Looking for Cannes

49e festival de Cannes

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Des confirmations, quelques surprises, plusieurs déceptions, peu de découvertes mais finalement beaucoup de plaisir, tel pourrait être résumé le bilan de ce 49e festival de Cannes. Le palmarès a fait (presque) l’unanimité, les stars, quoi qu’on en dise, sont venues, les sections parallèles ont joué leur rôle d’alternative aux productions à prestige de la Compétition, et l’Europe a raflé (comme l’année dernière) les prix les plus prestigieux.

Le festival 1996 aura été celui des grands noms. Parmi les 23 films en compétition, quatre seulement étaient signés par des réalisateurs peu connus du grand public, un seul était un premier film, mais produit par le célèbre acteur-réalisateur Nanni Moretti. Pour le reste, le responsable du festival, Gilles Jacob, pouvait se vanter d’avoir attiré sur la Croisette la crème des cinéastes d’aujourd’hui, parmi lesquels pas moins de quatre réalisateurs (Altman, les frères Coen, Chen Kaige et les Taviani)¹ ont déjà remporté une Palme d’Or. Même les sections parallèles regorgeaient de noms connus: on retrouvait ainsi dans la Quinzaine des Réalisateurs les Américains John Sayles et Arthur Penn, mais aussi le premier film réalisé par l’acteur Steve Buscemi. Alain Tanner, Eric Rohmer, Olivier Assayas et Peter Greenaway étaient présents dans "Un certain regard", de même que des films réalisés par Anjelica Huston et Al Pacino.

C’est de ce dernier qu’est venue l’une des plus belles surprises du festival. On savait que Pacino travaillait depuis des années à un film sur Shakespeare, qu’il avait interviewé des acteurs et qu’il montait et remontait inlassablement ces documents, sans jamais se résoudre à les montrer. L’idée était, précisa l’auteur venu en personne présenter son film finalement achevé² à Cannes, d’expliquer Shakespeare au public qui le connaît souvent mal. Entreprise pédagogique, certes respectable mais un peu barbante, film didactique ou mise en valeur par lui-même d’un acteur

qui se dit volontiers shakespeareien? Voilà ce qu’on craignait mais en fait, "Looking for Richard" n’est rien de tout cela. Pacino commence par interroger les passants sur le sujet et, mis à part un étonnant clochard noir qui proclame sa foi dans le pouvoir des mots de Shakespeare, la plupart n’ont retenu de l’école que "To be or not to be" ou bien encore "My kingdom for a

Le festival 1996 aura été celui des grands noms. Parmi les 23 films en compétition, quatre seulement étaient signés par des réalisateurs peu connus du grand public, un seul était un premier film, mais produit par le célèbre acteur-réalisateur Nanni Moretti. Pour le reste, le responsable du festival, Gilles Jacob, pouvait se vanter d’avoir attiré sur la Croisette la crème des cinéastes d’aujourd’hui, parmi lesquels pas moins de quatre réalisateurs ont déjà remporté une Palme d’Or.

horse". Eh bien justement, la dernière réplique se trouve dans "Richard III". Allons-y donc et d’abord expliquons le

contexte: la guerre des Roses, Edouard IV, les traîtrises des uns et des autres, tout y est et, miracle: c’est limpide. Pacino passe de la rue au théâtre, de la répétition à la mise en scène, des discussions avec les acteurs aux explications des spécialistes, avec toujours la même passion mais aussi le même humour. Malicieusement, il se défait du respect traditionnellement porté à Shakespeare et ce faisant le rajeunit sans aucun des artifices dont aiment à s’entourer certains metteurs en scène au théâtre quand ils veulent faire "moderne". A la fin de ce "Looking for Richard", tourné à la façon d’un documentaire, brillamment monté et soutenu par une excellente musique de Howard Shore, le spectateur se rend compte, tout étonné, qu’il a vu et compris dans toute sa complexité la pièce réputée la plus difficile de Shakespeare. C’est intelligent, et en plus c’est drôle. Un régal!

La présence américaine dans son ensemble n’a pas toujours soulevé le même enthousiasme. Le premier film d’Anjelica Huston, "Bastard out of Carolina" (avec Jennifer Jason Leigh dans le rôle principal) était pourtant arrivé sur la Croisette précédé d’une réputation prometteuse: le film venait d’être refusé par les chaînes de Ted Turner. Sans doute celui-ci craignait-il que le contenu ne choque l’Amérique profonde. C’est en effet l’histoire d’une petite fille née de père inconnu, battue et violée par son beau-père. Tout en prenant le parti de la fillette, la réalisatrice essaie non pas d’excuser mais de comprendre la

mère qui ferme les yeux parce qu’elle refuse de choisir entre son mari et son enfant. Malheureusement, la mise en scène – assez impersonnelle – n’est guère à la hauteur du sujet et ne parvient que rarement à traduire la douleur et l’incompréhension de l’enfant et de sa mère. L’ensemble est finalement un peu trop gentil pour réellement susciter le sentiment de révolte ou de compassion attendu, d’autant plus que toute la première moitié du film traîne un peu dans une agréable atmosphère nostalgique qui ne laisse rien présager de la suite.

Dans un tout autre genre, "I shot Andy Warhol" aura également laissé peu de traces dans la mémoire des festivaliers. Une fois de plus, le sujet avait pourtant de quoi captiver. La réalisatrice Mary Harron raconte en effet l’histoire vraie de la femme qui avait essayé de tuer Andy Warhol. Manque de bol, elle l’a raté et de plus, Bob Kennedy était assassiné le lendemain, de sorte que même les médias auront à peine eu le temps d’enregistrer son existence. Trop répétitif car fondé sur un personnage qui n’évolue guère, le film ne manque cependant pas d’intérêt dès qu’il dépeint le petit cercle d’artistes ou de pseudo-artistes qui s’était formé autour de Andy Warhol. A les voir discuter de l’art et du beau temps, vautrés sur un divan et l’air vaguement ennuyé, on avait curieusement l’impression d’une version moderne des aristocrates blasés du 18e siècle décrits par Patrice Leconte dans le film d’ouverture du festival, "Ridicule".

Ni "Kansas City" de Robert Altman ni "Sunchaser" (à la douteuse philosophie New Age) de Michael Cimino n’ayant véritablement séduit, il restait finalement les frères Coen pour nous rassurer sur la santé du cinéma américain. "Fargo" est le titre de leur film situé dans le Minnesota. Autrement dit, l’Amérique la plus profonde, même si les gens s’y appellent Lundegaard, Gunderson ou… Coen car c’est là que sont nés les deux frères cinéastes. Basé sur un fait divers réel, "Fargo" raconte l’histoire d’un garagiste qui organise lui-même le kidnapping de sa propre femme par deux voyous minables. Evidemment, le coup tourne mal, au petit matin, plusieurs cadavres jonchent la route et voilà l’inspecteur Marge Gunderson obligée d’intervenir. Imaginez une sorte de Maigret au féminin, enceinte jusqu’aux yeux, emmitouflée dans une tenue d’eskimon et ingurgitant les hamburgers à la file, et vous aurez une petite idée de l’impression laissée par Marge, formidablement interprétée par Frances McDormand. Entre deux vomissements dûs à son état (et non à celui des cadavres qu’elle découvre juste après son petit déjeuner), cette femme-flic

d’un genre un peu particulier va donc traquer avec autant de nonchalance que d’intelligence les malfrats tandis que son mari peint des timbres. Les frères Coen (par ailleurs respectivement mari et beau-frère de l’actrice principale) bousculent les codes du film policier, brutalement replacé dans la vie de tous les jours, banalisé et décalé à la fois, grotesquement réaliste. Alors "le sang se répand à grands flots sur la morne plaine enneigée du Midwest", comme dit joliment le dossier de presse, et "Fargo" a remporté à juste titre le Prix de la Mise en scène.

Alors que la sélection américaine n’a donc guère satisfait dans son ensemble, quatre des cinq films français en compétition se sont en revanche révélés d’excellentes surprises³, à commencer par le très attendu "Un héros très discret" de Jacques Au-

vons l’épisode par les yeux de son gamin, nous avons tendance à voir dans ce mort un brave homme. Mais le gosse n’est pas si innocent et l’on se rend compte peu à peu, au fil de flash-backs savamment orchestrés, qu’il est le rejeton d’une famille de voleurs dont l’un des fils fait figure de bête noire depuis qu’il est flic à Paris. C’est Daniel Auteuil, aussi étonnant ici qu’il est médiocre dans "Le 8e jour". Ce flic est depuis quelque temps l’amant de Juliette (excellente: Laurence Côte) qui faisait partie de la bande de l’homme mort et qui est aussi, par ailleurs, la maîtresse d’une prof de philosophie, interprétée avec beaucoup de sensibilité par Catherine Deneuve. Ça paraît compliqué, ça ne l’est pourtant pas et mis à part le dernier quart d’heure dans lequel le rythme faiblit un peu, on reste passionné, moins par

Frances McDormand dans "Fargo"

diard avec Mathieu Kassovitz et le petit chef-d’oeuvre d’humour ironique, "Quatre vies et une seule mort", du Chilien Raul Ruiz. Très bavard, très parisien et très nombriliste "Comment je me suis disputé" d’Arnaud Desplechin, n’est certes pas du goût de tout le monde (à commencer par le mien) mais il est formidablement bien mis en scène et joué par une pléiade de jeunes acteurs prometteurs. S’il fallait cependant sortir une production du lot, je citerais "Les voleurs" d’André Téchiné qui tente et réussit un assez étonnant mélange entre le traditionnel drame psychologique français et le thriller. Téchiné embarque le spectateur dans une drôle d’histoire qui commence une nuit dans les montagnes derrière Lyon quand on ramène chez lui le cadavre d’un homme. Parce que nous vi-

l’histoire des voleurs qui est surtout là pour apporter une tension qui manque trop souvent aux films français, mais par le récit de ces vies (l’homme mort, son fils, sa femme, le flic, Juliette, la prof de philo) finalement banales qui se heurtent, se mélangent, se séparent et laissent les unes sur les autres des traces indélébiles.

Toujours en compétition, "Drifting Clouds" du Finnois Aki Kaurismaki est passé un peu inaperçu sur la Croisette. Entre l’esthétisme passablement racoleur de "Stealing Beauty" et la provocation affichée de "Crash" de David Cronenberg, ce film austère bien qu’agrémenté par l’intimité humour pince-sans-rire du cinéaste, fut programmé en une seule séance dans l’après-midi. Trop fin sans doute, presque stoïcien, il raconte la lente

déchéance d’un couple de chômeurs finalement sauvé – mais pour combien de temps? – par la passion du travail bien fait et la solidarité. Ces valeurs si souvent mobilisées dans le discours contre le chômage, sont ici mises en valeur sans pourtant que le cinéaste ne se (et ne nous) fasse la moindre illusion. Ses personnages, inflexibles dans le malheur comme seuls savent apparemment l’être les gens de l’extrême Nord, sont curieusement émouvants alors même qu’ils ne laissent jamais percer le moindre début du commencement d’un sentiment. Au plus profond de la dépression, lui boit jusqu’à tomber raide sur le tapis du salon et quand tout va encore plus mal, quand il n’y a plus de tapis ni de salon, il disparaît pendant une semaine tandis qu’elle descend bouteille après bouteille avec un ancien collègue. Pourtant, ils s’aiment, on ne le voit pas, mais on le sent et ce film sans préchi-prêcha est probablement l’un des plus forts et les plus vrais sur le chômage aujourd’hui.

A l’opposé de l’extrême sobriété de Kaurismaki, Cynthia, l’héroïne de Mike Leigh, a une nette tendance à éclater en larmes à tout bout de champ, elle se lamente à longueur de journée, minaude, appelle tout le monde "Sweetheart" sur un ton plaintif, bref, elle a tout pour être na-

Dans "Drifting clouds" Aki Kaurismaki raconte la lente déchéance d’un couple de chômeurs finalement sauvé – mais pour combien de temps? – par la passion du travail bien fait et la solidarité. Ses personnages, inflexibles dans le malheur comme seuls savent apparemment l’être les gens de l’extrême Nord, sont curieusement émouvants alors même qu’ils ne laissent jamais percer le moindre début du commencement d’un sentiment.

vrante, et pourtant, on l’aime! Cynthia (interprétée par Brenda Blethyn, récompensée par un prix d’interprétation) est au centre du film "Secrets and Lies", elle en est l’âme et le bon génie, la mère d’une jeune femme noire dont elle préférait ne plus se souvenir et qui pourtant la retrouve, plus

de 25 ans après sa naissance, et s’en vient chambouler sa vie. Mike Leigh, qui n’a pas beaucoup d’illusions sur la vie et la société 4 révèle ici une infinie tendresse pour les gens qu’il sait filmer avec leurs qualités mais surtout leurs défauts, qui sont évidemment les nôtres. "Secrets and lies" est le plus fabuleux déballage familial qu’on ait jamais vu à l’écran mais bien qu’à la fin ils tombent tous dans les bras les uns des autres, on est à mille lieues des insupportables rassemblements familiaux par lesquels se terminent tant de films hollywoodiens. Sur le fil très raide du rasoir entre le rire et l’émotion (qui se succèdent parfois à l’intérieur d’un même plan!), Mike Leigh a réussi un film aussi simple que génial, construit sur des acteurs inconnus 5 qu’il a, à son accoutumée, étroitement associés à l’élaboration du scénario, du tournage plutôt, puisque le scénario a été rédigé au fur et à mesure. On se sent chez soi dans cette famille bizarre et l’on croit connaître tous ses secrets. Bien à tort, car, dernier pied de nez du réalisateur au spectateur, jamais Cynthia ne révélera le nom du mystérieux homme noir qu’elle aima une nuit lointaine!

"Secrets and lies" s’est vu décerner la Palme d’Or, ce qui n’est que justice, même s’il fallait pour cela réserver le prix

| Meindes bis freides 19.00 am PROGRAMM ☼ ☼ ☼ ☼ ☼ | D’Schoul am Liewen Magasin ronderem Schoul, Judend an Erwuessenebildung. | meindes | 19.00 |
| — | — | — | — |
| | Aarbecht a Gesellschaft Hannergren an Informatiounen aus dem gesellschaftspolitische Liewen. | dënschdes | 19.00 |
| | Wantergréng E Magasin iwwer al gin zu Lëtzebuerg. Ofwiesselnd mat: | mëttwochs | 19.00 |
| | Am Kräizfeier Brisant Theme kontrovers diskutéiert. | | |
| | Ouni Grenzen De Magasin ronderem déi europäesch Aktualitéit. Ofwiesselnd mat: | donneschdes | 19.00 |
| | Fraktiounen Aktualitéiten aus Chamber, Parteien a Regierung. | | |
| | Atlas De Magasin ronderem Ëmwelt a Natur. | freides | 19.00 |
| | | | honnert, 7 |

de consolation (le Grand Prix de Cannes)
au film le plus original du festival, le très
curieux et très discuté "Breaking the
Waves" du Danois Lars von Trier. Cette
étrange et quelque peu morbide histoire
d’amour entre une jeune femme élevée
dans une communauté des plus puritaines
et un jeune étranger paralysé peu après
leur mariage, mêle bizarrement religion et
plaisir des sens, sans pour autant tomber
dans le malsain (mais il s’en faut de peu!)
ou le blasphème à bon marché. Récem-
ment converti au catholicisme et par ail-
leurs grand admirateur de Carl Dreyer,
Lars von Trier abandonne ici les expé-
riences esthétiques et techniques assez sté-
riles d’"Europa" pour nous faire vivre une
histoire forte et résolument hors de toutes
les modes, réussissant ce que le critique
blasé croyait, dans ses moments de dépres-
sion, devenu impossible: étonner le specta-
teur et l’emmener dans un autre temps,
une autre dimension, un autre monde, une
autre vie.

Contrairement à l’habitude prise les an-
nées passées, la majorité des films cités
dans cet article ont été présentés en Com-
pétition. Les sections parallèles ont pour-
tant fait preuve d’un excellent niveau mais
il y eut peu de véritables surprises et en-
core moins de révélations. La seule excep-
tion de taille est une co-production belgo-
luxembourgeoise à laquelle a été associée
Samsa Film. Intitulée "La promesse" et
réalisée par les frères Jean-Pierre et Luc
Dardenne, l’histoire est celle d’Igor, un
adolescent d’une quinzaine d’années qui
vit et travaille avec son père. Celui-ci fait
clandestinement venir des immigrés en
Belgique et les emploie sur ses chantiers.
Quand l’un d’entre eux, un Africain,
tombe d’un échafaudage et meurt après
avoir fait promettre à Igor qu’il s’occupe-
rait de sa femme Assita et de son fils, le
jeune garçon commence à prendre
conscience de l’injustice faite à ces gens
mais ne sait comment réagir. Il s’enfuit
avec la femme et l’enfant. Alors qu’il au-
rait facilement pu tomber dans le piège de
la défense à bon compte des immigrés,
"La promesse" est tout au contraire un
film qui a le rare courage d’aborder le pro-
blème dans toute sa complexité. Igor aime
son père qui le lui rend d’ailleurs bien.
Comment voir en cet homme un monstre?
Et pourtant, il l’est, de façon banale, incon-
sciente. Les rapports entre l’adolescent et
l’Africaine dont il est soudain responsable
sont également dépeintes avec beaucoup
de délicatesse. Loin des relations idéali-
sées qui lient le Mongolian bienheureux et
le banquier austère dans "Le 8e jour" ou le
médecin arriviste et le jeune Indien mori-
bond dans "Sunchaser", Igor n’a que des
rapports difficiles avec Assita. Il ne la
comprend pas, elle le traite avec hostilité

et méfiance. La
très fragile com-
plicité qui les rap-
proche parfois est
encore et encore
brisée par les évé-
nements, une pa-
role ou un geste
blessants. "La
promesse" fut
très remarqué à
Cannes ("Libéra-
tion" a consacré
une page entière
au film!) et on es-
père bientôt le
voir à Luxem-
bourg.

Egalement coproduit par Samsa-Film,
"Salut cousin!" traite un thème sembla-
ble mais sur un tout autre ton. Comédie dé-
bridée mais sonnant souvent juste, le film
de Merzak Allouache (déjà auteur de
"Bab-el-Oued City") raconte les aventures
d’un Algérien bloqué à Paris par des af-
faires assez louches et qui, vivant chez
son cousin, découvre les mille et unes
combines qui permettent aux immigrés de
survivre dans la capitale française. Le ra-
cisme, quotidien ou non, mais aussi la vie
des Algériens parfaitement installés en

A l’origine, "Gabbeh" devait
être un documentaire mais
parfois les films (comme les
tapis) vivent leur propre vie
et celui-ci est devenu un
conte. Il décrit la vie des
nomades (les images
documentaires déjà tournées
ont été intégrées dans le film)
mais la poésie sans apprêt
de ses images, la simplicité
de l’histoire qu’il raconte, le
font participer de l’imaginaire
universel.

France, les différences de mentalité d’un
côté et de l’autre de la Méditerranée (cha-
cune ayant ses qualités et ses défauts), le
chômage, l’exclusion, les modes, la répres-
sion policière (personifiée par Steve Ka-
rier!) tout y passe et même si au bout
d’une heure, la mécanique commence à fa-
tiguer un tout petit peu, ce film-là fut par-
mi les plus applaudis du festival.

Terminons ce survol des bons moments
du festival par l’un des seuls films interés-
sants ne venant ni d’Europe ni d’Améri-

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que. "Gabbeh", de l’Iranien Mohsen
Makhmalbaf, est le film "dont le héros est
un tapis ou plutôt une jeune fille qui porte
le même nom que ces tapis tissés par les
tribus nomades du sud-est de l’Iran, les
Gashghai. Gabbeh rencontre un vieux cou-
ple et leur raconte son triste destin.
L’homme qu’elle aime n’a pas le droit de
l’épouser car d’abord son oncle doit reve-
nir de la ville, puis il doit trouver une
femme, puis sa mère doit accoucher, etc.
Pendant que coule son récit, le tapis se
fait, témoin des bonheurs et des malheurs
de la tribu. A la naissance d’un mouton,
on y intègre l’image de l’animal, à la mort
d’un enfant, quelques fils de laine rouge
s’infiltrent dans le dessin. A la fin, la
jeune fille s’enfuit avec son amoureux
mais son père les ratrappe et les tue. Ou
peut-être n’est-ce là que ce qu’il a raconté
à ses jeunes sœurs pour qu’elles ne sui-
vent pas son exemple… A l’origine, "Gab-
beh" devait être un documentaire mais par-
fois les films (comme les tapis) vivent
leur propre vie et celui-ci est devenu un
conte. Il décrit la vie des nomades (les
images documentaires déjà tournées ont
été intégrées dans le film) mais la poésie
sans apprêt de ses images, la simplicité de
l’histoire qu’il raconte, le font participer
de l’imaginaire universel. Et au-delà de
ses qualités propres, il témoigne de la
belle santé du cinéma iranien, l’un des
seuls dans le "Tiers Monde" cinématogra-
phique à produire régulièrement des oeu-
vres de très haut niveau.

Viviane Thill

1 Cinq si l’on compte le film-surprise du Steven So-
derbergh.
2 En réalité, pas tout à fait achevé puisque Pacino, tou-
jours insatisfait, a annoncé qu’il continuait de travailler
au montage. Le film sortira néanmoins dans sa version
actuelle en France et probablement au Luxembourg.
3 L’exception étant l’assez terne "Ridicule" de Patrice
Leconte.
4 Il fut notamment l’auteur du nihiliste "Naked", primé
à Cannes en 1994.
5 Du moins chez nous, certains étant célèbres en Gran-
de-Bretagne pour avoir travaillé à la télévision.

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