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L’image de la femme dans quelques productions récentes.
1) Un petit retour en arrière
Alors que les années 70 étaient celles de la libération de la femme, le cinéma – et en premier lieu le cinéma américain – n’a pas suivi le mouvement. C’est la décennie des losers, des paumés, des marginaux, une époque où les hommes tournent en rond dans des "road movies" désespérément masculins. Les noms qu’on retient sont ceux de Dustin Hoffman, Al Pacino, Jack Nicholson, Robert de Niro, les images celles du Nid de Coucou, de "Five Easy Pieces", de "Scarecrow" ou de "Midnight Cowboy". La déchéance ne sied guère aux femmes. Il y a bien celle qui quitte mari et gosses pour s’élancer sur les routes avec un simple d’esprit ("Rain people" de Coppola, c’était déjà en 1969) ou la "Femme libre" de Mazursky mais elles font figure d’exception. Pour comprendre vraiment le sort réservé aux femmes au cours de ces années de contestation et de mise en question des valeurs établies, il suffit de voir le portrait affligeant qu’en fait Bob Rafelson dans "Five Easy Pieces", un des films-cultes de ces années-là. Femme-poupée, éternellement attachée aux basques de son mari, incapable de comprendre les besoins de ce dernier et par-dessus le marché bête à en pleurer, voilà l’image qu’avait les "révolutionnaires" des années 70 de la femme!
Les années 80 nous a attribué un rôle plus valorisant – en apparence! Si elles ne sont pas complètement absentes (notamment de tous les films de flics!), les femmes sont propriétaires de galerie, médecins, avocates, mais bien qu’indépendantes financièrement et intellectuellement, elles doivent presque immanquablement être sauvées d’un danger quelconque par l’homme "fort" à la fin du film. Il suffit d’entendre les ricanements suscités par une scène dans "Criminal Law" dans laquelle la femme se défend seule (l’homme arrive trop tard!) pour comprendre à quel point ce genre de situations est encore inhabituel. Et lorsque par hasard, elles essaient d’être libres malgré tout, elles sont horriblement punies à la fin ("Fatal Attraction") ou du moins incitées à regagner le foyer familial après avoir été sauvée d’une mort certaine par leur (ex-)mari ("Die hard" ou "The Abyss" où l’homme va littéralement récupérer sa femme aux royaume des morts). Car dans les années Reagan où l’on célèbre la famille comme seule valeur morale et refuge contre toutes les détractions de la vie, la femme indépendante (= qui n’a pas besoin d’un homme pour se défendre) constitue un danger public.
Il y a des exceptions: Sigourney Weaver sera la seule survivante dans "Alien", tous les hommes ayant été tués, Christine Lathis dans "Housekeeping" vit en marginale et, fait inhabituel, elle revendique cette marginalité, ne la considère pas comme un handicap et n’est pas punie à la fin, pas même forcée de s’adapter! Meryl Streep a joué aussi quelques personnages plus forts même si elle n’évite pas toujours le mélodrame. Ce sont là pourtant des exceptions bien rares dans un paysage cinématographique essentiellement masculin où les vedettes (mise à part Meryl Streep déjà citée) s’appellent Harrison Ford, Mel Gibson, Bruce Willis, Tom Cruise, etc.
2) Le vent a-t-il tourné?
Or voilà qu’à l’aurée des années 90, le climat devient soudain plus favorable aux femmes. Elles ne sont plus simplement belles (accessoirement intelligentes) et elles ne servent plus seulement de faire-valoir à la force des hommes. Depuis quelques mois, un nombre de plus en plus grand de films ont pour personnage central une héroïne caractérisée par des traits qui ne dépendent plus seulement de son sexe. Même si elles jouent un rôle secondaire, leur apport dans l’histoire a changé. Dans "Sea of Love", Ellen Barkin est une femme "libre". C’est elle qui drague Al Pacino et le prend finalement avec une violence rare. On sait que cette femme (qui paraît fort dangereuse!) change souvent de partenaires, qu’elle ne rêve pas à une vie familiale, qu’elle revendique sa liberté et pourtant, elle ne sera pas punie. Au contraire, le méchant de l’histoire (le tueur fou) est celui qui prétend défendre la morale en éliminant tous ceux qui ont une conception moins stricte de cette dernière.
Dans "The fabulous Baker Boys", autre succès du box office, la femme est également un personnage fort qui a choisi sa voie en toute connaissance de cause. Michelle Pfeiffer réussit l’exploit d’être à la fois sex-symbol (la fameuse scène sur le piano est d’ores et déjà entrée dans les annales de l’histoire du cinéma) et d’exister par d’autres traits. Elle ne cherche pas à séduire à tout prix, ne rêve pas de bijoux et d’une grande garderobe. Elle a d’autres désirs, d’autres envies qui ne doivent rien aux clichés habituels et qui ne nous seront d’ailleurs pas toujours révélés, un des mérites du film étant de laisser aux personnages, et notamment à Susie, une part de mystère.
Même un film aussi conventionnel que "Steel Ma-
gnolias" fait finalement la part belle aux femmes. Bien sûr, les "films de femmes" sur les amitiés féminines existent depuis longtemps et les portraits des femmes du Sud des Etats-Unis, à la fois fragiles et déterminées, nous sont familiers depuis Scarlett O’Hara. "Steel Magnolias" fait d’ailleurs une fois de plus l’apologie de la famille et de la communauté, mais, grâce peut-être aux interprètes, les personnages sauvent la mise et s’intègrent plutôt bien dans le contexte du cinéma moderne.
Comme par hasard, le premier film soviétique d’après la perestroïka sorti à l’Ouest raconte les états d’âme d’une adolescente ("La petite Véra"). Deux festivals qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre ont présenté un nombre étonnant de films centrés sur un personnage féminin. Au Festival des trois continents à Nantes, consacré aux films du Tiers Monde, beaucoup de films traitaient du problème des femmes confrontées à des traditions patriarchales et anachroniques. Au Festival de Berlin, de nombreux films, venus des quatre coins du monde, tournaient autour d’une femme. Outre "Steel Magnolias", le plus éclatant a sûrement été "The War of the Roses" dans lequel la femme; mariée depuis 18 ans, mère de deux beaux enfants et épouse d’un mari formidable, refuse soudain de jouer le jeu et décide d’attaquer. Et à ce jeu-là, c’est elle qui est la plus forte! Ironiquement, son mari se laisse piéger à chaque fois qu’il fait confiance aux clichés du cinéma reaganien selon lesquels la femme serait douce, fragile et amoureuse. Or, Barbara n’est rien de tout cela et elle ira jusqu’au bout pour en faire la démonstration.
Sonja refuse aussi les clichés. C’est la fille terrible ("Das schreckliche Mädchen" – le titre sous-entendant un jugement moral) de Michael Verhoeven, également présenté à Berlin. Elle s’attaque seule à toute une ville de la province allemande, cherchant à découvrir le secret du passé (nazi). Tous, y compris son mari (qui l’abandonnera pour aller travailler à Munich) lui répètent qu’elle ne peut pas faire ci ou ça et l’une des choses qu’on lui reprochera le plus souvent, c’est de "négliger" ses enfants, de ne pas être une "bonne mère" parce qu’au lieu de se consacrer toute entière à l’éducation de ses gamins, elle s’intéresse à des choses qui, dit-on, ne la regardent pas. Mais Sonja considère qu’il est de son devoir de dire la vérité aux enfants et elle ne veut pas leur léguer un monde où règnent le mensonge et la honte. Sonja ne correspond en rien aux clichés de la femme (si Verhoeven fait allusion à ces clichés, c’est pour s’en moquer allègrement, comme dans l’épisode des années de jeune fille de Sonja) et c’est pourquoi elle provoque, pas seulement ses contemporains mais apparemment aussi les censeurs des années 90 puisque l’affiche du film a été interdite en Bavière (soi-disant parce qu’elle Lena Stolze y figure nue, mais gageons que là n’est pas la seule raison ou alors il faudrait retirer de la circulation bon nombre d’affiches!)
Dans "Music Box", Jessica Lange est également à la recherche de la vérité. L’actrice, classifiée comme sex-symbol depuis les remakes de "King Kong" et "The postman always rings twice", s’est évertuée à banaliser son apparence car l’avocate qu’elle inter-
prète n’est pas, dit-elle, une femme sur laquelle on se retourne. Autrement dit: elle ne voulait pas que le physique caractérise d’emblée le personnage. Elle se fait ainsi le porte-parole d’une génération nouvelle: celle des femmes qui ne n’obéissent pas aux canons de beauté habituels: Glenn Close, Holly Hunter ou Sigourney Weaver ne séduisent pas vraiment par leur physique. Mais elles ont de la personnalité à revendre et ne s’en laissent pas compter. Même Holly Hunter dans "Always" affiche une maturité certaine.
Toutes ces femmes (exceptée peut-être dans le dernier film cité) agissent au lieu de fournir le prétexte aux actions des hommes. Les hommes ont d’ailleurs bien du mal à suivre (voir Michael Douglas dans "The War of the Roses"!) et on a parfois l’impression que ces femmes trop sûres d’elles les désarçonnent. Elles n’en deviennent pourtant pas des êtres asexués pour autant (Ellen Barkin en est l’exemple le plus éclatant)!
Il ne reste qu’une seule ombre au tableau: la plupart de ces films sont toujours tournés par des hommes! Pourtant, là aussi, il y de l’espoir: il semble bien en effet que beaucoup de premiers films soient aujourd’hui réalisés par des femmes. Les oeuvres que nous avons pu voir aux festivals et notamment à Berlin ("Krokodilen in Amsterdam" de la Néerlandaise Annette Apon ou "L’homme imaginé" de Patricia Bardon) manquent encore de maturité. En revanche, le documentaire de Nina Rosenblum "Through the wire" fait un portrait saisissant et très fort de trois femmes retenues dans le QHS d’une prison américaine. A suivre donc…
(Il va de soi qu’il ne s’agit ici que de réflexions sommaires sur un nombre limité de films. La plupart de nos remarques nécessiteraient un approfondissement pour lequel nous n’avons malheureusement pas la place ici. Les contre-exemples sont d’ailleurs nombreux. Nous avons seulement voulu témoigner d’une tendance assez nouvelle qui semble se confirmer ces derniers temps.)
Viviane Thill
Kathleen Turner et Michael Douglas dans la Guerre des Rose, de Danny de Vito.
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