Dieser Inhalt wurde anhand eines gescannten Dokuments mithilfe von optischer Zeichenerkennung (OCR) und künstlicher Intelligenz (KI) digitalisiert. Er kann Fehler oder Ungenauigkeiten enthalten.
(…)
Selon le sens originel du terme et selon l’antique tradition, tout homme peut se dire théologien catholique qui, dans sa théologie, se sait en charge de l’Eglise catholique, et cela veut dire de toute l’Eglise, de l’Eglise universelle, totalisante, entière. Et cela, selon deux dimensions : dans le temps et dans l’espace.
- Catholicité dans le temps : Est catholique le théologien qui se sait lié à l’Eglise entière, donc à l’Eglise de tous les temps. Il ne qualifiera donc pas a priori certains siècles de « non chrétiens » et de « non évangéliques ».
Par contre, un radicalisme protestant (à ne pas confondre avec la radicalité évangélique) risque — par défaut de sens de l’histoire — de vouloir recommencer tout simplement à zéro et donc de ajuter de Jésus à Paul et de Paul à Augustin, de bondir ensuite par-dessus le Moyen Age jusqu’à Luther et Calvin, et, de là, très souvent par-dessus la tradition orthodoxe proprement dite, jusqu’aux Pères de l’Eglise — ou, pour mieux dire, aux chefs d’école — tout récents.
Le théologien catholique, en revanche, partira toujours du fait que l’Evangile n’a jamais manqué des témoins, et il cherchera à apprendre de l’Eglise d’autrefois. Nécessairement critique, il n’oubliera pourtant jamais les bornes-frontières et les garde-fous posés — souvent en période d’urgence et d’extrême danger — par l’Eglise des temps anciens dans son souci et sa lutte pour la foi une et vraie, avec ses credo et ses définitions qui distinguent une bonne et une mauvaise interprétation du message. Jamais il ne négligera les expériences, positives et négatives, de ses pères et frères en théologie. De son point de vue critique justement, le théologien catholique est attentif à la continuité de la foi chrétienne qui persiste en dépit de toutes les ruptures.
- Catholicité dans l’espace : est catholique le théologien qui se sait lié à l’Eglise de toutes les nations et de tous les continents. Il ne s’alignera donc pas uniquement sur l’Eglise de son pays ou de sa nation, et ne s’inslera pas de l’Eglise entière.
Par contre, un particularisme protestant (à ne pas confondre avec le sens évangélique des liens communautaires) est toujours enclin à s’hypnotiser sur l’Eglise locale, sa foi et sa vie, et à se contenter d’un provincialisme
théologique (parfois d’un haut niveau intellectuel).
Le théologien catholique, en revanche, partira toujours du fait que l’Evangile n’a jamais manqué du témoignage d’aucun peuple, d’aucune classe, d’aucune race, et il cherchera à apprendre des autres Eglises. Jamais par conséquent, si enraciné qu’il soit dans une Eglise locale déterminée, il ne rivera sa théologie à une nation, à une culture, à une race, à une classe, à une forme de société, à une conception du monde, à une école déterminée. A sa place spécifique justement, le théologien catholique est attentif à l’universalité de la foi chrétienne.
C’est donc en ce double sens que je voudrais être et rester un théologien catholique et défendre la vérité de la foi catholique.
Toutefois, cette affirmation de sa réalité catholique dans le temps et dans l’espace, dans sa profondeur et sa largeur, signifie-t-elle qu’il faille accepter tout ce qui, au cours de vingt siècles, a été officiellement enseigné, ordonné, pratiqué ? La Congrégation romaine pour la doctrine de la foi et la conférence épiscopale d’Allemagne prônent-elles cette identification totale quand elles parlent de la vérité intégrale, pleine, entière de la foi catholique ?
Non. On ne peut prôner une telle conception totalitaire de la vérité. Car même l’Eglise officielle peut difficilement contester aujourd’hui que, dans l’histoire
de la doctrine et de la praxis catholiques, il y a eu des erreurs lourdes de conséquences qui ont été pour une part rectifiées, même par des papes (de manière tacite le plus souvent) : excommunication du patriarche œcuménique de Constantinople et de l’Eglise grecque, interdiction de la liturgie en langue vernaculaire, condamnation de Galilée et de la cosmologie scientifique moderne, condamnation des rites chinois et indiens et de leur façon de nommer Dieu, maintien de la puissance temporelle médiévale du pape jusqu’à Vatican I par tous les moyens séculiers et spirituels de l’excommunication, condamnation des droits de l’homme, et en particulier de la liberté de conscience et de religion, enfin, en notre siècle encore, les nombreuses condamnations de la nouvelle exégèse historico-critique et condamnations sur le terrain dogmatique, en particulier à propos du « modernisme » (théorie de l’évolution, sens du développement dogmatique), et tout récemment les mesures d’épuration prises par Pie XII — pareillement justifiées par des arguments de haute dogmatique — avec déposition des théologiens les plus importants avant le Concile, tels que Chenu, Congar, de Lubac, Teilhard de Chardin, dont la plupart ont été théologiens conciliaires sous Jean XXIII.
La chose n’est-elle pas évidente : c’est précisément par amour de ce qui est vraiment catholique qu’il faut distinguer. Tout ce qui a été officiellement enseigné et pratiqué dans l’Eglise catholique n’était pas catholique. N’est-il pas vrai que la catholicité se figerait en « catholicisme » si l’on acceptait cette « réalité catholique de fait » (J. Ratzinger), au lieu de la soumettre à un critère. Et ce critère, même pour des chrétiens catholiques, ne saurait être autre que l’Evangile dans son ultime réalité concrète : Jésus-Christ en personne, lequel, pour l’Eglise et — à l’encontre de toutes autres affirmations — pour moi, est le Fils et la Parole de Dieu. Il est et reste la norme à partir de laquelle toute autorité ecclésiastique doit être jugée — si ce n’est contestée ; norme à laquelle évidemment le théologien doit aussi se soumettre et devant laquelle il doit se justifier par une autocritique permanente en toute sincère humilité.
Tout cela signifie que « catholique » ne peut pas vouloir dire
admettre tout, accepter tout par obéissance et par « humilité » mal comprise, pour l’amour d’une prétendue « pénitude », « totalité », « intégralité », « intégrité ». Il y aurait là une déplorable complexio oppositorum, une fatale confusion de contradictoires, du vrai et du faux.
Certes, on a souvent reproché au protestantisme un « trop peu », un choix réducteur. Mais, à l’inverse, on ne peut épargner au catholicisme le reproche d’un fréquent « beaucoup trop », une accumulation syncrétiste d’éléments hétérogènes, erronés, parfois même non chrétiens, païens. Et qu’est-ce qui est pire : le peccatum defectum, le péché par défaut, ou le peccatum per excessum, le péché par excès ? Le théologien vraiment catholique doit avoir l’esprit évangélique, de même que, à l’inverse, le théologien évangélique doit avoir l’esprit catholique. Ajoutons que cela rend, en fait et en théorie, les frontières théologiques plus compliquées que les documents doctrinaux officiels, si effroyablement simplistes, veulent le faire croire, étant souvent si peu révélateurs de la profondeur et de la largeur catholiques. Pourquoi donc est-ce que je reste catholique ? Parce que c’est précisément on le restant que je puis affirmer une catholicité évangélique, centrée sur l’Evangile et ordonnée par lui, et qui n’est rien d’autre que l’authentique œcuméinité, être catholique, c’est donc, au plein sens du terme, être œcuménique.
Mais qu’en est-il du « romain » ? « Catholique romain » est un néologisme tardif et qui prête à malentendu. Encore une fois, je n’ai rien contre Rome ! Mais j’estime que c’est précisément parce que je veux être théologien catholique que je ne puis lier purement et simplement ma foi catholique et ma théologie catholique aux prétentions d’un absolutisme romain devenu excessif à peu près au Moyen Age et depuis lors. D’accord pour une évolution doctrinale et pratique dans l’honneur, mais seulement une « evolutio secundum evangelium », une évolution conforme à l’Evangile. Une « evolutio praeter evangelium », une évolution « en marge » de l’Evangile, peut être tolérée. Une « evolutio contra evangelium », une évolution contraire à l’Evangile, doit être critiquée. Appliquons cela à la papauté. J’ai toujours reconnu et défendu une primauté pastorale des
évêques romains — primauté qui
se rattache à Pierre et à la
grande tradition romaine —
comme un élément de la tradi-
tion catholique ouvert par l’Evan-
gile. Mais le juridisme, le
centralisme et le triomphalisme
romains en matière de doctrine,
de morale et de discipline ecclé-
siastique — qui règnent surtout
depuis le onzième siècle, même
s’il ont été préparés bien avant —
ne sont couverts ni par l’antique
tradition catholique, ni à plus
forte raison par l’Evangile, et ils
ont été critiqués à Vatican II.
Certains de nos cardinaux et
de nos évêques ne veulent-ils pas
voir que, sur des points parti-
culiers de doctrine et de praxis,
ils pensent plus romain que catho-
lique ? Peut-être mon collègue
protestant Walther von Löwe-
nich, spécialiste de Luther et du
catholicisme romain, a-t-il vu
juste, dès le temps des débats
sur l’infaillibilité, quand il a
écrit : « Dans le cas de Küng,
la question décisive n’est pas :
Küng est-il encore catholique ?
Mais plutôt : le catholicisme
s’arrachera-t-il à l’étroitesse d’un
légalisme doctrinal pour une
catholicité authentique ? »
La catholicité, don et devoir,
indicatif et impératif, origine et
avenir. C’est cette tension que
je voudrais continuer à faire de
la théologie, et, toujours avec la
même détermination, rendre in-
telligible le message de Jésus-
Christ aux hommes d’aujourd’hui,
disposé à apprendre et à me cor-
riger pourvu que ce soit dans un
dialogue fraternel et entre par-
tenaires. Je l’affirme ici, à l’en-
contre de toutes les assertions
contraires constamment répétées,
même par la conférence épiscopale
d’Allemagne, je ne me suis jamais
refusé à un tel dialogue, même
avec les autorités romaines, et il
a eu lieu plusieurs fois avec les
représentants de la conférence
épiscopale d’Allemagne comme
avec l’évêque du lieu. Mais, à
l’interrogatoire de l’Inquisition,
qui s’est conféré tous les droits
et n’en a, pour ainsi dire, conféré
aucun à l’accusé, j’ai dû m’oppo-
ser toutes ces années, et cela au
nom du maintien des droits de
l’homme et des chrétiens, comme
au nom de la liberté de la science
théologique. Je dois cela à ceux-
là mêmes qui ont souffert de ces
mesures inhumaines et non
chrétiennes et qui, à ce qu’on
entend dire, en souffriront à
l’avenir. L’Eglise catholique, oui ;
l’Inquisition romaine, non !
in : Le Monde, 16/4/1880
Als partizipative Debattenzeitschrift und Diskussionsplattform, treten wir für den freien Zugang zu unseren Veröffentlichungen ein, sind jedoch als Verein ohne Gewinnzweck (ASBL) auf Unterstützung angewiesen.
Sie können uns auf direktem Wege eine kleine Spende über folgenden Code zukommen lassen, für größere Unterstützung, schauen Sie doch gerne in der passenden Rubrik vorbei. Wir freuen uns über Ihre Spende!