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Quand j’étais gosse, l’ensemble des élèves du Lycée de garçons Luxembourg allait le jeudi à 8 heures à la messe à l’église paroissiale voisine du Limpertsberg. Comme enfant de choeur, j’avais l’habitude de préparer ladite messe, mais à la différence des messes dominicales de la paroisse, j’avais le droit d’y prendre la parole. Pour m’y préparer, je suivais le conseil de mes prédécesseurs et je me rendais la veille à vélo au 23, avenue Gaston Diderich, où je rencontrais au fond d’un long couloir qui longeait une chapelle un prêtre aux cheveux déjà blancs. Après un court entretien, c’est lui qui me dictait les paroles avec lesquelles j’allais introduire le lendemain les textes bibliques à l’ordre du jour. C’était ma première fréquentation de René Vesque, qui était à l’époque aumônier jésuite de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) à Belair, où il animait tous les samedis une messe pour jeunes avec partage d’évangile. C’est lui qui me fit réfléchir au sens de la liturgie et au contenu des textes qui y étaient proclamés.
Quelques années plus tard, la réforme scolaire de 1968 ayant aboli les messes hebdomadaires des lycées, le groupe de jeunes que nous étions organisait depuis 1970, tous les samedis à tour de rôle, une messe dans une église paroissiale de la capitale et de sa banlieue. Un des rares adultes à nous accompagner était René Vesque, alors professeur au Lycée Michel-Rodange, qui avait fusionné son groupe JEC avec le nôtre. C’est lui qui préparait avec nous les textes bibliques et profanes ainsi que les chants accompagnés de guitares prévus au rendez-vous suivant. Ces célébrations eucharistiques pour les jeunes de la ville n’avaient pas l’heur de plaire à tous les curés et vicaires, de sorte qu’après deux, trois années de rotation, elles eurent lieu chaque samedi soir de façon presque exclusive chez les jésuites à Belair. Fils de vigneron qui ne détestait pas la bonne chère, il partageait régulièrement avec nous non seulement l’évangile, mais aussi le repas qui suivait la célébration liturgique.
Étant donné que nous arrivâmes à comprendre que notre foi ne pouvait se limiter à une expression liturgique, nous lancâmes le Forum80000, qui allait se
pencher sur le sort peu enviable de nos concitoyens portugais pour déboucher en 1979 sur la création de l’Association de soutien aux travailleurs immigrés (ASTI). Nous étions aussi parmi les premiers, en septembre 1973, à appeler au nom de notre foi tous les chrétiens à participer à la grande manifestation de protestation contre l’assassinat de Salvador Allende, président élu du Chili renversé par les militaires avec le soutien d’une frange de catholiques d’extrême droite. Liturgies alternatives et engagement politique ne plurent pas non plus au tout-puissant directeur du Luxemburger Wort de l’époque, qui non seulement refusa assez rapidement de publier l’annonce de nos messes dominicales, mais qui orchestra toute une campagne dans son journal et dans les coulisses du clergé diocésain contre nous et surtout contre René Vesque qui osait continuer à nous soutenir. Il n’était que logique que René participe activement à
Michel Pauly
René Vesque (photo privée)
l’analyse du Luxemburger Wort que nous avions entrepris pour démontrer que sa ligne éditoriale déviait de l’enseignement de l’église catholique en matière de moyens de communication sociale. C’est lui qui réussit à convaincre, et le vicaire général, et l’évêque de l’époque, à nous rencontrer et à essayer de calmer le jeu du côté de Gasperich… En vain, il faut le dire.
Mais c’est également lui qui était aux rotatives pour imprimer tous les mois le Bulletin d’information de la Jugendpor Lëtzebuerg qui annonçait nos messes, diffusait des informations provenant de l’Église catholique auxquelles les lecteurs du Luxemburger Wort n’avaient pas droit et exprimait notre engagement au service des victimes de notre société de consommation. C’est ce bulletin qui, en 1976, allait devenir forum.
En 1969, René Vesque avait également fondé, avec quelques adultes, l’Action formation de cadres (AFC) qui s’engageait dans l’aide au développement, notamment en Inde, grâce à ses relations avec le jésuite indien Francis d’Sa. René Vesque a surtout impliqué des membres de la JEC dans la collecte de fonds pour de jeunes Indiens afin de leur procurer des bourses pour faire leurs études en Inde. Par la suite, le groupe des jeunes a élargi le champ d’action et de réflexion et l’AFC, qui allait devenir l’Action solidarité tiers monde, (ASTM), une des premières ONGD de la place à mettre l’accent sur la sensibilisation et la conscientisation ici et là-bas. Des émanations évidentes de cette initiative sont le périodique Brennpunkt et le Centre d’information sur le tiers monde (CITIM).
Face aux calomnies dont il était victime, René Vesque tira sa révérence : avec son supérieur jésuite, il convint qu’il allait suspendre son appartenance à l’ordre et il trouva un emploi auprès de la Direction de la politique d’aide au développement des Communautés européennes à Bruxelles. Au titre du Fonds européen du développement (FED), il fut en poste au Burkina Faso, à la Jamaïque et en Nouvelle-Calédonie, avant de regagner Bruxelles.
Après sa retraite, qu’il passa dans le midi de la France, il reprit contact avec la rédaction de forum et nous fournit quelques réflexions profondes provenant de ses lectures théologiques et philosophiques. Mais, déçu que forum n’accordât plus la même place au fait religieux qu’à ses débuts, il cessa la collaboration.
Nous ne pouvons oublier son rôle d’éveilleur des esprits de tant de jeunes et bien évidemment son apport dans la création matérielle de ce journal ainsi que son rôle essentiel de « maître à penser » dans la formation intellectuelle et religieuse de ses fondateurs. C’est avec une grande tristesse que nous lui disons « à Dieu ». René Vesque nous a quittés le 15 octobre 2010. ♦
D‘forum-Redaktioun wënscht
senge Lieserinnen a Lieser
schéi Chrëschtdeeg an
e gudde Rutsch an d’neit Joer.
Dat nächst Heft erschéngt den 12. Januar 2011
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