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Combien coûte un litre de lait frais au supermarché ? Combien la livre de beurre ? Il y a à parier que vous, cher lectrice, cher lecteur, à l’inverse de vos (grands-) parents, ne sachiez répondre à ces questions, pourtant simples. A cela il y a une raison, elle est historique : dans les années 1950, l’argent dépensé en moyenne par les ménages pour la nourriture engloutissait plus de la moitié du revenu ; aujourd’hui les dépenses pour la nourriture ne représentent plus que 8-10 % du budget des ménages, boissons et sorties restos compris. Au paysan, on paie actuellement 3 euros et 30 centimes pour un kilo de viande de bœuf (prix carcasse) et un 1 euro 40 centimes pour le kilo de viande de porc. La matière première est mal payée, c’est vrai pour le tiers monde, comme pour le Luxembourg. Surtout qu’en Europe, les produits agricoles sont sous-payés – et ce par un choix politique délibéré au niveau de l’UE – ; ce n’est pas le consommateur qui paie la différence par rapport aux coûts réels, mais, en passant par le système des subventions, le contribuable.
Au risque d’abuser de votre patience, cher lectrice, cher lecteur, encore quelques chiffres : il y a – enfin, il reste – au Luxembourg un peu plus de 2 000 exploitations. Selon le Statec, à peine 8 000 personnes sont domiciliées sur une ferme. Moins de 2 000 personnes sont paysans « à plein temps ». On entend souvent parler « d’exploitations agricoles de taille industrielle ». Et bien, il s’avère que, pour le Luxembourg, cette expression n’a pas grand sens. Au Grand-Duché, à l’inverse d’autres pays européens et malgré une forte tendance à la concentration, la plupart des fermes restent en somme assez petites (autour de 80 ha et de 130 bovins en moyenne) et sont, le plus souvent, exploitées par la famille – comme unité économique – et non pas par des gérants qui feraient exé-
exécuter les travaux de manière prépondérante par des salariés.
Et puis, le paradoxe suivant : Les paysans luxembourgeois sont somme toute des gens riches, mais dont le travail est mal payé. Si, sous forme de machines, de bétail et d’immobilier, ils disposent de
Arcimboldo (1527-1593) : Portrait with Vegetables
beaucoup de capital, ils gagnent moins par heure de travail que la moyenne des travailleurs ayant des compétences professionnelles comparables. Ceux qui profiteront du capital, ce seront les héritiers. Au Luxembourg, l’élément qui influe sur la valeur des terres agricoles, c’est moins l’évolution des prix des produits agricoles que l’évolution du marché de l’immobilier. Or, pour le paysan, la terre est un facteur de production indispensable. Cela explique pourquoi au Luxembourg très peu de paysans font faillite, cela explique aussi – du moins en partie – pourquoi très peu de jeunes se lancent dans le métier.
Pour être franc, l’idée de nous lancer dans ce dossier sur l’agriculture nous rendait légèrement anxieux. Mais le chemin parcouru ces dernières semaines à travers ce surprenant microcosme qu’est le monde agricole – et qu’on vous invite, dans les pages qui suivent, à emprunter à votre tour – nous a ouvert les yeux sur les problèmes de l’agriculture, mais aussi sur les possibilités qui sont les siennes. N’ayant rien à y perdre, mais rien non plus à y gagner, nous avons esquivé les disputes et conflits internes au monde paysan.
Nous nous sommes proposés d’aller droit à l’essentiel. Dans ce dossier vous trouverez donc des articles sur les structures économiques et sociales de l’agriculture luxembourgeoise, sur la dialectique entre agriculture et changement climatique, sur les jeunes paysans, le développement durable, la question des biofuels, la production bovine, les OGM, l’empreinte écologique, la Politique agricole commune (PAC) de l’UE, les labels, la consommation des ressources naturelles renouvelables. Vous y trouverez aussi des contributions sur la grande question bio et de nouveaux paradigmes pour une agriculture et une consommation durables. Un dossier « parallèle » donc, qui permettra de repenser – du moins l’espérons-nous – à moyen et à long terme l’agriculture luxembourgeoise dans son contexte économique, climatique, environnemental, social et international.
Le prix du litre de lait, vous le découvrirez au rayon « produits laitiers », les disputes politico-économiques vous les lirez dans la presse quotidienne ; de l’état des lieux de l’agriculture au Luxembourg, vous en aurez fait le tour après avoir parcouru les pages qui suivent. Bonne lecture ! ♦
Lynn Herr/Bernard Thomas
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