L’antisémitisme au Grand-Duché de Luxembourg

Dieser Inhalt wurde anhand eines gescannten Dokuments mithilfe von optischer Zeichenerkennung (OCR) und künstlicher Intelligenz (KI) digitalisiert. Er kann Fehler oder Ungenauigkeiten enthalten.

"L’enseignement du mépris" a aussi été au Grand-Duché de Luxembourg principalement l’affaire de l’Eglise catholique qui n’a pas élevé la voix lorsque les nationaux-socialistes ont promulgué les lois antijuives au Grand-Duché, ont déporté, interné les Juifs dans notre pays à Cinqfontaines, puis dans les camps de concentration et d’extermination. La judéophilie du "Luxemburger Wort" après 1945 a fait tomber dans l’oubli et tabouisé le fait que le quotidien catholique a exacerbé et canalisé, dès le 19e siècle jusque dans les années trente, les préjugés existant de façon latente au sein de la société luxembourgeoise à l’encontre de la communauté juive tout en leur assurant une large diffusion et en leur donnant un fondement théorique.

L’antisémitisme du "Luxemburger Wort"

L’antisémitisme véhiculé par le "Luxemburger Wort" remplit différentes fonctions et obéit au désir d’assurer à l’Église catholique son hégémonie idéologique, menacée par les mutations socio-économiques dues à l’industrialisation, l’urbanisation de la société luxembourgeoise à partir de 1870 et par les bouleversements culturels (telle la laïcisation progressive) qui s’en suivirent.

Le Juif est donc en premier lieu perçu, et en cela le "LW" poursuit une longue tradition de l’Église catholique, comme un agent de déchristianisation menaçant l’homogénéité religieuse de la société luxembourgeoise. Dans un esprit d’intolérance, le judaïsme est dépeint comme une religion visant à établir le règne mondial de l’Église d’Israël. S’inspirant des écrits d’antisémites, tel un Rohling, le "LW" s’adonne à une lecture du Talmud qui fait des Juifs un

peuple dont les chrétiens auraient tout à craindre. L’esprit anti – 89 du "LW" fait des Juifs les agents des idées des Lumières, du libéralisme économique et politique, puis des socialistes, des communistes et des nihilistes travaillant à la destruction des fondements de la civilisation de l’Occident chrétien. Dès le début, le "LW" cautionne "les réflexes de défense" des peuples qui compteraient en leur sein le "corps étranger juif", qu’il s’agisse de la Russie tsariste ou plus tard de l’Allemagne nazie. En affirmant que la réalité est conforme aux aspirations développées dans les "Protocoles des Sages de Sion", les intégristes luxembourgeois cautionnent l’idée que les Juifs aspireraient à la domination du monde sur le plan économique et culturel.

Le discours antisémite ne variera donc pas sur une période qui va du 19e siècle jusque dans les années 40, reproduisant les thèmes récurrents, matraquant toujours les mêmes stéréotypes de la propagande antisémite, qui trouvera son

expression la plus haineuse dans les périodiques de la jeunesse catholique.

Ainsi les 4 et 5 janvier 1888, le quotidien catholique "LW" publie deux articles virulment antisémites intitulés "Le danger qui émane des Juifs" et "Les Juifs – les rois de notre temps". Ces deux articles avaient paru auparavant dans la "Luxemburger Zeitung" éditée à Dubuque aux États-Unis. Ils nous paraissent particulièrement révélateurs de l’attitude qu’adopte L’Église catholique vis-à-vis du judaïsme. Ce sont de véritables archétypes, des matrices, des moules dans lesquels sont coulés tous les articles antisémites des années à venir. Selon le "LW" tous les Juifs se considèrent comme "une espèce privilégiée, comme une race supérieure à laquelle Dieu a promis la domination mondiale". Ils se seraient dispersés de par le monde pour asseoir plus facilement cette domination. Selon le "LW" le Talmud donnerait aux Juifs un droit sur toutes les possessions des non-juifs ou païens. Cela légitimerait

Dans la "déclaration de repentance" de l’Église de France, où les évêques confessent que le silence de l’Église sous Vichy fut une faute, il est dit: "Force est d’admettre en premier lieu le rôle, sinon direct du moins indirect, joué par des lieux communs antijuifs coupablement entretenus dans le peuple chrétien dans le processus qui a conduit à la Shoah… Au jugement des historiens, c’est un fait bien attesté que pendant des siècles, a prévalu dans le peuple chrétien, jusqu’au concile Vatican II, une tradition d’antijudaïsme marquant à des niveaux divers la doctrine et l’enseignement chrétiens, la théologie et l’apologétique, la prédication et la liturgie. Sur ce terrain, a fleuri la plante vénéneuse de la haine des juifs. De là un lourd héritage aux conséquences difficiles à effacer – jusqu’en notre siècle. De là des plaies toujours vives. Dans la mesure où les pasteurs et les responsables de l’Église ont si longtemps laissé se développer l’enseignement du mépris et entretenu dans les communautés chrétiennes un fonds commun de culture religieuse qui a marqué durablement les mentalités en les déformant, ils portent une grave responsabilité… Par voie de conséquence, les consciences se trouvaient souvent endormies, et leur capacité de résistance amoindrie, quand a surgi avec toute sa violence criminelle l’antisémitisme national-socialiste, forme diabolique et paroxysmale de haine des juifs…"

les Juifs de tromper, de voler et de tuer les chrétiens. "Leur perfidie, leur rapacité, leur dureté, leur manie d’opprimer, leur manque absolu d’amour du prochain a fait des Juifs le fléau de tous les peuples et a suscité la haine de ces derniers", conclut le quotidien catholique pour qui c’est l’instinct de conservation des peuples qui les pousse à persécuter les Juifs.

Dans l’article "Les Juifs rois" le "LW" se réfère expressément à l’ouvrage d’Alphonse Toussenel (1803-1885) "Les Juifs rois" qui pendant plusieurs décennies fut l’ouvrage de référence pour l’antisémitisme français. Selon le "LW" les Juifs acquis à toutes les idées libérales et modernes favoriseraient l’esprit révolutionnaire, qui minerait tous les États civilisés en détruisant tel un poison toute croyance positive. Dans chaque révolution, conspiration, les Juifs constitueraient l’élément principal. Les révolutions seraient en outre des temps propices pour leurs rapines, affaires et spéculations. Les meneurs des nihilistes en Russie seraient des Juifs. Cela ne devrait alors pas être étonnant que les Juifs soient déclarés comme portant atteinte à la sûreté de l’État. Le thème du "judéo-socialisme" est déjà utilisé. Ainsi le fondateur et dirigeant des socialistes Karl Marx tout comme Lassale et tous les dirigeants de l’Internationale sont avant tout dénoncés comme Juifs. Le "judéo-socialisme"

va de pair avec la dénonciation du "judéo-capitalisme". Si les Juifs sont selon le "LW" nos maîtres en tant que dirigeants des révolutions, ils le seraient encore plus en tant que rois du capital.

Au vingtième siècle, le "LW" se distinguera à différentes reprises par des articles particulièrement haineux à l’égard des juifs. L’article du 15 juillet 1921 intitulé "Zur Judenfrage" prend position sur ce que l’on appelle "Les Protocoles des Sages de Sion". Si l’auteur de l’article ne prend pas clairement position sur la véracité ou non-véracité des "Protocoles", il laisse néanmoins entendre qu’il y a concordance entre le contenu des "Protocoles" et les événements politiques, sociaux et financiers de la dernière décade:

"Weil nun einerseits die politischen, sozialen und finanziellen Ereignisse des letzten Jahrzehntes in ganz auffälliger Weise mit den Andeutungen und Plänen dieser Broschüre übereinstimmen, weil andererseits der gesamte Inhalt so recht dem Geiste und der Auffassung der internationalen jüdischen Hochfinanz entspricht, so sind nicht wenige Kenner der Verhältnisse geneigt, die Echtheit des Werkes anzunehmen und es als wahrheitsgetreue, ja zynisch offene Anpreisung moderner jüdischer Bestrebungen hinzustellen… Man braucht wahrhaftig die Augen nicht zu verschliessen aus Furcht, als Hetzer und Draufgänger gebrandmarkt zu werden. Man muss

zugeben müssen, dass das Judentum auf dem besten Wege ist, die Welt für seine Zwecke zu erobern."

Le quotidien catholique suit sur ce point la politique du Vatican à l’égard des Juifs. Pierre Pierrard évoque dans son ouvrage "Juifs et catholiques français" la position de Monseigneur Jouin à l’égard des Protocoles des Sages de Sion. Au Vatican, Monseigneur Jouin, pronotaire apostolique, fit paraître la Revue internationale des sociétés secrètes dont l’influence grandit de 1912 à 1932. La lutte contre les entreprises "judéo-maçonniques" y était menée par Monseigneur Benigni, le prélat intégriste. Dénonçant avec une égale vigueur le "péril maçonnique" et le "péril juif", monseigneur Jouin publia dans sa revue une traduction des Protocoles des Sages de Sion, et à l’objection qu’on lui faisait que ceux-ci étaient un faux, il rétorquait:

"Peu importe que les Protocoles soient authentiques: il suffit qu’ils soient vrais; les choses ne se prouvent pas, la véracité des Protocoles nous dépense de tout autre argument touchant leur authenticité, elle en est l’irréfragable témoin."

L’article "Der Vormarsch des Judentums" paru le 17 août 1922 justifie pleinement l’antisémitisme politico-économique. L’on y identifie les Juifs au capitalisme et au libéralisme. Toute lutte contre le capitalisme et le libéralisme est nécessairement selon le "LW" de l’antisémitisme politico-économique pleinement justifiable et légitime puisqu’il s’agirait là de "légitime défense", d’une réaction nécessaire contre une domination écrasante des Juifs. De plus l’ennemi juif se serait hissé de manière insidieuse à la tête du monde de la culture et de l’économie:

"Ziemlich lautlos und unbemerkt hat das Judentum in der kurzen Zeit seit dem Friedensschluss im Kultur- und Wirtschaftsleben der grossen Staaten die führende Stellung erobert."

Cette prise de pouvoir juive s’accompagnerait de l’appauvrissement des classes moyennes catholiques. Le "LW" construit donc ici une bipolarisation assez significative: classe juive – classe moyenne catholique.

Fort du pouvoir économique, les Juifs accapareraient aussi le pouvoir intellectuel. Le "LW" cite l’exemple de l’Autriche catholique où l’enseignement serait en train d’échapper aux catholiques puisque 70 % des professeurs de la faculté de médecine de Vienne sont Juif et donne en exemple la Hongrie qui par pur souci de préserver son identité nationale, établirait un numerus clausus pour les étudiants juifs:

"Ungarn suchte sich des allgemeinen jüdischen Vormarsches im Kulturleben durch Beschränkung der jüdischen Hörerzahl an seinen höheren Schulen zu erwehren. Auf den aufgeregten Protest des organisierten Judentums der ganzen Welt antwortete Bischof Proseska von Stuhlweissenberg in einer glänzenden Parlamentsrede, es handle sich nicht um eine antisemitische Massnahme sondern lediglich um einen nationalen Selbstschutz, indem die Juden, die nur einen kleinen Teil der Nation bilden, nicht das Übergewicht erlangen dürfen."

L’auteur passe ensuite en revue les autres pays européens et les États-Unis pour se lancer dans une véritable démonstration de l’hégémonie juive dans tous les domaines de la vie économique et politique. Walther Rathenau est qualifié de "Mammonarch", le roi non couronné de la France s’appellerait Louis Dreyfus, l’Angleterre connaîtrait une "judaïsation de la grande presse". Quant à décrire la situation aux États-Unis il n’y a selon le "LW" pas de domaine de l’activité humaine où l’influence juive ne serait pas dominante. "Ce que Rome est aux catholiques, New-York l’est pour les Juifs", s’exclame l’auteur.

Pour le "LW" une seule conclusion s’impose: la domination mondiale des Juifs existe bel et bien:

"Angesichts all dieser Tatsachen darf man heute schon von einer Weltherrschaft des Judentums sprechen. Ist es nicht bezeichnend genug, dass an der Spitze des Völkerbundes, der die höchste politische Behörde der Welt darstellt, auf einmal ein Jude erscheint? Niemand weiss warum und woher: er ist einfach da".

Die 1893/94 erbaute Synagoge in der rue Aldringen. Sie wurde 1941 von den deutschen Besatzern zerstört. (Foto: unbekannt, © Photothèque de la Ville de Luxembourg)

Trois articles du "Luxemburger Wort" des années 30 montrent que l’Eglise se débat dans des contradictions inextricables. Tout en condamnant les méthodes d’Hitler pour venir à bout de ce que le "Wort" lui aussi considère comme une hégémonie politico-économique juive, le "LW" justifie néanmoins la finalité de cette lutte qui ne viserait qu’à rétablir la prédominance chrétienne au sein de la superstructure d’une société chrétienne.

Ainsi dans l’article "Das bedrohte Judentum" du 5.9.1932 le "LW" est plein de compréhension pour les peuples chrétiens qui se sont battus contre les juifs au cours de l’histoire pour la purification de la culture chrétienne:

"Es ist eine Tatsache, dass im Lauf der Geschichte die christlichen Völker sich von Zeit zu Zeit für die Reinerhaltung ihrer christlichen Kultur einsetzten. Auch der sozial-wirtschaftlichen Grundlagen ihrer Kultur und der Reinerhaltung ihrer Rasse. Vor allem in Krisenzeiten… Tatsache ist ferner, dass dabei das Judentum als kultureller und rassenmässiger Fremdkörper empfunden wurde… Den Kampf muss das Judentum als selbstverständlich ansehen. Es ist nur derselbe Drang zur Selbsterhaltung, den sie selbst entfalten und zwar mit nachahmenswerter Zähigkeit und Organisation."

Quelle sera la position du clergé luxembourgeois face aux attaques des nationaux-socialistes à l’encontre de la com-

munauté juive après leur arrivée au pouvoir? Le 30 janvier 1933 Hitler est nommé chancelier du Reich par décret du président Hindenburg. Le 28 mars de la même année, la direction du parti nazi lance un appel à toutes les sections du parti de préparer le boycott des magasins juifs, médecins juifs… Est-ce que le boycott du 1er avril va infléchir la position des doctrinaires du journal catholique ?

L’article au titre significatif "Viel Geschrei" du 1.4.1933 ne laisse entrevoir aucun changement qualitatif. Si l’on prend clairement position contre les méthodes brutales employées par les nazis, le "LW" estime cependant que les peuples ont le droit de défendre leur particularisme:

"Das heisst nicht, dass die Völker ihr Recht auf Eigenart preisgeben sollen. Dass sie nicht sogar dafür sorgen müssen, die wirtschaftliche, finanzielle und politische Führung in der Hand zu behalten und nicht den Vertretern eines bestimmten Volks- oder Rassenteils zukommen zu lassen, der zahlenmässig in gar keinem Verhältnis zu ihrem Einfluss steht." Pour le "LW" personne ne saurait nier que ce déséquilibre en faveur du judaïsme aurait pris des formes trop prononcées dans maints pays, l’Allemagne ne faisant pas exception à la règle. "Über eine gewisse Reaktion dürfte sich darum niemand wundern, die Juden am allerwenigsten", argumente le quotidien catholique avant de proposer d’autres remèdes que la violence brutale: "Es gibt andere Mittel als brutale Gewalt und Verfolgung. Es gibt den friedlichen Weg der Reglementierung und Gesetzgebung, der Präventionsmassregeln, der Konfessions- und Rassebestimmungen für gewisse Berufe, die beschränkte Zahl wenigstens im Verhältnis zur Bevölkerungsziffer, vor allem der jüdischen, der Wirtschafts- und Finanzkontrolle besonders in seiner jüdisch-internationalen Verknüpfung."

A partir du 7 avril 1933 une législation antisémite codifiera en Allemagne le statut professionnel, économique des Juifs allemands. La violence à caractère légal contre les Juifs relayera ainsi provisoirement les brutalités du 1er avril 1933.

L’antisémitisme de la jeunesse catholique

L’antisémitisme de la jeunesse catholique est révélateur de l’esprit dans lequel les jeunes catholiques ont été éduqués par leurs aînés. Ainsi la jeunesse catholique des années trente n’est pas seulement pas exempte d’antisémitisme mais par rapport au "LW", les articles des périodiques de la jeunesse catholique, qu’il s’agit du "Wecker" ou de "Jung Luxemburg- Wochenblatt des Verbandes Luxemburger Katholischer Jugendvereine", se caractérisent dans la plupart des cas par un ton plus violent, plus agressif. La présence des Juifs immigrés d’Allemagne, de Pologne ainsi que des Juifs autochtones est dénoncée avec virulence. On s’étonne de la ponctualité de la "racaille judéo-libérale et franc-maçonnique" à élever la voix lorsqu’il s’agirait de dénoncer la persécution des Juifs. On dénonce aussi l’emprise du capital juif sur le monde commerçant luxembourgeois et la culture juive est assimilée à une maladie cancéreuse.

Ainsi dans un article du 13.11.1937, "Jung Luxemburg" voit dans les Juifs une menace pour la liberté spirituelle, la pureté, la morale et l’identité du peuple luxembourgeois:

"Der von diesen Fremden hereingeschmuggelte Geist wird sich krebsgleich einfressen in die gesunde Psyche der Nation und sie zersetzen und zerstören, so wie der Einfluss des semitischen Nomadenvolkes, welches schon seit 3000 Jahren, durch schweren Fluch gehetzt um die Erde irrt, bei allen Völkern, mit denen es in Berührung kam, sich zerstörend, zersetzend und verderbend auswirkte."

En 1935, sous le titre "Untermenschen", le périodique des jeunes catholiques, s’était déjà étonné de la ponctualité de la "jüdisch-freimaurisch-liberalistische Clique" à élever la voix, lorsqu’il s’agirait de dénoncer la persécution des Juifs:

"Wenn irgend ein Land ihnen eins auf die schmutzigen Finger haut, wenn irgend eine Nation endlich hinter das elende Spiel kommt und in gerechter Entrüstung den Schädlingen und Mördern der Volkskraft an den Kragen rückt."

Le "De Wecker rabbelt", feuille d’agitation collégienne, thématisé dans les années trente l’existence d’un danger juif: "Virun e puer Joer huet bei eis nach kaum eng Juddegefor bestaan, mä zënter kurzer Zäit, wou mer lo zum Iwerfloss och nach d’Krisis hun, ass d’Land voll vun auslännesche Judden" et redoute que le Luxembourg ne devienne la poubelle de Hitler: "Musse mir dem Hitler sein Drecksemer sinn? Musse bei eis deselwegten Zodi wi a Deitschland lasgoen, datt hanneno, wann d’Reaktio’n könnt, de Judden, di net derfir können, de Schueden hun?… Mir loszen all méglech Gesindel ran, Nazie, Judden a Kommunisten, an helandsdo nach vill mé knaschtege Päk… Ne’n, un eiser Grenz kann all Schmötz, a Wo’scht vu Pareisser daitsche Judden an anere frei iwer eis Schinnen eralafen." A l’encontre des Juifs, il adresse cette menace: "Mä eppes soë mer de Judden. Wa se gäer hätten, datt et e méiglechst bal grad esou goe soll wé an Daitschland, da solle se nemme roueg esou weiderfuere wei se am gaang sinn. Den Erfolleg bleiwt en dann net aus."

L’antisémitisme d’obéissance catholique se retrouvera sous l’occupation nazie, dans les programmes du mouvement de résistance "LVL" qui revendiquera dans son programme pour l’après-guerre la "liquidation des entreprises juives". Faut-il aussi rappeler à cette occasion qu’à la différence d’autres pays occupés, où les autorités religieuses ont élevé la voix pour protester contre le sort infligé aux juifs, les autorités religieuses luxembourgeoises se sont distinguées par … leur silence. Si dans d’autres pays la population a aidé les Juifs à se soustraire à l’emprise des nazis, un seul cas est connu au Luxembourg, où un Juif a été caché pendant la guerre par une famille luxembourgeoise. A titre de comparaison, rappelons que quelques 3000 refractaires de la Wehrmacht bénéficièrent de la solidarité de la population qui leur fournissait une cachette.

L’antisémitisme de la "Letzebuerger Nationalunio’n"

La "Letzebuerger Nationalunio’n" fut fondé en 1910 par un groupe de jeunes

Grabsteine auf dem alten jüdischen Friedhof in Luxemburg-Clausen (Fotos: Conny Scheel)

étudiants, Alphonse Bervard, Pol Besch et Lucien Koenig. Les nationalistes luxembourgeois s’inspireront fortement du "nationalisme intégral" de Maurice Barrès, de Charles Maurras. Dans le discours des nationalistes luxembourgeois, le Juif est désigné comme l’Autre par excellence, l’étranger, le conquérant, le spoliateur, le capitaliste insatiable, le révolutionnaire au couteau entre les dents, le manipulateur occulte de la classe politique, le nomade.

Déjà en 1916, les nationalistes luxembourgeois, conscients que la petite bourgeoisie fournit un bon terrain à l’antisémitisme, dénoncent les activités des commerçants juifs. En 1918, ils s’en prennent virulment aux Juifs galiciens, qui auraient envahi le Luxembourg, les qualifiant de "vermine" ("Ongeziwer").

En 1920, l’ennemi principal des nationalistes n’est pas "de Preiss", comme le veut une certaine historiographie luxembourgeoise, mais le Juif. Pas moins de trois numéros de "D’Natio’n", périodique de la "Nationalunio’n" sont consacrés en 1920 à la solution de la "question juive". On s’inquiète de la présence de 5000-8000 Juifs résidants au Luxembourg et des dangers que représenterait le "nationalisme juif" pour la collectivité luxembourgeoise: "De jüdesche Nazionalissem wor eigentlech emmer do, mé zenter de lëschte 50 Joer, zenter dat de Napoleon III de Prinzip vun de Nationalitäten opgestallt, ass de jüdeschen Nationalissem an en akut Stadium getrueden, dat all Natio’nen wo Jude liewen, e schw’ert Problém opgét, ons Letzebuerger net ausgeholt. Si gi mat ons an d’Scho’l, dreiwen Handel mat ons, setzen an de Kafféen bei ons, a mir wessen net, datt mir ze dun hun mat den Ugehe’regen vun enger Natio’n, dé ons net ass… D’letzebrger Press huet sech bis haut mat der Judefro esou gutt ewe‘ net beschäftegt; si hitt sech Stellung derzo‘ ze huelen, aus Angscht, d’Annoncen vun den gro’sse jüdesche Wurenheiser ze verle’ren… D’action française huet de‘ hei Idé entweckelt, datt é vun engem Jud e’rescht no sengem Do’d soe kann, op e wirkelech e Franzo’ss wor. Dé Gedanke schéngt richteg ze sin, a mir Nationalisten mussen e jiddefalls festhalen."

On reproduit la brochure de Franz Zach "Das Programm der Reformjuden", qui fait référence à Th. Fritsch, auteur d’un "manuel de la question juive" et dont on retrouve l’influence directe chez Adolf Hitler. (Théodore Fritsch est l’un des dirigeants les plus connus de la "ANTI-SEMITENLIGA" et de la "Deutschsoziale Partei" ainsi que le fondateur de la "Antisemitischen Correspondenz"): "Mit Recht schreibt Th. Fritsch: Man muss auf Grund dieser Gesetze (des Talmud) zur Einsicht kommen, dass das Judentum nicht eine harmlose Religionsgemeinde darstellt, sondern den Charakter einer Verschwörung besitzt. Damit fällt aber eine Voraussetzung, die man bei Erteilung der Staatsbürgerschaft an die Juden hegte. Man hat den Juden in den arischen Staaten die Gleichberechtigung gewährt, ohne ihre Geheimgesetze zu kennen. Man ist von der Voraussetzung ausgegangen, dass die Religion der Juden auf ähnlich sittlicher Grundlage‘ beruhe wie die christliche…".

En outre la "LN" s’inspire fortement des écrits du Dr Rohling qui écrivit en 1871 "Der Talmudjude", et des antisémites français tel Edouard Drumont ("La France juive") ou d’un Urbain Gohier ("La vieille France").

L’antisémitisme de la "Luxemburger National-Partei"

Ce mouvement fondé le 16.10. 1936 fut certes pas très important. Il regroupera beaucoup de futurs collaborateurs de la période 1940-1944. Une des préoccupations majeures de ce mouvement est l’antisémitisme qui s’exprime dans deux hebdomadaires, le "National-Echo" (1936-1937) et la "Luxemburger Freiheit" (1939), et par des tracts. Cet antisémitisme s’articule autour des thèmes suivants:

  • Les juifs luxembourgeois et immigrés menacent l’identité nationale;

  • C’est un antisémitisme économique dirigé contre les "grands magasins juifs" au Luxembourg;

  • Antisémitisme politique: le libéralisme et le marxisme sont l’oeuvre des Juifs et de leurs alliés francs-maçonniques;

  • La publication des "protocoles des Sages de Sion" sert à conforter dans l’imaginaire populaire la thèse du complot, de la conspiration juive.

Ainsi le "National-Echo" du 28.11.1936 écrit-il:

"Wir lehnen uns auf:

  • gegen die leichtsinnige Masseneinbürgerung jüdischer Emigranten

  • gegen die jüdische Hochfinanz, die nichts anderes will als die Vernichtung unserer Industrie, unserer Landwirtschaft und unseres Handels;

  • gegen die jüdische Durchsetzung unserer Obrigkeiten;

  • gegen den jüdischen Grosshandel;

  • gegen den Erwerb unseres Grund + Bodens durch die Juden;

  • gegen den Einfluss jüdischer Banken auf unseren Staat;

  • gegen das Auftreten jüdischer "Künstler" in unseren Kaffeehäusern und im Theater."


L’antisémitisme a donc bel et bien existé au Grand-Duché. La situation carrefour du pays a en outre fait que les théories des antisémites français et allemands du 19e et 20ième siècle ont été relayées au Grand-Duché soit par les intégristes catholiques du "LW" et les organisations de jeunesse catholiques soit par les nationalistes de la "LN", ou bien encore par la galaxie qui gravitait autour des nationaux-socialistes allemands.

Lucien Blau

Bibliographie

Blau Lucien: Histoire de l’extrême – droite au Grand-Duché de Luxembourg au XXe siècle. (Thèse de doctorat, Metz – janvier 1996)

Büchler Georges: "Luxemburger Wort" für Wahrheit und Recht. Aperçu idéologique du catholicisme luxembourgeois (1921-1933). (Mémoire de maîtrise, 1982)

Büchler Georges: Les idées de réforme de l’abbé Jean-Baptiste Esch, rédacteur au "Luxemburger Wort" (1932-1940). (Mémoire de stage pédagogique, 1984)

Cerf Paul: L’étoile juive au Luxembourg. (RTL édition, 1986)

Krier Emile: Deutsche Kultur- und Volkstumspolitik von 1933 bis 1940 in Luxemburg. (Phil. Diss., Bonn 1978)

Als partizipative Debattenzeitschrift und Diskussionsplattform, treten wir für den freien Zugang zu unseren Veröffentlichungen ein, sind jedoch als Verein ohne Gewinnzweck (ASBL) auf Unterstützung angewiesen.

Sie können uns auf direktem Wege eine kleine Spende über folgenden Code zukommen lassen, für größere Unterstützung, schauen Sie doch gerne in der passenden Rubrik vorbei. Wir freuen uns über Ihre Spende!

Spenden QR Code