie können uns auf direktem Wege eine kleine Spende über folgenden Code zukommen lassen, für größere Unterstützung, schauen Sie doch gerne in der passenden Rubrik vorbei. Wir freuen uns über Ihre Spende!

Spenden QR Code