La véritable histoire des papes

Livre de Jean Mathieu-Rosay

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Jean MATHIEU-ROSAY: La véritable histoire des papes. Du royaume des cieux aux royaumes terrestres. Edité chez Jacques Grancher, Paris, 1992, 149 FF.

Je n’ai pu que feuilleter le bouquin de 329 pages plus 4 pages de bibliographie et une table des matières regroupant en trente chapitres la véritable histoire des papes depuis Pierre à Jean-Paul II. Aussi ne suis-je pas en mesure de faire la critique ni même de donner un compte-rendu de l’ouvrage. Tout ce que je désire, c’est de le présenter aux lecteurs de "forum".

Les ‚histoires des papes‘ sont innombrables. En un volume, en 16 volumes, en monographies et j’en passe. Aucune jusqu’à ce jour ne se prétend la véritable histoire des papes. L’auteur le sait fort bien, car "de l’aube de son histoire, l’Eglise de Rome n’a laissé que des images imprécises. Aucune date, aucun nom n’est vérifiable" (p.14). En toute logique le premier chapitre s’énonce: "Les évêques de Rome avant la papauté" et commence par "… le dénommé Saulus, citoyen romain originaire de Tarse déclaré innocent des crimes dont les prêtres de Jérusalem l’ont accusé." Ce n’est que par le biais de ce "petit homme chauve encadré de deux légionnaires" qu’on aboutit à Rome près de Pierre "en ce jour si mal connu de l’Histoire qu’elle ne peut le situer que de façon très

imprécise, entre 43 et 49" (p.12). Voilà pour le début de la "véritable histoire des papes".

Provisoirement elle est close – on s’en doutait un peu – sur Jean-Paul II, premier pape non italien depuis Adrien VI (+1523). Le pape polonais, le "jet-pope", ou en allemand "der eilige Vater", parcourant tous les pays, est caractérisé comme quelqu’un "qui peut à bon droit s’appliquer ce verset de Jean: ‚Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent.’" Ne serait-ce plutôt le pape Woityla qui est connu du monde entier, mais que lui au fond ne connaît que des présidents et leurs épouses, un grand-duc et sa grande-duchesse, des rois et leurs reines, quelque trois-cents évêques et André Frossard. Et évidemment le fondateur d’"Opus Dei" Josémaria Balaguer y Albas, Marquese de Peralta décédé en 1975, qu’il béatifiera le 17 mai 1992. Mais, bien sûr, cette dernière date n’est pas encore de l’histoire. Cependant le code de droit canonique promulgué par Jean-Paul II le 25 janvier 1983, c’est de l’histoire, bien que non mentionnée par l’auteur. Le canon 331 de ce code ajoute à celui de 1917 quelque chose d’aberrant: l’évêque de Rome s’attribuant le titre de "vicaire du Christ." Malgré la foi des chrétiens de tous temps et de toute dénomination professant que le Christ en personne est présent dans toutes ses communautés. Un vicaire du Christ est donc quelqu’un de complètement superflu. Le nouveau code, un oubli de l’auteur? Comme cet autre oubli: l’"Opus Dei", phalange se réclamant du Royaume des Cieux, mais mettant tout en oeuvre pour gagner des royaumes terrestres. Première et pour le moment unique institution élevée par Jean-Paul II au rang de Prélature Personnelle en 1982, avant même que juridiquement une telle prélature ne fût prévue par le droit canonique. Post festum le nouveau code, dans les canons 294-7 s’est ajusté sur les besoins de l’Opus Dei. Cette oeuvre se réjouit de passer inaperçue aux yeux des historiens contemporains. Mais il semble bien qu’arriveront les temps où aucun chrétien ne pourra s’excuser de son inadvertance. Puisque l’Opus Dei est une institution redoutablement rétro, d’une influence toujours grandissante dans les milieux vaticans, avec la prétention, appuyée par Jean-Paul II en personne, d’être le saint reste de la vraie église. L’historien n’a-t-il pas sa vocation de prophète, comme Ignaz DÖLLINGER lorsque le premier concile de Vatican s’apprêtait à définir le dogme du primat de juridiction et de l’infaillibilité des papes?

Jean MATHIEU-ROSAY sait raconter l’histoire. Il fallait m’arracher à la lecture. On se retrouve facilement dans le livre, car les noms des papes dont traite la page se trouve en gros caractères en marge. En feuilletant on trouve le monsieur qu’on cherche. Pourtant il faut être attentif: ainsi l’auteur du fameux "dictatus papae" cité en quelques sentences, ainsi que le nom de son adversaire Henri IV, antagonistes dont

tout le monde se souvient à l’évocation de… Canossa, Grégoire VII figure en marge sous le chiffre de Grégoire III. Sont portées manquantes également les dates de Jean XXIII (1410-1415; +1419) et de Callixte III (1455-1458). Voilà pour les quelques coquilles, remarquées en feuilletant, à part celles déjà corrigées par la main de l’auteur dans l’exemplaire qui m’a été prêté. Mais bien sûr, trouver des coquilles aurait été la besogne du correcteur.

Il me semble qu’aux lectrices et lecteurs voulant se renseigner rapidement sur ‚la véritable histoire‘ de l’un des papes, l’ouvrage de Jean MATHIEU-ROSAY rende de très bons services. Car l’Histoire qu’il

raconte n’est pas l’histoire ‚officielle, pour l’édification des peuples, mais l’autre, la vraie, pour les initiés‘. C’est l’auteur lui-même qui l’affirme dans sa préface à laquelle il donne le titre: En guise de ‚Carré blanc‘. ‚Pour adultes avertis? C’eût été injure aux lecteurs, en supposant leur foi bien fragile.‘ C’est l’histoire de messieurs les papes qui ‚ont reçu les clefs du Royaume des cieux. Plusieurs en furent gardiens fidèles. D’autres préférèrent les utiliser à crocheter les serrures des royaumes terrestres.‘ (Postface en couverture.)

Kirchberg, le 29.2.1992 Jupp WAGNER

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