Quand j’entends le mot culture…
A propos du dernier film de l'AFO
Dieser Inhalt wurde anhand eines gescannten Dokuments mithilfe von optischer Zeichenerkennung (OCR) und künstlicher Intelligenz (KI) digitalisiert. Er kann Fehler oder Ungenauigkeiten enthalten.
Après "Wat huet e gesot?", "Congé fir e Mord" et "Klibberkleeschen", mais aussi un nombre assez élevés de courts métrages très appréciés et un documentaire original sur la Bibliothèque Nationale ("D’Bichlerbank aus der Enneschtgaass"), l’AFO vient de produire et de réaliser sa dernière oeuvre "Mumm, Sweet Mumm".
L’histoire devrait être connue: un Américain, dont la grand-mère d’origine luxembourgeoise avait tenu un rôle dans la "Mumm Séis" de Dicks, arrive au Grand-Duché pour voir enfin cette pièce dont il a si souvent entendu fredonner les chansons. Devant l’indifférence des milieux concernés, il lance un concours: 5 millions pour qui mettra en scène la meilleure "Mumm Séis". Plusieurs équipes jouent le jeu et le résultat est parfois surprenant.
A l’origine du projet il y a une commande du Ministère de l’Education et du Ministère des Affaires Culturelles qui vou- laient un document sur les activités culturelles à Luxembourg. L’AFO (composée pour l’essentiel de Maisy Hausemer, Paul Scheuer et Georges Fautsch) a donc cherché et trouvé un prétexte qui leur permettrait de faire d’en faire le tour. "Mumm, sweet Mumm" touche, outre bien sûr au théâtre et à la musique, au cinéma, à la télévision et aussi, indirectement, aux arts plastiques puisque les décors jouent un rôle de tout premier plan.
Pourquoi "Mumm Séis", pourrait-on se demander. Pourquoi pas? Peu importait l’histoire du moment qu’elle permettait des interprétations très différentes et soit assez vieille pour permettre une vision totalement nouvelle.
Contrairement à ce qu’ils ont fait dans leurs courts métrages, plus ambitieux, les membres de l’AFO n’ont jamais prétendu faire des oeuvres intellectuelles de leurs longs métrages. Les deux premiers ("Wat huet e gesot?" – premier long métrage en langue luxembourgeoise- et "Congé fir e Mord") se veulent des films populaires sans autre objectif que d’amuser le grand public en lui tendant un miroir à peine déformant. "Klibberkleeschen" allait un peu plus loin puisqu’il s’agit en fait d’un "documentaire" avec une approche très spéciale. "Mumm, sweet Mumm" est un peu à part. L’AFO voulait apparemment satisfaire la commande de l’Etat tout en profitant de l’occasion pour réaliser un film grand public. Soulignons cepen-
dant que leur description du milieu culturel à Luxembourg mélange éléments réels (l’orchestre de RTL, le "Hei Elei", la Cinémathèque, etc.) et éléments dus à l’imagination des scénaristes (la troupe avant-gardiste, la comédie musicale…) ce qui peut prêter à confusion. On n’est pourtant pas obligé de regarder "Mumm, sweet Mumm" aussi sérieusement. J’y vois plutôt des "variations sur un sujet donné", sorte de figure imposée qui a permis aux gens de l’AFO de délirer sur un sujet qui leur tient à coeur puisqu’ils en font en quelque sorte partie.
Disons-le d’emblée, le film est constamment drôle, débordant d’imagination. Sans être véritablement du cinéma pur et dur, ce n’est pas non plus le "théâtre filmé" qu’on a trop souvent vu à Luxembourg, défaut que n’évitait ni "Wat huet e gesot?" ni "Congé fir e Mord" et écarté cette fois grâce au montage alterné (entre les répétitions des différentes troupes) et à la multiplications des décors et des styles.
C’est là le point de vue que j’ai défendu autre part(*) et que je soutiens toujours: "Mumm, sweet Mumm" est un film enthousiasmant qui brosse le portrait légèrement ironique d’un milieu particulier en se moquant à l’occasion – gentiment, comme le fait toujours l’AFO – d’une mentalité assez typiquement luxembourgeoise. Le cinéma luxembourgeois n’est pas assez riche pour bouder ce film qui n’est peut-être pas le plus achevé mais certainement un des plus originaux et des plus divertissants de son histoire.
La principale faiblesse du film est d’ailleurs inhérente à son sujet: portraitant un milieu assez restreint dont les réalisateurs font eux-mêmes partie, "Mumm, sweet mumm" contient un grand nombre de clins d’oeil que ne comprendront que les initiés. Il en va ainsi par exemple de la scène de la conférence de presse où sont rassemblés les journalistes auxquels l’Américain doit exposer son projet. Ces journalistes sont tous interprétés par de "vrais" journalistes (de cinéma pour la plupart), jouant en quelque sorte (plus ou moins bien) leur propre rôle. La scène est évidemment très drôle pour qui connaît Jemp Thilges ou Josiane Kartheiser mais elle est uniquement informative pour le grand public. De même, les petites et grandes manies des personnes jouant peu ou prou leur propre rôle dans le film ne frapperont guère ceux qui ne les connaissent pas. Il reste bien évidemment assez
Le film est constamment drôle, débordant d’imagination.
de gags et de moments drôles pour le public, n’empêche que toute une dimension du film échappera à 90% des spectateurs.
Si une partie des allusions à la pièce proprement dite, sera ignorée par ceux qui ne connaissent pas la "Mumm Séis", l’AFO a en revanche réussi à surmonter un handicap majeur: il s’agissait en effet de faire en sorte que même quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de la pièce de Dicks puisse suivre la trame du film. Pari tenu remarquablement puisque l’histoire de la pièce est racontée par petits bouts qu’au fur et à mesure que progressent les répétitions.
Une autre critique souvent formulée à l’encontre du film concerne la construction: certaines scènes semblent gratuites; non nécessaires à l’évolution de l’histoire, elles sont insérées dans le film et ressemblent parfois à de "l’art pour l’art". Elles sont toujours drôles et il est possible que les scénaristes n’aient simplement pas voulu éliminer une excellente idée. L’exemple le plus frappant est probablement celui du cocktail. Un homme prépare, en se lamentant sur la situation des artistes, un cocktail très très compliqué qui prend tour à tour toutes les couleurs de l’arc-en-ciel (il me semble même qu’à un moment il est rouge-blanc-bleu). L’opération dure bien cinq minutes mais après maints ajouts d’alcools divers le liquide final est simplement transparent! Le ‚barman‘ le tend au client et ouvre pour lui-même une banale bouteille de bière. A l’image cette scène est comique mais elle n’intervient nullement dans la trame du scénario (qui
est le barman et que fait-il là?). Elle est encore plus amusante quand on sait que le barman est Marcel Wengler, compositeur luxembourgeois qui travaille souvent pour le cinéma, et s’il se plaint des problèmes financiers auxquels doivent faire face les artistes, il sait probablement de quoi il parle. Il s’agit donc là d’une scène mal insérée dans le scénario, dont le gag, par ailleurs excellent, se double d’un ‚private joke‘.
On peut aussi avoir des réserves sur le jeu des acteurs (malheureusement, on peut en dire autant sur pratiquement tous les films luxembourgeois) ou sur le rythme, parfois déséquilibré. On peut regretter que le film ne soit guère exportable (les non-Luxembourgeois, ne connaissant absolument pas la situation, ne comprendront rien du tout).
Il n’empêche que l’AFO avait fait un pari osé, celui du mélange des genres et des arts. Malgré toutes les critiques formulées ici et ailleurs, je persiste à penser qu’ils l’ont réussi au-delà de toutes espérances. Il est évident que la prochaine fois l’équipe devra prouver qu’elle peut faire un film avec des moyens (financiers et techniques) professionnels. La qualité du cinéma luxembourgeois est en train de s’élever. Nous pouvons enfin nous mesurer à nos voisins. Déjà, certains de nos jeunes cinéastes lorgnent vers l’étranger et commencent même à y prendre pied. Bientôt, l’amateurisme, même excellent, même de haut niveau, ne sera plus suffisant.
Viviane Thill
(*) Tageblatt du 26 octobre
Als partizipative Debattenzeitschrift und Diskussionsplattform, treten wir für den freien Zugang zu unseren Veröffentlichungen ein, sind jedoch als Verein ohne Gewinnzweck (ASBL) auf Unterstützung angewiesen.
Sie können uns auf direktem Wege eine kleine Spende über folgenden Code zukommen lassen, für größere Unterstützung, schauen Sie doch gerne in der passenden Rubrik vorbei. Wir freuen uns über Ihre Spende!